Lutte contre la famine : L’Afrique de l’Ouest et le Sahel en quête de fonds au siège de l’OCDE

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La guerre en Ukraine a des dommages collatéraux dans le monde entier. En ce sens, elle accroît le risque de famine sur le continent africain notamment dans la région vulnérable du Sahel, déjà très fragilisée par le dérèglement climatique, les sécheresses à répétition, les conflits locaux et la pandémie de Covid-19.           

Actuellement, 27 millions de Sahéliens sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë et ce chiffre pourrait augmenter à 38 millions de personnes si rien n’est fait d’ici au mois de juin 2022. Jamais depuis vingt ans le Sahel et les pays du lac Tchad n’ont connu une telle crise. C’est pourquoi, mercredi 6 avril 2022 à Paris, au siège de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) s’est tenue une consultation réunissant les pays concernés et les organisations régionales et internationales. L’heure est à la mobilisation, avec un mot d’ordre : la crise ukrainienne ne doit pas faire oublier la crise au Sahel.

« Mesdames et messieurs, les catastrophes causées par les aléas naturels et les conflits représentent une menace importante pour le développement durable et la paix. Il s’agit, maintenant, et tous ensemble, de nous engager résolument dans l’action », a laissé entendre le président Nigérien, lors de cette consultation, en présence des représentants européens, ceux des organisations onusiennes et des instances africaines.

Alors que 27 millions de Sahéliens souffrent de la faim et que d’ici à deux mois 10 à 12 millions de personnes supplémentaires pourraient les rejoindre, il y a urgence à mobiliser des fonds. Mais alors que l’an dernier, il manquait quatre milliards de dollars pour satisfaire les programmes onusiens, Mohamed Bazoum est inquiet.

A ce propos, Mohamed Bazoum a déploré la situation en ces termes. « Je lance cet appel avec d’autant plus d’inquiétude que je constate que, malgré l’accroissement des besoins dans les régions, les financements des plans de réponse humanitaire sont en constante baisse depuis 2012. Et que tous les pays concernés terminent l’année 2021 en ayant financé à peine la moitié de leurs plans de réponse humanitaire ». En effet, le pessimisme est d’autant plus fort en Afrique que les dirigeants mondiaux ont les yeux rivés sur la guerre en Ukraine et ses millions de réfugiés.

Suffisant pour Guillaume Compain, chargé de campagne de l’ONG britannique Oxfam, de redouter de voir les autres crises passer au second plan. « C’est vraiment une de nos craintes. Évidemment, on est ravi qu’une réponse humanitaire soit apportée en soutien, et nous ne lançons pas un appel à réduire les financements pour l’Ukraine. Mais en revanche, ce que l’on attend des bailleurs, c’est de soutenir l’ensemble des crises qui touchent le monde actuellement, et que le soutien aux Ukrainiens ne se fasse pas au détriment des populations d’Afrique de l’Ouest ».

Si la crise au Sahel est due à la fois aux conflits et aux déplacements de population, à la sécheresse et aux conséquences de la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine aura, cette année, des répercussions graves pour l’Afrique de l’Ouest. Notamment à cause du manque d’engrais russe et biélorusse, comme l’a souligné lors de la conférence à Paris, Jean-Claude Kassi Brou, le président de la Commission de la CEDEAO

Poursuivant son allocution, Jean-Claude Kassi Brou a détaillé que « l’Afrique de l’Ouest devrait enregistrer un déficit de consommation d’engrais compris entre 1,5 à 2 millions de tonnes pour 2022. Ce volume correspondant à un déficit prévisionnel estimé – pour les récoltes de vivrier – entre quinze et vingt millions de tonnes équivalent céréales ».

La crise qui dure depuis plus de quatre ans au Sahel ne connaîtra donc aucun répit. Ni cette année ni l’an prochain.

Moctar FICOU / VivAfrik