Après les inondations, l’Afrique du Sud déclare l’état de catastrophe nationale

0

L’Afrique du Sud a commencé mardi, 19 avril 2022 à évaluer les destructions d’une semaine de violentes intempéries dans la région de Durban, sur la côte est, les premières estimations se montant à plusieurs centaines de millions de dollars.

Cette évaluation fait suite inondations meurtrières qui ont frappées la Nation arc-en-ciel tuant 443 obligeant le président Cyril Ramaphosa a déclaré, lundi 18 avril 2022, l’état de catastrophe nationale en Afrique du Sud et provoquant de graves pénuries d’eau et d’électricité.

« Le cabinet s’est réuni en session spéciale la nuit dernière (dimanche 17 18 avril 2022) et a décidé de déclarer l’état de catastrophe nationale », a indiqué le chef de l’Etat dans une allocution télévisée, regrettant « un désastre humanitaire ».

« Ce soir, nous sommes une nation unie dans le deuil », a ajouté M. Ramaphosa qui s’était rendu sur place. Il a dépêché quelque 10 000 soldats dans les zones sinistrées pour prêter main forte aux secours débordés.

Ainsi, « cinq nouveaux corps ont été retrouvés aujourd’hui (mercredi 20 avril 2022) », a déclaré sur le terrain le ministre en chef de la province, Sihle Zikalala. « Les pires inondations que nous ayons jamais vues », a déploré plus tôt la ministre chargée de la gestion des catastrophes, Nkosazana Dlamini-Zuma.

Les pluies diluviennes pendant une semaine ont entraîné des crues et des glissements de terrain meurtriers. La plupart des victimes ont été enregistrées dans la région de la ville portuaire de 3,9 millions d’habitants dans le KwaZulu-Natal (KZN), ouverte sur l’océan Indien. Quelque 48 personnes sont toujours portées disparues, selon les derniers chiffres.

Les ministres ont visité écoles, établissements de santé et infrastructures sévèrement endommagés. « Le principal défi, c’est l’eau », a déclaré le ministre de la Santé, Joe Phaahla, en sortant d’un hôpital où les patients utilisent des seaux pour se laver et tirer la chasse d’eau.

Les précipitations connaissent une accalmie depuis le week-end dernier, et aucune nouvelle inondation n’est à craindre dans les prochains jours, selon l’Institut national de météorologie. Mais des milliers de personnes ont tout perdu dans l’effondrement de leur maison, tandis que des familles entières ont été décimées.

Certaines zones sont privées d’eau et d’électricité depuis lundi 18 avril 2022. Des camions-citernes tentent d’acheminer de l’eau potable mais des routes et des ponts sont toujours coupés. Des sans-abris ont entrepris de déblayer les routes contre quelques pièces réclamées aux rares automobilistes.

Près de 80% du réseau d’eau potable est hors service, selon les autorités locales qui ont prévenu que le rétablissement prendra du temps. Pour la première fois lundi, un camion-citerne est apparu dans le quartier de Philakahle Khumalo, 30 ans et mère de deux enfants. Loin d’être suffisant, enrage-t-elle, décrivant des bousculades : « les gens sont désespérés ».

Les autorités ont déclaré avoir rétabli l’électricité quasiment partout, mais le pays est en proie à de nouveaux délestages, à cause d’infrastructures vieillissantes. « Je ne comprends pas pourquoi ils ont attendu aussi longtemps avant d’envoyer l’armée (…) À quoi ça sert maintenant? À récupérer des cadavres?», a pesté Olona Ngcobo, 26 ans, qui a perdu sa maison.

L’armée a notamment déployé des plombiers et des électriciens. Le soutien aérien est renforcé pour acheminer des marchandises, et des systèmes de purification d’eau ainsi que des tentes pour les sinistrés seront installés.

Des troupes appuyées par des hélicoptères étaient déjà présentes ces derniers jours aux côtés de la police et des secouristes lors des opérations d’urgence.

Se prononçant sur le bilan de ces inondations, la ministre de l’Éducation, Angie Motshekga, a déclaré  que, sur place, quelque 270 000 élèves ne sont pas retournés en classe, plus de 600 écoles ont été touchées. Au moins 27 millions d’euros seront nécessaires rien que pour reconstruire les bâtiments.

La tombe s’est rebouchée

Les secouristes restent en alerte mais une semaine après le début de la catastrophe, l’espoir de retrouver des survivants est maigre.

Des corps emportés par les crues ont été retrouvés en amont de barrages. Des familles cherchent encore : « on ne trouve pas le corps », dit à l’AFP Clyde Naicker, joint par téléphone. Il n’a pas revu son frère depuis lundi 18 avril 2022.

Des funérailles sont organisées mais les enterrements représentent un défi logistique. « Nous creusons les tombes et au moment de l’enterrement le trou s’est rebouché avec l’eau », raconte Nasan Chetty, de l’Association des directeurs funéraires du KZN.

Dans les morgues, les autorités tentent d’accélérer les autopsies des victimes face à l’afflux massif de cadavres. « Il y a tellement de personnes décédées, les morgues n’arrivent pas à suivre », explique Pieter van der Westhuizen, directeur des premières pompes funéraires du pays, Avbob.

Les autorités s’attendent à des centaines de millions d’euros de dommages. Un fonds d’urgence de 63 millions d’euros (un milliard de rands) a été débloqué par le gouvernement, alors que la région a déjà connu des destructions massives en juillet lors d’une vague inédite d’émeutes et de pillages.

Des bons alimentaires, des uniformes scolaires et des couvertures continuent à être distribués. Des dons sont collectés à travers le pays.

Des nations voisines comme Madagascar ou le Mozambique sont régulièrement frappées par des tempêtes meurtrières mais l’Afrique du Sud est généralement épargnée par ces événements climatiques extrêmes.

Le gouvernement avait déjà annoncé la semaine dernière un fonds d’urgence de 63 millions d’euros (un milliard de rands) pour la région qui a déjà connu des destructions massives en juillet lors d’une vague inédite d’émeutes et de pillages.

Certains s’inquiètent déjà de possibles détournements, dans un pays qui a une longue histoire de corruption: «il doit y avoir une transparence absolue», a réclamé Karam Singh, de l’ONG Corruption Watch.

Moctar FICOU / VivAfrik