Le retour des précipitations redonne espoir au monde agricole marocain malgré des crues localisées

Après plusieurs années marquées par un déficit hydrique sévère, le Maroc enregistre enfin un regain significatif des pluies. Cette amélioration météorologique, observée ces dernières semaines, suscite un réel optimisme chez les exploitants agricoles, même si certains épisodes ont provoqué des inondations localisées.

Entre septembre et janvier, le cumul des précipitations a atteint 121 millimètres, soit environ deux fois plus que l’année 2025 sur la même période. Les retenues d’eau affichent désormais un taux de remplissage de 65 %, contre à peine 28 % auparavant. Une évolution notable pour un pays confronté à près de sept années consécutives de sécheresse.

Guelmim retrouve des terres cultivables

Dans le sud du royaume, à Guelmim, souvent qualifiée de « porte du Sahara », le changement est particulièrement visible. Cette zone aride pratique l’agriculture dite de décrue : lorsque le fleuve Noun déborde, il rend fertiles des surfaces jusque-là impropres à la culture.

Selon Mohamed Mustapha Bendaoud, président de l’association AICHA pour le développement de proximité et l’environnement, de nombreux terrains laissés à l’abandon depuis sept ou huit ans sont à nouveau travaillés. Il estime qu’environ 30 % des parcelles sont désormais remises en culture, principalement pour l’orge. Il espère toutefois que les précipitations se poursuivront afin de consolider cette reprise.

Vers une production céréalière exceptionnelle ?

L’ensemble des filières agricoles devrait bénéficier de cette embellie climatique, qu’il s’agisse de l’élevage ou des cultures sous irrigation. La céréaliculture, durement touchée par le manque d’eau ces dernières années, pourrait enregistrer une saison particulièrement favorable.

Rachid Benali, président de la Confédération marocaine de l’Agriculture et du Développement rural (COMADER), évoque un retour à des conditions climatiques plus proches de celles du passé, avec davantage de pluie et des températures hivernales plus marquées. Il estime qu’une récolte record de céréales est envisageable. Toutefois, une production abondante pose d’autres défis : la baisse des prix sur le marché intérieur et la nécessité de trouver des débouchés pour écouler les surplus, notamment à l’export.

Un manque de main-d’œuvre à anticiper

Si les perspectives sont encourageantes, le secteur agricole devra également faire face à un déficit de travailleurs. Cette difficulté, relativement récente au Maroc, pourrait s’accentuer en cas de campagne exceptionnelle nécessitant davantage de bras pour les récoltes.

Une amélioration conjoncturelle face à une sécheresse durable

Malgré cette période favorable, les spécialistes appellent à la prudence. Le pays reste confronté à un problème hydrique structurel. Plusieurs années pluvieuses seront nécessaires pour reconstituer pleinement les réserves en eau.

Houcine Youaabed, responsable de la communication à la Direction générale de la météorologie, souligne que les intempéries récentes ne constituent pas un événement totalement inédit. Elles marquent surtout un retour de précipitations importantes après une longue phase sèche, ce qui représente un signal positif à court terme. Néanmoins, cela ne signifie pas que le Maroc soit définitivement sorti de la crise hydrique. Le diagnostic global reste celui d’une tendance à la diminution des pluies à l’avenir, en lien avec le changement climatique.

L’enjeu pour le royaume sera donc de s’adapter à cette nouvelle donne climatique, en renforçant la gestion durable de l’eau et la résilience de son agriculture face à un environnement de plus en plus aride.

Moctar FICOU / VivAfrik


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