Plus de 50 dirigeantes autochtones venues de différentes régions du monde se réuniront le 8 novembre 2026 à Antalya, en Turquie, pour présenter une déclaration politique commune appelant à un accès direct aux financements climatiques, à une meilleure protection de la biodiversité et à une participation effective aux décisions internationales sur le climat. Leur initiative vise à transformer les revendications de justice climatique en engagements mesurables de la part des gouvernements.
Alors que se poursuivent les préparatifs de la 31ᵉ Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP31), les femmes autochtones entendent faire davantage reconnaître leurs connaissances, leurs droits et leurs priorités dans les négociations climatiques internationales.
Le Forum international des femmes autochtones (FIMI), également connu sous son appellation anglaise International Indigenous Women’s Forum (IIWF), annonce que plus de 50 dirigeantes autochtones d’Afrique, d’Asie, du Pacifique, de l’Arctique, d’Amérique du Nord, d’Amérique latine et d’Europe de l’Est présenteront une déclaration politique commune à Antalya, le dimanche 8 novembre.
Selon les organisatrices, cette déclaration exposera cinq priorités politiques et cinq critères de redevabilité destinés à évaluer les engagements des gouvernements en matière de financement climatique, de droits des peuples autochtones, de conservation de la biodiversité et de participation des femmes autochtones à la gouvernance climatique.
Cette initiative intervient dans un contexte de préoccupations persistantes concernant le faible accès aux ressources financières et aux espaces de décision des communautés qui contribuent pourtant à la protection des écosystèmes et à la résilience climatique.
Financement climatique : réduire l’écart entre les engagements et les communautés
L’une des principales préoccupations soulevées par le Forum international des femmes autochtones concerne le décalage entre les engagements internationaux de financement climatique et les ressources qui parviennent effectivement aux peuples autochtones et aux communautés locales.
S’appuyant sur des travaux attribués à The Nature Conservancy, le Forum indique que les peuples autochtones et les communautés locales ne reçoivent qu’environ 1 % des financements, malgré leur contribution essentielle à la conservation de la biodiversité et à la protection des écosystèmes riches en carbone.
Les organisatrices citent également les résultats de la Women’s Global South Alliance, selon lesquels 53 % des organisations interrogées ne bénéficieraient d’aucun financement institutionnel de base ou recevraient moins de 10 % de leur budget total sous cette forme.
Ces chiffres, tels que présentés dans le communiqué, mettent en évidence les difficultés d’accès et de répartition des ressources financières destinées à soutenir les actions climatiques portées localement.
Pour les organisations de femmes autochtones, le défi ne concerne pas uniquement le montant global des financements annoncés à l’échelle internationale. Il porte également sur les critères d’éligibilité, le rôle des intermédiaires financiers, la reconnaissance institutionnelle et la capacité des organisations communautaires à accéder directement aux ressources.
La déclaration attendue devrait ainsi appeler à des mécanismes de financement reconnaissant davantage les femmes autochtones comme des actrices de conception et de mise en œuvre des solutions climatiques, et non uniquement comme des bénéficiaires de programmes élaborés par d’autres.
Connaissances autochtones et protection de la biodiversité
Les femmes autochtones jouent un rôle important dans la préservation des savoirs traditionnels, la gestion des ressources naturelles, le maintien des systèmes alimentaires locaux et le développement de réponses aux changements environnementaux.
Pourtant, leurs contributions ne sont pas toujours suffisamment prises en compte dans les politiques climatiques nationales et les négociations internationales.
Le Forum estime que la reconnaissance des savoirs autochtones doit s’accompagner d’une véritable participation politique et d’un accès effectif aux ressources nécessaires à leur mise en œuvre.
Cette question revêt une importance particulière pour l’Afrique, où les approches communautaires de gestion des écosystèmes, de conservation de la biodiversité et d’adaptation climatique rejoignent les débats sur les droits fonciers, la sécurité alimentaire et le développement durable.
Pour rendre la gouvernance climatique plus inclusive, les organisatrices considèrent que les femmes autochtones doivent pouvoir influencer les décisions qui concernent leurs communautés, leurs territoires et leurs moyens de subsistance.
Une transition énergétique juste doit respecter les droits des peuples autochtones
La déclaration annoncée abordera également les conséquences sociales et environnementales de la transition énergétique mondiale.
À mesure que les pays développent leurs infrastructures d’énergies renouvelables, leurs activités extractives et leurs initiatives de conservation, les questions relatives aux droits fonciers, à la consultation des communautés et à leur participation deviennent de plus en plus importantes.
Les dirigeantes autochtones demandent un meilleur respect du principe de consentement libre, préalable et éclairé (CLPE) dans les projets affectant les peuples autochtones et leurs territoires.
Leur position traduit une préoccupation plus large : les solutions climatiques ne doivent pas reproduire les inégalités, les exclusions ou les atteintes aux droits que les politiques de développement durable cherchent précisément à combattre.
Le Forum souhaite également que les discussions internationales sur les pertes et préjudices prennent en compte les conséquences qui dépassent les seules pertes monétaires, notamment la disparition des langues, des systèmes de connaissances traditionnelles et des pratiques culturelles.
Ces préoccupations soulignent la nécessité d’intégrer les dimensions sociales et culturelles de la vulnérabilité climatique aux côtés des indicateurs économiques et environnementaux.
Le leadership africain au sein du mouvement mondial des femmes autochtones
Des représentantes africaines participeront à cette initiative internationale.
Parmi les porte-parole identifiées par les organisatrices figure Lucy Mulenkei, dirigeante maasaï originaire du Kenya, cofondatrice du Forum international des femmes autochtones et coprésidente du Forum international autochtone sur la biodiversité.
Ses travaux portent notamment sur la conservation de la biodiversité, les savoirs traditionnels, les financements climatiques et le leadership des femmes autochtones en Afrique.
D’autres porte-parole sont également disponibles pour des entretiens, notamment Tarcila Rivera Zea, du Pérou, Joan Carling, des Philippines, et Sandra Creamer, d’Australie.
Leur participation témoigne de la dimension internationale de cette mobilisation et des liens entre droits autochtones, protection de la biodiversité, financement climatique et gouvernance environnementale dans différentes régions du monde.
Pour les pays africains, ces discussions soulèvent également des questions plus larges sur la manière dont les politiques climatiques et les mécanismes de financement peuvent mieux intégrer les savoirs communautaires, protéger les droits et soutenir les solutions développées localement.
Des déclarations politiques aux engagements mesurables
Au-delà de la sensibilisation, le Forum international des femmes autochtones entend proposer un cadre permettant d’évaluer les engagements pris par les gouvernements.
Les cinq critères de redevabilité annoncés devraient notamment porter sur les progrès réalisés en matière d’accès direct aux financements climatiques, de reconnaissance des savoirs autochtones, de participation effective aux décisions, de protection des droits des peuples autochtones et de garanties pour les défenseures autochtones des droits humains.
Le contenu détaillé de ces priorités et critères devrait être présenté lors du lancement de la déclaration.
Leur portée dépendra, à terme, de la manière dont les gouvernements et les institutions internationales y répondront, ainsi que de leur capacité à traduire les engagements politiques en financements accessibles, en protections renforcées et en participation réelle.
Pour les dirigeantes autochtones, le message central est que la justice climatique ne peut être atteinte sans reconnaître les communautés qui protègent les écosystèmes et préservent des connaissances essentielles à l’adaptation et à la résilience.
À l’approche de la COP31, leur initiative entend placer cette exigence au cœur de l’agenda climatique international.
La présentation de la déclaration est prévue le dimanche 8 novembre 2026 à 10 heures, heure de Turquie, à Antalya.
Source : Forum international des femmes autochtones (FIMI/IIWF), communiqué aux médias relatif à la déclaration politique prévue dans le cadre de la COP31, novembre 2026. Les chiffres et positions attribués au Forum n’ont pas fait l’objet d’une vérification indépendante par VivAfrik.

