Au Sénégal, les producteurs agricoles, les éleveurs, les pêcheurs et les autres acteurs qui contribuent quotidiennement à l’alimentation des populations restent insuffisamment visibles dans le débat public. Pour inverser cette tendance, la FAO et la Convention des jeunes reporters du Sénégal (CJRS) misent sur la formation des journalistes et le reportage de terrain. Un objectif réaffirmé à Dakar, le 29 octobre 2026, à la clôture de trois jours d’atelier consacrés aux enjeux de la sécurité alimentaire, de la nutrition et de l’approche « Une seule santé ».

Donner la parole à ceux qui nourrissent les populations, raconter leurs difficultés et mettre en lumière leurs innovations : c’est l’ambition portée par le partenariat entre l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et la Convention des jeunes reporters du Sénégal (CJRS). Au-delà du renforcement des compétences journalistiques, cette collaboration entend rapprocher les médias des réalités vécues par les communautés à la base.

Pour le Dr Lionel Gbaguidi, coordonnateur sous-régional par intérim de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest, les acteurs des systèmes alimentaires méritent une place plus importante dans les productions médiatiques. « Ceux qui nous nourrissent tous les jours […] on ne les entend pas assez », a-t-il souligné, évoquant notamment les producteurs de maïs, les apiculteurs, les éleveurs et les pêcheurs.

Cette préoccupation donne une orientation particulière à la coopération entre les deux organisations : faire du journalisme un moyen de mieux faire connaître les initiatives locales, mais aussi les obstacles auxquels les communautés sont confrontées pour assurer leur subsistance et contribuer à l’approvisionnement alimentaire.

Former les journalistes pour mieux raconter les réalités du terrain

Organisé du 27 au 29 octobre 2026 à Dakar, l’atelier de renforcement des capacités a réuni des jeunes reporters autour de plusieurs thématiques liées aux systèmes agroalimentaires. La nutrition, l’approche « Une seule santé », la réduction des pertes post-récolte et les questions environnementales, notamment la Grande Muraille verte, ont figuré au programme des échanges.

Pour la FAO, cette formation répond à un besoin : permettre aux journalistes de mieux comprendre les problématiques sur lesquelles l’organisation intervient au Sénégal et en Afrique de l’Ouest. Selon le Dr Lionel Gbaguidi, les connaissances acquises doivent aider les professionnels des médias à expliquer comment les actions menées dans les domaines agricole, sanitaire et environnemental contribuent à améliorer les conditions de vie des populations.

La réduction des pertes post-récolte, par exemple, ne concerne pas uniquement la conservation des produits agricoles. Elle touche également aux revenus des producteurs et à la disponibilité des denrées alimentaires. De même, l’approche « Une seule santé » permet d’expliquer les liens entre la santé humaine, la santé animale et la préservation de l’environnement.

En maîtrisant ces sujets, les journalistes peuvent dépasser les informations institutionnelles pour produire des contenus plus documentés, capables de rendre compte des enjeux et de leurs conséquences concrètes sur les populations.

Mamadou Diagne mise sur un journalisme plus proche des communautés

Le président de la CJRS, Mamadou Diagne, partage cette ambition. À la clôture de l’atelier, il a salué une formation fondée sur l’interaction et les échanges avec les experts, plutôt que sur de simples communications descendantes.

Pour lui, les journalistes doivent aller au-delà de la connaissance théorique de la FAO et s’intéresser aux effets de ses interventions sur le terrain. L’enjeu est de comprendre comment les projets accompagnent les communautés, comment celles-ci s’adaptent aux difficultés et quelles solutions elles développent pour continuer à vivre de leurs activités.

Cette démarche implique de donner davantage de place aux témoignages des bénéficiaires, aux initiatives locales et aux défis qui restent à relever. Elle invite également les jeunes reporters à traiter les questions de sécurité alimentaire et d’environnement sous un angle humain, en mettant en avant les femmes et les hommes qui contribuent à la résilience des territoires.

Le partenariat entre la FAO et la CJRS entend ainsi favoriser des productions journalistiques de qualité, ancrées dans les réalités locales et utiles à la compréhension des enjeux de développement.

Des reportages de terrain pour prolonger la collaboration

La clôture de l’atelier marque une étape, mais non la fin de cette coopération. Le Dr Lionel Gbaguidi a évoqué la perspective de nouvelles formations et de visites de terrain destinées à permettre aux journalistes d’observer directement les interventions de la FAO et de recueillir la parole des communautés.

Mamadou Diagne souhaite également élargir les possibilités offertes aux jeunes reporters. Il a notamment évoqué un projet de prix consacré à l’environnement et à la sécurité alimentaire, ainsi que des perspectives d’accompagnement pour permettre aux journalistes sénégalais de mieux connaître les actions de la FAO au-delà des frontières nationales, notamment à Rome et dans d’autres pays.

Ces initiatives pourraient contribuer à diversifier les sujets traités et à renforcer la couverture médiatique des systèmes agroalimentaires.

À travers cette collaboration, la FAO et la CJRS défendent une même orientation : rapprocher l’information des réalités du terrain. Car raconter la sécurité alimentaire, ce n’est pas seulement parler de production agricole ou de politiques publiques. C’est aussi faire connaître les personnes qui nourrissent les populations, leurs innovations, leurs difficultés et leur capacité à construire des solutions durables.

Moctar FICOU / VivAfrik