La campagne agricole 2026 au Sénégal présente un bilan contrasté. Au terme d’une tournée nationale dans les 14 régions, le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Cheikhou Oumar Ba fait état de conditions globalement satisfaisantes, malgré des pertes importantes dans certaines localités. Le gouvernement prévoit un accompagnement ciblé des producteurs, des investissements dans la maîtrise de l’eau et un renforcement de la mécanisation agricole.
Le Sénégal affine son évaluation de la campagne agricole 2026, marquée par une pluviométrie irrégulière et des disparités entre les zones de production. Lors d’une conférence de presse tenue le jeudi 8 octobre 2026 à Dakar, après une tournée de suivi dans les 14 régions, le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Cheikhou Oumar Ba, a présenté les principales conclusions des missions de terrain et les mesures envisagées pour soutenir les agriculteurs et les éleveurs.
Le ministre a notamment insisté sur une évolution de la méthode de gouvernance agricole, privilégiant la proximité avec les communautés rurales, la transparence et la réactivité face aux difficultés.
« Comme l’a rappelé le Premier ministre, c’est de changer de méthode. Et dans le changement de méthode, c’est d’aller le plus proche des populations », a-t-il déclaré, précisant que le référentiel stratégique reste inchangé, mais que les interventions doivent davantage tenir compte des réalités du terrain.
Un budget de 130 milliards de FCFA pour la campagne agricole
Le gouvernement a mobilisé 130 milliards de FCFA pour la campagne agricole 2026. Selon Cheikhou Oumar Ba, les objectifs de mise en place des intrants ont été respectés : 85 % devaient être disponibles au plus tard le 10 juillet et 100 % avant le 31 juillet. Les taux de mise en place et de cession atteignent parfois 99 %.
Les enlèvements d’engrais NPK ont atteint environ 107 000 tonnes, soit une hausse de 15 % par rapport à l’année précédente. Malgré la hausse des prix internationaux, notamment celle de l’urée dans un contexte de tensions au Moyen-Orient, l’État a choisi de limiter les répercussions sur les producteurs.
Les subventions couvrent les engrais, les semences d’arachide, de mil, de sorgho, de maïs, de riz, de niébé, de sésame et de pastèque. Elles concernent également les amendements agricoles, la mécanisation, l’assurance agricole, la protection des végétaux et la filière cotonnière.
Cette diversification vise à soutenir davantage de spéculations et à améliorer les capacités de production. Le ministère a notamment engagé un programme de production de maïs reposant sur des semences hybrides subventionnées à 100 % pour les bénéficiaires concernés, ainsi qu’un projet pilote de production de mil sous contrat.
L’objectif, selon le ministre, est de dépasser progressivement l’assistance ponctuelle pour développer des mécanismes durables de sécurisation de la production agricole et des revenus ruraux.
Distribution des intrants : le gouvernement mise sur la transparence
La campagne 2026 est également marquée par un renforcement des dispositifs de contrôle de la distribution des intrants. Des commissions ont été installées dès le mois de mai, avec la participation de l’administration territoriale, des chefs de village, des forces de défense et de sécurité et d’autres représentants des communautés.
Des quotas ont été prévus pour favoriser la participation des femmes et des jeunes, respectivement à hauteur de 20 % et de 10 % dans les commissions, selon les modalités présentées par le ministre.
Qui a également expérimenté un dispositif de digitalisation dans les départements de Nioro et de Tivaouane, avant d’engager sa généralisation. Ce mécanisme doit permettre de vérifier plus facilement la sélection des opérateurs, les quotas attribués et la distribution effective des intrants.
Pour Cheikhou Oumar Ba, la transparence dans l’utilisation des ressources publiques constitue une exigence essentielle. Les citoyens doivent pouvoir vérifier les informations, plutôt que de dépendre uniquement des déclarations de l’administration.
Depuis juillet, les équipes ministérielles ont multiplié les missions de terrain pour contrôler la livraison des intrants, identifier les retards et corriger les dysfonctionnements. La dernière tournée s’est déroulée du 27 septembre au 4 octobre dans les régions de Louga, Saint-Louis et Matam.
Une pluviométrie irrégulière qui fragilise certaines cultures
Sur le plan agricole, les résultats varient fortement selon les territoires. Le sud du pays et plusieurs parties du bassin arachidier bénéficient globalement de conditions favorables. En revanche, certaines zones du centre, de l’est et du nord-est ont connu des pauses pluviométriques de deux à trois semaines, entraînant un stress hydrique.
Dans la région de Kaffrine, 20 postes pluviométriques sur les 33 suivis sont restés déficitaires par rapport à l’année précédente. Des difficultés sont également signalées dans certaines localités de Koungheul, Koumpentoum, Kanel et Matam.
Les cultures de maïs, d’arachide et de riz pluvial ont été affectées dans plusieurs zones, notamment lorsque les pauses de pluie sont intervenues pendant les phases sensibles de leur développement. Le coton a également subi des pertes d’organes fructifères. Par ailleurs, les services de protection des végétaux ont engagé des interventions contre différents ravageurs, dont les foreurs de tiges du maïs.
Le ministre reconnaît que des pertes sont déjà acquises dans certaines localités. Dans plusieurs communes de Koungheul et de Koumpentoum, les cultures céréalières ont été fortement compromises. Dans la vallée du fleuve Sénégal, l’absence de crue à Podor menace également les cultures de décrue, pratiquées par certaines communautés après le retrait des eaux.
Toutefois, Cheikhou Oumar Ba appelle à attendre les évaluations définitives avant de tirer des conclusions sur la production nationale. L’augmentation des superficies cultivées pourrait compenser partiellement les baisses de rendement dans certaines zones. Les pluies tardives pourraient également favoriser le développement des semis les plus récents.
La Direction de l’analyse, de la prévision et des statistiques agricoles (DAPSA) poursuit les travaux d’évaluation. Un bilan géolocalisé doit permettre de déterminer précisément les pertes et d’adapter les interventions aux besoins des exploitations touchées.
Des aides ciblées pour les agriculteurs et les éleveurs
Le gouvernement prévoit un recensement des producteurs affectés, localité par localité, afin de déterminer les mesures d’accompagnement en fonction de la superficie des exploitations et de l’ampleur des pertes.
Les réponses envisagées comprennent la distribution de semences adaptées, notamment de niébé et de pastèque lorsque les conditions permettent encore les semis, ainsi qu’un soutien alimentaire aux ménages les plus touchés par la période de soudure. Le renforcement de l’accès à l’assurance agricole figure également parmi les pistes retenues pour mieux protéger les producteurs lors des prochaines campagnes.
Dans le secteur de l’élevage, la situation reste contrastée. Les pâturages sont globalement disponibles et les points d’eau temporaires ont favorisé une amélioration de l’état du cheptel. Cependant, les longues pauses pluviométriques ont provoqué un déficit fourrager dans plusieurs zones.
Les régions de Matam et de Tambacounda, les départements de Linguère et de Louga, ainsi que certaines localités de Kaffrine, de Diourbel et de Fatick sont particulièrement concernés. Cette situation pourrait accélérer les départs en transhumance et accentuer les besoins en aliments pour le bétail.
Une enveloppe de 7 milliards de FCFA a été annoncée pour répondre à la situation alimentaire préoccupante dans certains départements, dont 3,1 milliards destinés à l’élevage. La mise en œuvre des mesures doit cependant respecter les procédures de passation des marchés publics.
Maîtrise de l’eau et mécanisation : les priorités du gouvernement
Pour réduire la dépendance de l’agriculture à la pluviométrie, le gouvernement entend accélérer les investissements dans la maîtrise de l’eau. Selon le bilan présenté par le ministre, 208 forages nouveaux ou réhabilités ont été réalisés en 2026.
Le programme des coopératives prévoit également 79 forages solaires en 2026-2027 dans 11 régions. Un autre projet vise la réalisation de 100 forages solaires au profit de 50 coopératives, pour irriguer 5 000 hectares, dont 1 000 hectares de cultures fourragères.
Pour la contre-saison, l’État prévoit l’acquisition de 600 motopompes à distribuer sur le territoire d’ici à l’année prochaine. Dans la vallée du fleuve Sénégal, les priorités portent sur la double culture, la réhabilitation des aménagements dégradés et le curage des axes hydrauliques.
La mécanisation agricole constitue un autre axe majeur. Le gouvernement prévoit l’acquisition de 500 mini-tracteurs et de 500 motoculteurs, annoncés avant la fin de l’année 2026. Ces équipements doivent faciliter la préparation des sols et améliorer les capacités de production des petites exploitations.
Le ministère souhaite également renforcer la réparation et la maintenance du matériel agricole, afin de limiter les pannes et de prolonger la durée de vie des équipements.
Vers une agriculture plus résiliente au Sénégal
La campagne agricole 2026 met en évidence les défis auxquels le Sénégal reste confronté : irrégularité des pluies, vulnérabilité des exploitations, déficit fourrager et accès inégal aux équipements et aux ressources hydriques.
Pour Cheikhou Oumar Ba, la réponse passe par un suivi permanent des producteurs, une meilleure transparence dans la gestion des subventions et des investissements capables de sécuriser durablement la production.
Le bilan définitif permettra de préciser les rendements, les pertes et les perspectives de récolte. En attendant, le gouvernement entend privilégier des mesures ciblées en faveur des communautés les plus affectées.
Au-delà de la campagne en cours, l’ambition est de construire une agriculture sénégalaise plus productive, moins dépendante des aléas climatiques et mieux préparée aux crises. La maîtrise de l’eau, la mécanisation, la diversification des cultures et la protection des producteurs constituent ainsi des leviers essentiels pour renforcer la souveraineté alimentaire du Sénégal.
Moctar FICOU / VivAfrik

