Le ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage franchit une nouvelle étape dans la digitalisation de la gestion des subventions agricoles. Ce vendredi 9 octobre 2026 à Dakar, le ministre Cheikhou Oumar Ba a officiellement lancé la généralisation de la plateforme numérique ERP PAS, à l’occasion de la signature d’une convention avec CONCIS. Après une phase pilote menée en 2025-2026, le Sénégal ambitionne d’étendre cet outil à l’ensemble du territoire national afin d’améliorer la transparence dans la distribution des intrants, d’accélérer les procédures et de mieux cibler les bénéficiaires des aides publiques.

Soutenue par la Banque mondiale, cette initiative s’inscrit dans la dynamique de modernisation des services publics et de renforcement de la souveraineté alimentaire. Les autorités entendent faire de la transformation numérique un levier d’amélioration de la gouvernance agricole, au bénéfice des producteurs et de l’ensemble des acteurs du secteur.

ERP PAS, un instrument de transparence dans les subventions agricoles

La généralisation de la plateforme ERP PAS répond à un enjeu central pour l’agriculture sénégalaise : assurer une gestion plus transparente et plus efficace des subventions publiques. Pour le ministre Cheikhou Oumar Ba, cet outil contribue à concrétiser l’engagement des autorités en faveur d’un accès équitable à des intrants agricoles de qualité.

Le ministre a notamment insisté sur le devoir de redevabilité de l’État envers les citoyens. Grâce à la plateforme, le gouvernement entend améliorer la traçabilité des opérations et disposer d’un registre numérique permettant de mieux identifier les bénéficiaires des appuis agricoles.

Ce système doit également renforcer le ciblage des ayants droit et faciliter le contrôle de l’utilisation des ressources publiques. Selon Cheikhou Oumar Ba, un citoyen disposant d’un smartphone pourrait connaître les bénéficiaires d’une subvention dans son village, sa commune ou son département, ainsi que les motifs de son attribution.

Cette transparence accrue doit contribuer à réduire les zones d’opacité dans la distribution des intrants et à renforcer la confiance entre les pouvoirs publics, les producteurs et les populations rurales.

Au-delà de son rôle administratif, ERP PAS constitue ainsi un outil de gouvernance destiné à améliorer l’efficacité des politiques agricoles et à renforcer la participation citoyenne au suivi des dépenses publiques.

Des résultats encourageants après la phase pilote

La décision de généraliser la plateforme s’appuie sur les résultats de son expérimentation pendant la campagne agricole 2025-2026. D’après les chiffres présentés par le ministre, le dispositif, initialement déployé dans deux départements, a permis de toucher 426 villages et plusieurs communes des régions de Kaolack et de Thiès.

Cheikhou Oumar Ba a également évoqué une extension du dispositif à plusieurs centaines de communes, plus de 90 000 personnes concernées et environ 700 connexions quotidiennes. Ces indicateurs témoignent, selon lui, de l’intérêt suscité par la solution numérique auprès des acteurs agricoles.

Lors de sa tournée de suivi de la campagne agricole, le ministre a affirmé avoir constaté une demande croissante en faveur de la généralisation de l’outil. Les présentations effectuées par les services déconcentrés et les témoignages recueillis sur le terrain ont notamment mis en évidence l’intérêt d’un système permettant de simplifier les procédures et de mieux suivre les appuis accordés aux producteurs.

Fort de cette expérience, le ministère souhaite désormais passer de l’expérimentation à un déploiement national. La convention signée avec CONCIS doit formaliser ce partenariat et accompagner cette nouvelle phase.

Le ministre a salué la contribution des équipes techniques, des directions centrales et déconcentrées ainsi que des différents acteurs mobilisés. Il a également rendu hommage à ses prédécesseurs pour avoir engagé le processus de digitalisation.

La Banque mondiale réaffirme son soutien au Sénégal

Le représentant de la Banque mondiale a salué l’engagement du ministère de l’Agriculture, soulignant que le Sénégal avait fait de la digitalisation des subventions une véritable priorité institutionnelle.

Selon lui, cette transformation ne constitue pas simplement un outil de gestion interne pour l’administration. Elle représente également un mécanisme d’amélioration des politiques agricoles, en permettant aux producteurs de bénéficier d’un meilleur suivi et de procédures plus rapides.

L’un des avantages majeurs concerne les délais de mise à disposition des intrants. Le représentant de la Banque mondiale a expliqué que la digitalisation pouvait réduire certaines opérations de plusieurs semaines à quelques jours. Les opérateurs privés impliqués dans le processus bénéficient également d’une circulation plus rapide des informations et des paiements.

Cette accélération est déterminante pour les producteurs, dont les activités dépendent du respect du calendrier agricole. Un accès plus rapide aux semences, aux engrais et aux autres intrants peut faciliter la préparation des campagnes et limiter les conséquences des retards administratifs.

Le représentant de l’institution financière mondiale a par ailleurs salué les efforts des équipes du ministère et la contribution technique de CONCIS durant la phase pilote. Il a réaffirmé la disponibilité de la Banque mondiale à accompagner le Sénégal dans la généralisation de la plateforme, tout en soulignant que cette nouvelle étape nécessitera une mobilisation collective.

Une digitalisation appelée à moderniser les services agricoles

Pour le gouvernement, l’ambition dépasse la seule distribution des intrants. La plateforme ERP PAS doit contribuer à rationaliser les procédures, à clarifier les responsabilités des différents acteurs et à améliorer l’utilisation des ressources consacrées aux subventions agricoles.

Le ministre souhaite notamment renforcer l’intégration des données relatives aux sols et à leur niveau de fertilité. Ces informations pourraient aider à mieux adapter les appuis aux besoins des exploitations et à améliorer leur productivité.

La mécanisation agricole figure également parmi les perspectives évoquées par Cheikhou Oumar Ba. Les demandes exprimées par les producteurs lors de sa tournée nationale ont renforcé sa volonté d’intégrer progressivement cette dimension dans les services proposés.

Le ministère envisage aussi d’explorer l’utilisation de la plateforme pour améliorer le suivi de la commercialisation agricole, en collaboration avec le département chargé de l’Industrie et du Commerce. Une meilleure connaissance des points de collecte pourrait contribuer à renforcer la coordination des opérations et la disponibilité des informations.

Ces orientations traduisent la volonté de faire d’ERP PAS un outil de coordination plus large des politiques agricoles, au service de la modernisation des exploitations familiales et de la souveraineté alimentaire.

Des défis à relever pour réussir le déploiement national

La généralisation de la plateforme nécessitera toutefois de relever plusieurs défis. L’appropriation de l’outil par les utilisateurs, notamment dans les zones rurales, sera déterminante pour garantir son efficacité.

Cheikhou Oumar Ba a également évoqué les résistances susceptibles d’accompagner une réforme qui renforce la transparence. Il estime nécessaire d’identifier les obstacles, d’accompagner les acteurs concernés et de favoriser leur adhésion au nouveau système.

La réussite du déploiement dépendra également de la qualité des données, de leur actualisation et de la capacité des services territoriaux à utiliser régulièrement la plateforme. Des efforts de formation, d’information et de coordination seront nécessaires pour assurer une utilisation effective de l’outil sur l’ensemble du territoire.

L’accompagnement des partenaires techniques et financiers, notamment la Banque mondiale, devrait contribuer à soutenir cette dynamique.

ERP PAS au service de la souveraineté alimentaire

En lançant la généralisation de la plateforme ERP PAS le 9 octobre 2026, le ministère de l’Agriculture engage une réforme destinée à renforcer la transparence des subventions agricoles et à améliorer l’efficacité de l’action publique.

La digitalisation doit permettre de mieux identifier les bénéficiaires, de réduire les délais de traitement, d’améliorer la traçabilité des opérations et de rapprocher les services publics des besoins des producteurs.

Avec la signature de la convention entre le ministère et CONCIS, le Sénégal ouvre ainsi une nouvelle phase dans la modernisation de la gestion agricole. Le défi consiste désormais à transformer les résultats de l’expérimentation en améliorations concrètes pour les exploitations, tout en faisant de la transparence et de la redevabilité des principes durables de la politique agricole nationale.

Moctar FICOU / VivAfrik