Biodiversité marine : le Sénégal accélère la ratification de l’accord BBNJ avec l’appui du PNUE

Le Sénégal franchit une étape décisive dans la gouvernance de ses ressources marines avec la tenue, le 16 avril 2026 à Dakar, d’une réunion de partage consacrée aux activités habilitantes relatives à l’accord BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction). Cette rencontre stratégique s’inscrit dans le processus de ratification et de mise en œuvre de ce traité international majeur pour la protection de la biodiversité marine en haute mer.

Un accord historique pour les océans

Rattaché à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, l’accord BBNJ vise à encadrer la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine dans les zones situées au-delà des juridictions nationales.

Selon Oumar Sow, directeur de la Direction des aires marines communautaires protégées, « l’importance de la rencontre réside dans le partage du nouvel accord entré en vigueur depuis le 17 janvier 2026, plus connu sous le diminutif BBNJ », précisant qu’il s’agit « de la conservation de la biodiversité au-delà des juridictions nationales, notamment dans les eaux internationales ».

Fruit de près de vingt années de négociations, ce traité marque un tournant dans la gouvernance des océans. « C’est en 2023 que le processus de ratification et de mise en œuvre a véritablement commencé, avant d’aboutir en septembre 2025 aux 60 ratifications requises », a-t-il expliqué. « Cent vingt jours plus tard, soit le 17 janvier 2026, l’accord est officiellement entré en vigueur. »

Le Sénégal engagé dans un processus de ratification

Bénéficiant de l’appui du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), le Sénégal s’inscrit activement dans cette dynamique internationale. Le pays a déjà franchi une étape importante avec la validation du texte en Conseil des ministres.

« Le dossier est actuellement au Parlement et doit encore franchir les étapes restantes pour aboutir à une ratification complète », indique Oumar Sow, soulignant que cette phase est déterminante pour l’engagement officiel du pays.     

Une innovation majeure pour la gestion des ressources marines

L’accord BBNJ introduit une avancée significative dans la régulation des espaces marins internationaux. « Cet accord apporte une innovation majeure, notamment en matière de conservation des ressources génétiques marines dans les eaux internationales », explique le responsable.

Jusqu’ici, les zones sous juridiction nationale disposaient d’un certain encadrement juridique, malgré des défis persistants. En revanche, les eaux internationales restaient peu régulées. « C’est précisément ce vide que ce traité vient combler », insiste-t-il.

Des défis importants à relever

La mise en œuvre de cet accord s’accompagne toutefois de nombreux défis. « Ils concernent d’abord la conservation des ressources génétiques, mais aussi le renforcement des capacités, en particulier pour les pays à faible revenu », précise Oumar Sow.

Il évoque également la nécessité de développer des outils modernes : « il est aussi question de technologies de surveillance pour garantir l’efficacité de l’application des mesures. »

Une mobilisation nationale autour des activités habilitantes

Pour répondre à ces enjeux, les autorités sénégalaises ont engagé un processus inclusif impliquant l’ensemble des acteurs concernés. « Nous sommes au début de l’aventure. C’est pourquoi nous avons convié différentes institutions impliquées dans l’action de l’État en mer pour partager les enjeux liés à cet accord », explique-t-il encore.

Avec l’appui du Fonds pour l’environnement mondial, des activités habilitantes ont été lancées afin de renforcer les capacités nationales. « Il s’agit de doter les institutions des moyens nécessaires pour assurer la mise en œuvre effective de cet accord », ajoute-t-il.

Un changement de paradigme pour les populations

Au-delà des institutions, l’accord BBNJ implique une nouvelle vision de la gestion des espaces marins. « Le paradigme change. On ne peut plus se limiter à une gestion verticale ou strictement littorale », affirme Oumar Sow.

Qui insiste sur l’interconnexion des écosystèmes marins : « les activités qui se déroulent dans les zones internationales ont des répercussions directes sur les zones côtières, même si cela n’est pas toujours perceptible pour les citoyens. »

Dans un monde globalisé, où « 71 % de la planète est constituée d’océans », les impacts des activités maritimes dépassent largement les frontières nationales. « Il faut désormais penser à nos estuaires jusqu’aux zones internationales », souligne-t-il, appelant à un vaste effort de sensibilisation des communautés côtières.

Un leadership régional à consolider

Le Sénégal entend capitaliser sur son expérience en matière de gestion des aires marines protégées. « Le pays est considéré comme un leader dans ce domaine », rappelle Oumar Sow.

Des ambitions sont déjà affichées pour la création d’aires marines protégées en haute mer. Par ailleurs, une initiative régionale est en cours au sein de la CEDEAO, avec une forte implication du Sénégal. « Nous revenons d’une réunion à Abuja pour anticiper le cadre de gouvernance », précise-t-il, tout en reconnaissant que « ce ne sera pas une tâche facile ».

Vers une ratification prochaine

Sur le plan institutionnel, le processus suit son cours. « Au Sénégal, le Parlement doit autoriser le président de la République à procéder à la ratification », rappelle Oumar Sow.

Le texte devra encore passer par plusieurs étapes, notamment la conférence des présidents, le bureau et la commission compétente, avant son adoption en séance plénière. Une fois cette étape franchie, le chef de l’État pourra procéder à la ratification officielle.

Malgré ces étapes, l’optimisme reste de mise. « Nous sommes confiants quant à l’aboutissement du processus », assure-t-il, rappelant que la question de la ratification du traité BBNJ a déjà été évoquée comme une priorité lors des débats budgétaires à l’Assemblée nationale.

À travers cette dynamique, le Sénégal confirme son engagement en faveur d’une gouvernance durable des océans, en phase avec les standards internationaux. L’accord BBNJ apparaît ainsi comme un levier stratégique pour protéger la biodiversité marine, renforcer la résilience écologique et positionner le pays comme un acteur clé de la diplomatie environnementale en Afrique de l’Ouest.

Moctar FICOU / VivAfrik


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