Sénégal : Les choix de gouvernance qui façonneront l’avenir du secteur extractif

Deux ans après son entrée dans le cercle des pays producteurs d’hydrocarbures, le Sénégal se trouve à un tournant décisif de son histoire économique. Avec le démarrage de la production de pétrole à Sangomar et de gaz naturel dans le cadre du projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), le pays dispose désormais d’une nouvelle source de richesse, mais également d’une responsabilité inédite : faire en sorte que ces ressources deviennent un levier de souveraineté économique, de transformation structurelle et de justice sociale.

Cette ambition est au cœur de la troisième édition du Forum national sur la gouvernance du secteur extractif, organisée les 30 juin et 1er juillet 2026 à Dakar par les ministères en charge de l’Énergie, du Pétrole et des Mines, des Finances et du Budget, de l’Environnement et de la Transition écologique, en partenariat avec l’ITIE Sénégal et le Natural Resource Governance Institute (NRGI).

Réunis autour d’une même table, représentants de l’État, parlementaires, secteur privé, collectivités territoriales, organisations communautaires, chercheurs et partenaires internationaux débattent des grands arbitrages qui détermineront l’avenir du secteur extractif sénégalais.

« Un moment de vérité » pour la gouvernance des ressources

Ouvrant les travaux, le ministre de l’Énergie et du Pétrole, Dr Abdourahmane Diouf, a donné le ton en soulignant que le Sénégal est entré dans une nouvelle étape de son développement.

« Nous sommes désormais un pays producteur de pétrole et de gaz. Nous disposons d’un potentiel minier important, d’une façade maritime stratégique et nous portons des ambitions fortes en matière de transition écologique et énergétique. Nous avons surtout une responsabilité majeure : faire de nos ressources naturelles non pas une rente, mais un levier de souveraineté, de transformation économique et de justice sociale », a-t-il déclaré.

Pour le ministre, ce forum dépasse largement le cadre d’une rencontre technique. Il constitue, selon ses termes, « un moment de vérité » pour le pays.

Un moment de vérité sur la capacité des institutions à gouverner efficacement les ressources extractives ; un moment de vérité sur l’aptitude du Sénégal à transformer les richesses du sous-sol en développement concret pour les populations ; mais également sur sa capacité à protéger l’environnement, les territoires, les communautés et les générations futures, tout en faisant de la transparence une pratique permanente de l’action publique.

Une gouvernance qui ne peut plus être sectorielle

L’un des principaux messages portés par le ministre est la nécessité d’abandonner les approches cloisonnées dans la gestion des ressources naturelles. Selon lui, la présence simultanée de plusieurs départements ministériels traduit une évolution profonde de la gouvernance publique.

« La gouvernance du secteur extractif ne peut plus être pensée en solo », a insisté Dr Abdourahmane Diouf.

Les enjeux pétroliers et gaziers dépassent désormais les seuls ministères techniques. Ils concernent tout autant les finances publiques, l’environnement, la pêche, l’économie maritime, les collectivités territoriales, l’emploi, l’industrialisation ou encore la société civile.

Cette approche transversale apparaît d’autant plus indispensable que les arbitrages à venir toucheront simultanément la politique énergétique, la politique industrielle, la protection des ressources naturelles et la redistribution des revenus.

Les premiers revenus au cœur des arbitrages

L’une des principales préoccupations porte désormais sur la gestion des premières recettes issues de l’exploitation des hydrocarbures.

Comment utiliser ces ressources pour accélérer le développement du pays ? Quelle part consacrer aux investissements publics ? Comment préserver les équilibres budgétaires tout en préparant les générations futures ? Autant de questions qui alimentent les échanges entre les ministères des Finances, du Budget, de l’Énergie et du Pétrole ainsi que les représentants des organisations citoyennes.

Les participants ont également examiné les enseignements de la validation ITIE 2023, qui a attribué au Sénégal un score de 89 points sur 100, confirmant les progrès accomplis en matière de transparence dans la gestion des industries extractives.

Transition énergétique : transformer les revenus d’aujourd’hui en investissements pour demain

L’exploitation des hydrocarbures intervient dans un contexte international marqué par l’accélération de la transition énergétique. Pour le Sénégal, l’enjeu consiste à tirer parti de ses ressources fossiles sans compromettre ses engagements climatiques.

Les discussions portent notamment sur le rôle du gaz dans le mix énergétique national, la réduction des émissions de méthane, le développement des énergies renouvelables ainsi que les mécanismes permettant d’utiliser les revenus pétroliers pour financer la transition écologique.

L’économie bleue, un enjeu majeur de la gouvernance extractive

Prenant la parole lors de la cérémonie d’ouverture, Amy Mara Dièye, Ministre des Pêches et de l’Économie maritime, a rappelé que l’exploitation offshore ne saurait être dissociée de la protection des écosystèmes marins.

Selon elle, la préservation des océans constitue avant tout une condition essentielle au maintien des moyens d’existence de milliers de pêcheurs sénégalais.

Elle a souligné que l’entrée du Sénégal dans l’ère pétrolière ouvre des perspectives considérables de transformation économique, mais impose également une responsabilité

collective : celle de garantir une exploitation fondée sur la durabilité, l’équité et la préservation des ressources stratégiques.

Pour la ministre, cette vision s’inscrit pleinement dans la Vision Sénégal 2050, qui fait de la souveraineté économique, de la durabilité environnementale, de la valorisation des ressources nationales et de l’inclusion sociale les principaux piliers du développement du pays.

Elle estime que l’économie bleue constitue désormais un axe majeur de cette stratégie nationale. Au-delà de la seule exploitation des ressources maritimes, il s’agit de construire un modèle de développement où les océans sont durablement gérés, protégés et valorisés.

Protéger la pêche tout en développant les hydrocarbures

La ministre a également insisté sur le poids stratégique du secteur halieutique dans l’économie nationale.

Pilier de la sécurité alimentaire, créateur d’emplois et facteur de stabilité sociale, le secteur de la pêche fait vivre des centaines de milliers de Sénégalais, notamment dans les communautés artisanales de la Grande-Côte, du littoral nord, de la Petite-Côte et de la Casamance.

Dans ce contexte, la coexistence entre les activités pétrolières offshore et les activités de pêche représente l’un des principaux défis de la gouvernance extractive.

La protection des écosystèmes marins, la sécurisation des zones de pêche et la préservation des moyens d’existence des communautés côtières figurent désormais parmi les conditions essentielles d’une exploitation responsable des hydrocarbures.

Une gouvernance appelée à faire ses preuves

Au-delà des débats techniques, cette troisième édition du Forum intervient à un moment charnière pour le Sénégal.

Les premières décisions prises sur la gestion des revenus pétroliers, la transition énergétique, les minerais critiques, la transparence et la protection de l’environnement pèseront durablement sur les finances publiques, le développement économique et la cohésion sociale.

Comme l’ont souligné les différents intervenants, la véritable richesse du Sénégal ne résidera pas uniquement dans son pétrole, son gaz ou ses minerais, mais dans sa capacité à bâtir des institutions solides, transparentes et inclusives. C’est à cette condition que les ressources naturelles pourront devenir un véritable moteur de développement durable au bénéfice des générations présentes et futures.

Moctar FICOU / VivAfrik


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