De la préservation de la biodiversité à Madagascar et au Mozambique à la restauration des écosystèmes à l’échelle continentale, une nouvelle génération de mécanismes financiers entend mobiliser davantage de capitaux privés en faveur de l’action climatique. Huit solutions approuvées par le Global Innovation Lab for Climate Finance ambitionnent de mobiliser près de 400 millions de dollars pour soutenir la résilience climatique, l’agriculture durable, la restauration de la nature et la décarbonation industrielle dans les marchés émergents.
Genève, le 14 octobre 2026 – Le Global Innovation Lab for Climate Finance (le Lab) a annoncé, à l’occasion de la conférence Building Bridges organisée à Genève, l’approbation de huit instruments financiers innovants destinés à accélérer les investissements climatiques dans les économies émergentes et en développement.
Sélectionnées parmi un nombre record de 1 172 candidatures, ces huit initiatives ont bénéficié de sept mois d’accompagnement intensif, consacrés notamment à la structuration financière, à l’évaluation des risques et à la préparation de leur mise sur le marché.
Ensemble, elles ambitionnent de mobiliser près de 400 millions de dollars pour répondre à certains des obstacles persistants au financement climatique, particulièrement dans les secteurs et les territoires qui peinent encore à attirer les investissements traditionnels.
Pour l’Afrique, cette annonce illustre les possibilités croissantes de transformer la préservation de la biodiversité, la restauration des écosystèmes et les activités économiques résilientes au changement climatique en véritables opportunités d’investissement.
Le capital naturel africain suscite un intérêt financier croissant
Parmi les huit instruments approuvés, deux ciblent directement les écosystèmes et la biodiversité du continent africain.
Le Mitsiry Biodiversity and Climate Fund, développé par Miarakap et Kinomé, ambitionne de mobiliser 50 millions de dollars sous forme de dette et de prises de participation dans des entreprises engagées dans la restauration des écosystèmes et la création d’emplois à Madagascar et au Mozambique.
Le dispositif est complété par une facilité d’assistance technique de 5 millions de dollars destinée à renforcer les capacités environnementales, sociales et opérationnelles des entreprises bénéficiaires.
Cette approche traduit une évolution importante du financement climatique : associer des capitaux d’investissement à un accompagnement technique ciblé pour permettre aux entreprises locales de développer des activités économiquement viables tout en générant des bénéfices environnementaux mesurables.
Autre initiative tournée vers l’Afrique, la Natural Investments Platform, portée par Natural Capital, vise à mobiliser 100 millions de dollars au moyen d’un mécanisme de financement progressif.
Son objectif consiste à transformer des espaces naturels insuffisamment financés en actifs capables de générer plusieurs sources de revenus.
En établissant des passerelles entre les activités de conservation et les marchés financiers, cette plateforme cherche à démontrer que la protection et la restauration des écosystèmes peuvent créer une valeur économique durable.
Anne Cathrine Garde, directrice des investissements de Natural Capital, estime que l’approbation du Lab contribuera à renforcer la confiance des investisseurs et à accélérer le développement de partenariats.
Alors que sa structure financière et son portefeuille de projets de conservation sont désormais établis, l’initiative entend mobiliser des capitaux à plus grande échelle et démontrer aux investisseurs qu’ils peuvent participer avec confiance au financement de la conservation en Afrique.
Au-delà de la conservation : financer la résilience et l’agriculture durable
Le portefeuille 2026 du Lab couvre un éventail de secteurs allant bien au-delà de la biodiversité et de la restauration des écosystèmes.
En Asie du Sud-Est, le fonds Adaptation Asia – Panra vise à mobiliser 50 millions de dollars pour financer les petites et moyennes entreprises agricoles, tout en renforçant la résilience climatique des petits exploitants.
Dans l’Amazonie andine, l’Amazon Andes Fund, développé par IMPAQTO Capital, prévoit de mobiliser 30 millions de dollars sous forme de dette et de capitaux propres afin de soutenir des chaînes de valeur régénératrices, de réduire la déforestation et d’améliorer les moyens de subsistance des communautés forestières.
Au Brésil, le mécanisme BRACCE associe financement des entreprises et assurance contre les interruptions d’activité provoquées par les inondations et les fortes précipitations. Son potentiel de développement pourrait dépasser 100 millions de dollars.
En Colombie, la Latin American Climate Resilient Coffee Facility (LATTE) ambitionne de mobiliser 30 millions de dollars grâce à des instruments de dette et de garantie destinés à soutenir l’adaptation climatique des petits producteurs de café.
En Inde, le Secured Climate-linked Agri-Lending Ecosystem (SCALE) propose une facilité de crédit de 90 millions de dollars destinée à encourager les agriculteurs à adopter des pratiques agricoles intelligentes face au climat, dont la mise en œuvre sera vérifiée.
Enfin, au Viet Nam, le Viet Nam Industrial Decarbonization Accelerator (VIDA) vise à mobiliser 24,5 millions de dollars pour financer des projets d’énergies renouvelables dans les zones industrielles.
Ces différentes initiatives illustrent la diversification des instruments de financement climatique, combinant dette privée, prises de participation, garanties, assurances et assistance technique pour répondre aux contraintes spécifiques des marchés concernés.
De l’innovation financière à la mise en œuvre des projets
Si les engagements internationaux en matière de financement climatique se sont multipliés, leur transformation en projets effectivement finançables demeure un défi majeur, particulièrement dans les économies émergentes.
L’approche du Lab vise précisément à réduire cet écart en accompagnant les porteurs de projets dans l’amélioration de leurs modèles financiers, l’évaluation des risques et la préparation de leurs propositions à destination des investisseurs.
Barbara Buchner, directrice générale de Climate Policy Initiative (CPI), souligne que le financement climatique est désormais entré dans une phase où la priorité doit être donnée à la mise en œuvre et au changement d’échelle.
Selon elle, l’enjeu consiste à orienter les capitaux vers des solutions capables de produire des bénéfices climatiques, économiques et sociaux tangibles.
Les huit instruments nouvellement approuvés doivent désormais franchir les prochaines étapes de mobilisation des capitaux et de déploiement opérationnel.
À ce jour, le Lab a contribué au lancement de 95 instruments financiers ayant collectivement mobilisé plus de 5 milliards de dollars d’investissements publics et privés en faveur des marchés émergents.
La promotion 2026 vient ainsi enrichir un portefeuille de mécanismes conçus pour rendre les investissements climatiques plus accessibles, plus attractifs et économiquement viables.
Quels enjeux pour la transition verte de l’Afrique ?
Pour les économies africaines, l’émergence de véhicules financiers consacrés à la biodiversité, à la conservation et à la restauration des écosystèmes marque une évolution significative du financement climatique.
Historiquement, de nombreux programmes de conservation et d’adaptation ont largement dépendu des subventions, des financements concessionnels et de l’aide au développement.
Les nouveaux mécanismes cherchent progressivement à attirer des investisseurs privés en démontrant que la protection de l’environnement peut également générer des rendements économiques durables.
Plusieurs défis devront néanmoins être relevés.
La capacité à mobiliser effectivement ces capitaux dépendra de la crédibilité des modèles économiques proposés, de la transparence de la gouvernance, de l’efficacité des dispositifs de partage des risques et de l’aptitude des entreprises locales à satisfaire les exigences des investisseurs.
Il sera également essentiel de veiller à ce que les rendements financiers s’accompagnent de retombées concrètes pour les populations : création d’emplois, amélioration des moyens de subsistance et renforcement durable de la résilience des écosystèmes.
Pour Madagascar et le Mozambique, où la biodiversité et les ressources naturelles jouent un rôle écologique et économique majeur, le fonds Mitsiry pourrait constituer une illustration concrète de la manière dont la finance climatique peut soutenir simultanément la conservation et le développement entrepreneurial.
À l’échelle continentale, la Natural Investments Platform pourrait contribuer à déterminer dans quelle mesure les paysages naturels consacrés à la conservation peuvent attirer des investissements privés significatifs.
Ces initiatives soulèvent également une interrogation stratégique pour les décideurs publics et les institutions financières africaines : comment renforcer les portefeuilles de projets verts bancables tout en veillant à ce que les financements climatiques soutiennent les priorités nationales de développement ?
Une nouvelle étape pour les investissements climatiques
L’approbation des huit instruments constitue une avancée importante, mais ne signifie pas encore que les capitaux annoncés ont été effectivement mobilisés.
Leur impact dépendra de la réussite des levées de fonds, de leur déploiement sur le terrain et de leur capacité à produire des résultats environnementaux et socioéconomiques mesurables.
La promotion 2026 du Lab témoigne néanmoins d’une évolution plus large du financement climatique : au-delà de l’identification des besoins financiers, il s’agit désormais de concevoir des mécanismes d’investissement capables d’y répondre concrètement.
Pour l’Afrique, l’enjeu ne se limite pas à attirer davantage de capitaux climatiques. Il consiste aussi à consolider les entreprises locales, à renforcer la résilience des écosystèmes et à développer des modèles économiques reconnaissant pleinement la valeur du capital naturel du continent.
À mesure que l’attention internationale se déplace des engagements climatiques vers leur mise en œuvre effective, la réussite de ces nouveaux instruments pourrait contribuer à faire de la finance innovante un véritable levier de transformation durable des économies africaines.
Source : Global Innovation Lab for Climate Finance — The Lab endorses eight climate finance solutions targeting nearly USD 400M for emerging markets, 14 octobre 2026.
À propos du Lab : Le Global Innovation Lab for Climate Finance identifie, développe et accompagne le lancement d’instruments financiers innovants destinés à mobiliser des investissements privés en faveur de l’action climatique et du développement durable. Climate Policy Initiative assure son secrétariat et son appui analytique.

