Des ouvriers agricoles africains dans les champs de tomates italiens se rebellent

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Les dures conditions de travail des centaines de travailleurs agricoles africains dans les champs de tomates italiens sont la goutte d’eau qui a débordé le vase. Ces derniers, pour entendre, ont convergé vers la préfecture de Foggia afin de réclamer plus de respect et une amélioration de leurs situations sociales ou professionnelles.

Le cœur lourd et l’âme endeuillée, des centaines d’ouvriers agricoles, essentiellement africains, ont crié leur colère devant la préfecture de Foggia, après la mort de seize des leurs ce week-end.

Délaissant mercredi 5 septembre 2018 les champs de tomates du Sud de l’Italie, ces manifestants ont marché pendant trois heures sur les petites routes défoncées de la région pour gagner Foggia, où d’autres les ont rejoints devant la préfecture.

« Plus jamais des esclaves », ont-ils scandé en parcourant la plaine de Foggia, dans les Pouilles, où des milliers d’ouvriers agricoles africains mais aussi polonais, bulgares ou roumains passent l’été à ramasser les tomates sous un soleil de plomb.

Des salaires anormalement bas

Bien qu’ils soient quasiment tous en situation régulière – avec un permis de séjour ou une demande d’asile en cours d’examen -, les ramasseurs de tomates bénéficient rarement des conditions de travail et de rémunération requises par la loi.

« Je travaille 8 à 10 heures par jour pour 30 €, avec seulement 30 minutes de pause à midi, et je dois encore verser 5 € chaque jour pour le transport », a dénoncé un Malien de 22 ans, dont la rémunération apparaît dans la moyenne des témoignages recueillis par l’AFP et par des associations.

En principe, le salaire minimum dans l’agriculture italienne s’élève à 48 € brut pour des journées de 7 heures maximum.

Une dénonciation des conditions de transports des ouvriers agricoles

Si les étés derniers ont été marqués par la mort de plusieurs ouvriers agricoles italiens ou étrangers dans les champs, cette semaine c’est la question du transport qui a fait les gros titres.

Samedi puis lundi, deux fourgonnettes qui ramenaient des ouvriers agricoles à la fin de la journée sont entrées en collision frontale avec des camions de tomates. Des accidents ayant coûté la vie à 16 ouvriers et fait 4 blessés graves, tous originaires d’Afrique.

En hommage à l’un des leurs, dont la casquette ensanglantée a été retrouvée sur les lieux de l’accident samedi, les manifestants arboraient mercredi une casquette rouge, comme celles distribuées ces dernières semaines par des syndicats et des associations pour les protéger du soleil.

« Ici nous ne sommes rien »

Une caisse de tomates dans les mains, Kogyate Diakine, un Ivoirien de 41 ans installé en Italie depuis 12 ans, lance désespéré : « Tu sais combien coûtent les tomates italiennes ? Le prix du sang des Africains ». Barri Alfa, un autre Ivoirien arrivé il y a 15 ans, s’associe à cette colère : « Nous sommes découragés et mal accueillis. Ici, nous ne sommes rien ».

La Coldiretti, le principal syndicat agricole, a pour sa part dénoncé les pressions du marché, expliquant que dans une bouteille de coulis de tomates vendue 1,30 euro dans les supermarchés italiens, la tomate représentait 8 % du prix, contre 10 % pour la bouteille, 18 % pour le traitement industriel et 53 % pour la distribution.

Un secteur pénétré par la mafia

Mardi, le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, venu rencontrer les autorités et des représentants des ouvriers agricoles, a promis une multiplication des contrôles. Il a également pointé la responsabilité de la mafia dans le malheur des ouvriers agricoles. « C’est un problème de mafia. Dans la province de Foggia, il y a une criminalité mafieuse que j’ai l’intention d’éradiquer rue par rue, village par village, par tous les moyens légaux », a-t-il prévenu.

De son côté, le procureur de Foggia, Ludovico Vaccaro, a confirmé à la presse que les enquêtes autour de la main-d’œuvre agricole révélaient « parfois une gestion par des groupes mafieux « mais qu’il n’y avait » pour l’instant pas d’élément allant dans ce sens » dans l’enquête sur les deux accidents mortels.

Moctar FICOU / VivAfrik

Avec Le Parisien

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