L’ONG HRW s’indigne des conséquences néfastes d’exploitation de la bauxite en Guinée

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L’exploitation de la bauxite en Guinée fait naître des répercussions négatives sur l’environnement et les populations. C’est ce qu’a dénoncé l’organisation Human Rights Watch (Hrw) a dénoncé jeudi 4 octobre 2018, fustigeant la « croissance  fulgurante » de l’exploitation de la bauxite, principal minerai permettant la production d’aluminium dans le pays.

La Guinée, qui détient les principales réserves mondiales de bauxite, en est le troisième exportateur international et le premier à destination de la Chine.

« L’exploitation minière a détruit les terres ancestrales, endommagé les sources d’eau et recouvert de poussière les maisons et les arbres », écrit Human Rights Watch dans un rapport de 165 pages qui s’intitule : « Quel bénéficie en tirons-nous ? ».

En Guinée, l’exploitation de la bauxite est en plein essor, mais cette croissance est-elle vraiment positive ? Boké, dans le nord-ouest de la Guinée, est le point central de cette croissance. La région compte des dizaines de carrières à ciel ouvert, mais cette exploitation minière à des impacts négatifs pour les locaux, selon l’ONG Human Rights Watch qui a enquêté dans une trentaine de villages.

La phrase est régulièrement prononcée par les populations de la zone de Boké, des agriculteurs en grande majorité, qui ont vu leur mode de vie totalement changer avec l’essor fulgurant des mines de bauxites ces trois dernières années.

Le rapport de Human Rights Watch montre comment l’accroissement du secteur a parfois pris le pas sur la protection des questions sociales et environnementales, faute de surveillance adéquate de l’Etat.

Première conséquence : la perte de terres et de moyens de subsistance. Les entreprises minières profitent de l’ambiguïté du droit foncier guinéen pour exproprier les villageois de leurs terres ancestrales sans offrir d’indemnisation appropriée. Au mieux, les communautés reçoivent de l’argent qui ne compense pas la perte de profit. « L’approche des sociétés minière de la zone, c’est de donner de l’argent pour la terre, explique Jim Wormington, chercheur à la division Afrique de Human Rights Watch. Cela veut dire que vous remplacez les terres qui ont été utilisées par toute une communauté pour l’agriculture, par de l’argent qui est donné à un chef de famille ou de communauté qui n’a aucune formation sur la façon de gérer cet argent. Donc c’est tout un mode de vie agriculteur qui est en train de disparaître. »

Autre conséquence : un accès réduit aux ressources en eau. Un exemple est très révélateur. Dans le village de Lansanaya, la rivière a été asséchée avec l’arrivée de la mine à proximité. « Avec l’arrivée de l’exploitation sur la colline, les sédiments de la mine sont tombés vers cette rivière qui a presque disparu », indique Jim Wormington. Désormais, les habitants dépendent de la société d’exploitation pour avoir accès à de l’eau en citernes.

Déséquilibre

Il y a aussi des conséquences sur la santé des habitants. L’extraction et le transport de la bauxite produisent une poussière rouge tenace, des particules fines qui, selon l’Organisation mondiale de la santé, peuvent déclencher ou exacerber les maladies respiratoires et cardiovasculaires.

Tout cela sans compter la perte de productivité des terres agricoles, la baisse des revenus tirés de la pêche ou encore, l’afflux de populations à la recherche d’un emploi. Tout est une question d’équilibre, explique Human Rights Watch. Un équilibre entre une protection environnementale et sociale, une protection de droits humains et les revenus qui sont engendrés. Les populations se plaignent. Les sociétés minières les écoutent, mais rien n’est fait en retour. En bref, les populations sont lésées, or Human Rights Watch estime que sans équilibre ce ne sera pas une exploitation durable pour l’Etat guinéen et les communautés.

Signe révélateur : en avril 2017, des milliers de jeunes de la zone de Boké frustrés de ne tirer aucun bénéfice de cette exploitation avaient saccagé des bâtiments publics et érigé des checkpoints officieux afin d’empêcher les sociétés minières de mener leurs activités.

Selon Human Rights Watch, pour une meilleure cohabitation entre les mines et les habitants, il faudrait que l’Etat surveille mieux les exploitations. Mais les moyens manquent, tout comme la volonté politique.

Moctar FICOU / VivAfrik

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