La hausse des revenus pétroliers a-t-elle un impact positif sur la population Libyenne ?

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La Libye a engrangé en 2017 14 milliards de dollars environ 11,6 milliards d’euros de recettes pétrolières, soit près de trois fois plus qu’en 2016, malgré l’insécurité et une crise politique persistante. Ainsi, au-delà de la hausse des revenus constatée dans ce secteur et estimée à 24,3 milliards de dollars en 2018, les autorités doivent désormais répondre aux défis socio-économiques.  

Avec 48 milliards de barils, la Libye possède les plus importantes réserves de pétrole en Afrique. Une richesse qui, selon afrique.lepoint.fr, rapporte encore beaucoup de devises au pays. Le total des revenus pétroliers projetés pour l’année 2018 atteint environ 24,2 milliards de dollars, soit une augmentation de 76 % par rapport à l’année dernière, a annoncé la Compagnie nationale libyenne de pétrole (NOC). Cette hausse reflètent les performances réalisées dans la production du brut, en particulier au mois de novembre et ce malgré la persistance de l’insécurité dans le pays. Des résultats qui pourraient rapidement reculer, dans cette période charnière où les employés réclament de plus en plus une meilleure répartition des revenus du secteur.

Des résultats en nette hausse en cette fin d’année

Dans un communiqué publié vendredi sur son site, la compagnie d’État libyenne précise que les revenus de novembre provenant de la vente de pétrole brut et de ses dérivés, ainsi que les revenus fiscaux et des redevances tirés des contrats de concession ont atteint 2,4 milliards de dollars américains. C’est le troisième plus haut chiffre d’affaires mensuel concrétisé depuis le début de 2018.

En 2010, avant la révolution du 17 février qui a renversé le régime de Muammar Kadhafi, les revenus pétroliers étaient de l’ordre de 65 milliards de dollars pour une production de 1,8 million de barils par jour. Même si ce chiffre a été divisé par cinq pendant le conflit, il est depuis en constante progression. Ce qui permet à la NOC avec les grands groupes internationaux comme l’Italien ENI ou le français Total d’engranger d’importants revenus alors même que la production a dû être interrompue sur certains sites comme celui du plus important champ pétrolier d’al-Charara, situé dans le sud-est du pays. D’une capacité de 315 000 barils par jour, ce dernier a cessé de fonctionner en raison en raison du blocage du site imputé par la Compagnie nationale de pétrole (NOC) à une milice.

Des revenus pétroliers très convoités

Plongée dans le chaos depuis la chute du régime de Muammar Kadhafi en 2011, la Libye est dirigée par deux entités rivales : le gouvernement d’union nationale (GNA, basé à Tripoli), reconnu par la communauté internationale, et un cabinet parallèle installé dans l’Est et soutenu par le puissant maréchal controversé Khalifa Haftar. Une myriade de milices armées, qui changent d’allégeance selon leurs intérêts, et des djihadistes, dont ceux du groupe État islamique (EI), font régner un climat d’insécurité chronique dans ce pays riche en pétrole. « La fermeture d’al-Charara sera maintenue jusqu’à ce que le GNA satisfasse les revendications des habitants du Sud libyen marginalisé, sévèrement privé de services  », a indiqué par téléphone à l’AFP Mohamad Emeguel, qui se présente comme un porte-parole des «  protestataires  » qui bloquent selon lui le site.

L’insécurité et la crise économique rendent difficile l’accès des Libyens aux services les plus basiques, notamment pour les habitants du Sud qui se sentent marginalisés. « Nous appelons le GNA à garantir l’approvisionnement (des stations-service) en essence et les banques en liquidités, d’accorder une plus grande attention au secteur médical vétuste, de rouvrir les aéroports et d’aider des villes sinistrées comme Oubari et Sebha », a ajouté le porte-parole.

Débrayages et revendications

La NOC, elle, accuse des hommes armés qui «  prétendent appartenir aux gardes des installations pétrolières  » d’avoir occupé le champ, exigeant leur départ «  immédiat et sans condition  » et excluant des négociations avec eux. D’habitude, les blocages de ces sites se terminent après deux, trois jours à la faveur de négociations entre les autorités et les tribus locales, mais cette fois-ci la situation semble perdurer. Ce cas de force majeure représente un manque à gagner de 32,5 millions de dollars pour les caisses publiques.

Dans son communiqué ce vendredi 28 décembre, la NOC affirme qu’«  elle continuera de faire de son mieux pour promouvoir l’économie libyenne et fournir les fonds nécessaires pour assurer une répartition équitable de la richesse et une justice économique dans tout le pays  ».

En dépit d’un accord avec le gouvernement et de la suspension du mouvement protestataire, la production n’a pas encore repris sur ce site pétrolier. En 2013 déjà, les travailleurs avaient obtenu l’engagement d’une augmentation de 67 % de leurs salaires, mais cette promesse n’a pas été tenue.

«  Nous travaillons d’arrache-pied pour appliquer les mesures de sécurité convenues dans le champ de pétrole d’al-Charara, afin de reprendre les opérations et la production dès que possible et, dans l’attente de la mise en œuvre de réformes majeures liées aux installations pétrolières de la région par le gouvernement, nous allons rouvrir le champ pour permettre à la compagnie de s’acquitter de ses activités, sans aucun obstacle  », a indiqué le directeur de la NOC, Muftah Sanallah, cité par le communiqué.

Les structures pétrolières sont souvent la cible des groupes armés ou d’occupations abusives pour des revendications sociales, y compris par le personnel chargé de les sécuriser.

L’envoyé spécial et chef de la mission d’appui des Nations unies en Libye, Ghassan Salamé, a déclaré dans un communiqué le 21 décembre que le pétrole libyen «  appartient à tous les Libyens  » et a mis en garde contre une utilisation du pétrole pour «  marchander  ». « Les salaires de travailleurs doivent être protégés et payés », a dit-il indiqué.

Moctar FICOU / VivAfrik               

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