Développement durable : l’ONU compte sur la refonte du système financier mondial

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Le financement du développement durable actuel impose une refonte du système car, faute d’un remaniement des systèmes financiers nationaux et internationaux, les gouvernements du monde entier échoueront dans leurs engagements liés à la lutte contre le changement climatique et à l’éradication de la pauvreté d’ici à 2030.

Telle est la sonnette d’alarme tirée par plus de soixante organisations internationales, guidées par les Nations Unies et comprenant le Fonds monétaire international, le Groupe de la Banque mondiale et l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) dans un nouveau rapport publié par l’Organisation des Nations unies (ONU).

Dans ce rapport, intitulé « Financement du développement durable 2019 », ces organisations internationales notent toutefois avec satisfaction que les investissements se sont renforcés dans certains pays et que l’intérêt porté aux investissements durables a augmenté (75% des investisseurs individuels manifestant un intérêt pour l’impact de leurs investissements dans le monde).

En revanche, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 1,3% en 2017 ; les investissements dans de nombreux pays sont en baisse ; et 30 pays en développement sont à présent exposés à un risque élevé de surendettement ou sont déjà surendettés. Dans le même temps, la croissance mondiale semble avoir culminé à environ 3%.

A en croire le rapport rendu publique par l’ONU, changer la trajectoire actuelle du financement du développement durable ne consiste pas simplement à augmenter les investissements. La réalisation des objectifs mondiaux a besoin du soutien du système financier et de politiques favorables aux niveaux mondial et national.

Il ressort néanmoins du rapport que la mise en place de ces conditions favorable devient de plus en plus difficile. Les changements rapides au niveau technologique, géopolitique et climatique transforment nos économies et nos sociétés. Les institutions nationales et multilatérales existantes (qui ont permis de sortir des milliards de personnes de la pauvreté) luttent pour s’adapter. La confiance dans le système multilatéral a été mise à mal notamment parce que celui-ci n’est pas parvenu à faire en sorte que les profits soient distribués de manière équitable. La plupart des habitants du monde vivent aujourd’hui dans des pays où les inégalités sont croissantes.

« La confiance dans le système multilatéral lui-même se détériore notamment parce que nous ne réalisons pas une croissance inclusive et durable pour tous », a déclaré le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, dans la préface du rapport. « Notre défi commun consiste à rendre les systèmes commerciaux et financiers mondiaux propices à la promotion du développement durable et à une mondialisation équitable ».

Les auteurs du rapport proposent des mesures concrètes pour réorganiser l’architecture institutionnelle mondiale et rendre l’économie et la finance plus durables, notamment :

. Soutenir la transition vers un horizon d’investissement orienté sur le long terme avec, au cœur des décisions, la prise en compte des risques liés au développement durable ;

. Réviser les mécanismes de restructuration de la dette souveraine afin qu’elle puisse répondre à des instruments d’emprunt plus complexes et à un ensemble de créanciers plus diversifié ;

. Moderniser le système commercial multilatéral ;

. Relever les défis liés aux systèmes fiscaux empêchant les pays de mobiliser des ressources suffisantes dans une économie mondiale de plus en plus numérisée ; et

. Trouver des solutions à la concentration croissante du marché, qui s’étend au-delà des frontières, entrainant des conséquences sur les inégalités.

« Nous avons une opportunité majeure de surmonter les obstacles liés au financement durable en 2019 », a déclaré le Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales et Président du Groupe de réflexion qui a publié le rapport, Zhenmin Liu. « Il incombe aux gouvernements de s’engager à nouveau pour le multilatéralisme et de prendre les mesures politiques qui créeront un avenir durable et prospère ».

Lors d’une conférence de presse tenue à New York, la Vice-Secrétaire générale de l’ONU, Amina J. Mohammed, a aussi appelé la communauté internationale à prendre des mesures en s’appuyant sur les recommandations du rapport.

« Au lieu de renoncer à la coopération multilatérale, il nous faut renforcer l’action collective pour relever les défis mondiaux en faveur du développement durable », a-t-elle déclaré.

Moctar FICOU / VivAfrik                 

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