Akira Miyawaki à l’origine des micro-forêts 100 fois plus riches en biodiversité

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Le botaniste japonais, Akira Miyawaki est le précurseur de la création des micro-forêts natives qui sont 10 fois plus rapide, 30 fois plus dense, avec 100 fois de plus de biodiversité qu’une forêt traditionnelle. L’initiative est baptisée « MiniBigForest » où comment faire pousser 300 arbres sur l’équivalent de 6 places de parking ! Même si cette vision peut paraître surprenante, elle est bien possible. Un couple de Nantais, Stéphanie Saliou et Jim Bouchet, n’ont pas hésité à copier cette idée et y décèle une solution à la crise écologique, d’où l’urgence d’entamer cette révolution arboricole discrète dans l’agglomération nantaise.            

À une dizaine de kilomètres de Nantes, aux Sorinières, l’abbaye de Villeneuve abrite depuis peu la première micro-forêt native de la métropole. À l’entrée, derrière le mur d’enceinte, 600 tiges pointent le bout du nez à travers le paillage. Hautes de quelques centimètres, elles s’étalent sur quelques malheureux 200 m2. Ça, une forêt ? On pourrait en rire, en effet. Pourtant, d’ici deux ans, ces jeunes pousses de chênes sessiles, de frênes, de bourdaines, d’hêtres, d’aulnes, de bouleaux pubescents, d’érables, et tant d’autres essences locales atteindront les deux mètres. Dans trois ans, ce sera une forêt autonome. Et son potentiel dépassera de loin les forêts plus classiques, consacrées à la sylviculture industrielle, où les arbres sont plantés en monoculture, en rangs d’oignons, avec beaucoup d’espacement, de manière à pousser droit pour les besoins des consommateurs. Ici, c’est plus sauvage, plus dense, plus libre, plus résilient… et nettement plus performant. « Ce n’est pas une forêt de production, mais de transmission : nous voulons léguer ces forêts aux générations futures », clament Stéphanie Saliou et Jim Bouchet, qui ont fondé l’association Minibigforest.

Elle est membre des Colibris depuis quinze ans, cherchant à faire sa part à petits pas. Lui est naturaliste autodidacte, gambadant avec passion dans la nature sauvage et ayant passé son enfance dans une cabane construite dans un orme. Tous deux exprimaient l’envie « d’œuvrer plus grand pour la planète », mais ne savaient pas trop comment s’y prendre. Jusqu’à cette rencontre « électrisante », en juin dernier, au festival Aux Arbres, à Nantes. Le couple a vibré devant Shubendhu Sharma, un petit homme énergique qui montrait au public six places de parking en photo : « Ici, vous pouvez planter 300 arbres », annonçait-il. Ancien ingénieur automobile indien, il a planté plus de 30.000 arbres sur le site de son entreprise, sur une initiative du botaniste japonais Akira Miyawaki, le père de la micro-forêt. Shubhendu Sharma a lui-même poursuivi l’aventure au fond de son jardin, sur 100 m2, puis avec son entreprise de micro-forêt, Afforestt.

Akira Miyawaki, lui, en est à 40 millions de micro-forêts dans le monde entier, en suivant une technique qu’il a découverte en Allemagne dans les années 1960 : le potentiel naturel de végétation.

Reproduire une forêt naturelle et autochtone : comment ?

«  Le potentiel naturel de végétation consiste à identifier méticuleusement, dans un rayon d’une dizaine de kilomètres autour de la future zone de plantation, les essences spontanées, c’est-à-dire celles qui repoussent sans la main de l’homme, définit Jim Bouchet. On revient ainsi à des forêts naturelles et autochtones. »

Les arbres se plantent de façon très dense, au minimum trois au mètre carré, cinq au maximum, sur de petites surfaces. 3.000 m2 au plus. « Cela étonne les gens, mais c’est le mécanisme naturel des forêts ! », défendent les deux planteurs nantais. Et la nature préfère la diversité à la monoculture. Le potentiel naturel de végétation mixe ainsi une trentaine d’essences différentes, au moins, dans une micro-forêt native, en partie pour y favoriser la coopération et éviter la propagation des maladies. « Dans une forêt en monoculture, les arbres tombent facilement malades, car ils sont de la même espèce », étaye le naturaliste en herbe.

Il semblerait que le potentiel naturel de végétation mis au point par le botaniste japonais rejoigne la permaculture des Australiens Bill Molisson et David Holmgren. « Comme en permaculture, on y retrouve de la diversité, de l’autonomie, et surtout pas d’alignement, confirme Stéphanie Saliou. Tu observes ce que fait la nature, et toi, en tant qu’humain, tu as juste à le refaire ! La forêt Miyawaki, c’est reproduire ce qui existe à l’état naturel. »

Faire barrière à une future autoroute… et annihiler toute la pollution du monde

Le projet de construction d’une future quatre-voies en face de chez eux, à l’abbaye de Villeneuve, a incité Stéphanie Saliou et Jim Bouchet à prendre le pas. Un de leurs voisins avait suggéré l’idée : « Il faudrait des gens qui plantent des arbres. » Il ne leur en fallait pas plus à ces deux créatifs, qui se sont aussitôt formé dans les Ardennes, auprès d’un autre spécialiste de la micro-forêt, biologiste, le Belge Nicolas de Brabandère. Parmi toutes ses qualités naturelles, la micro-forêt érigera une barrière végétale entre les habitants et l’autoroute, étouffant les nuisances sonores et la pollution engendrées.

Espace de ressourcement, réserve de biodiversité, captation de carbone et de pollutions, barrière sonore, ce genre de mini-forêt, plantée un peu partout en zone urbaine, a plus d’un tour dans leur sac. « Elle a aussi une capacité à restaurer les sols dégradés et à purifier l’eau, ajoute Jim Bouchet. Il est fondamental de retrouver des sols vivants… Comment faire si ce n’est avec la forêt qui a le pouvoir de générer du vivant ? » À leurs yeux, la micro-forêt de Miyawaki est un remède local immédiat au dérèglement climatique et aux perturbations écologiques de tout ordre, et ce sans attendre le mirage aux alouettes d’un monde politique réduit à une manivelle d’ajustement des marchés.

« Disparition des insectes, des oiseaux, des mammifères…les chiffres du GIEC nous alarment ! 400 espèces de la flore sur 4000 risquent de disparaître d’ici quelques années. A contrario on sait qu’en 2017, la forêt a absorbé 30% des émissions de carbone humaines… On sait où est la solution ! » Elle serait notamment dans ces petits poumons verts, adaptables à la moindre surface, le tout couplé bien évidemment à une protection urgente de nos océans, le premier poumon de notre planète. Que chaque espace libre devienne, demain, une micro-forêt : tel est le credo de MiniBigforest.

« NOUS VOULONS LÉGUER CES FORÊTS AUX GÉNÉRATIONS FUTURES »

Potentiel humain de plantation

« Notre intention est double, souligne Stéphanie Saliou : Reforester rapidement et durablement en tout lieu avec cette technique, qui permet d’investir les pelouses des entreprises,  les friches urbaines, les espaces verts et les parcs, les cours d’école, etc. et faire appel au potentiel humain de plantation. » Cette fois, le nom est de leur invention. Le PHP invite tout type de public à devenir gardien de ces forêts, en plantant puis en entretenant les jeunes pousses. Les deux premières années correspondent à une période de latence, où la micro-forêt a besoin de soins. À deux, le boulot serait trop gros, et le couple ne veut pas garder pour eux seuls ce plaisir de planter, cette reconnexion vitale avec la nature.

En décembre 2018, 300 arbres ont été plantés par une trentaine d’amis. Le 8 mars dernier, ce sont des élèves de CM2 qui ont agrandi la micro-forêt de l’abbaye de Villeneuve avec 300 nouvelles pousses. Demain, ce seront 2018 arbres qui s’élèveront près d’une autoroute. Les deux aventuriers forestiers partiront ensuite à la conquête du Grand Ouest, à la manière d’Astérix et Obélix dans le Domaine des dieux, qui reboisent la forêt armoricaine en un clin d’œil. À quand les 40 millions de micro-forêts ?

Quantité, mais surtout qualité, le couple refuse de tomber dans le greenwashing : « Aujourd’hui il y a beaucoup d’actions de reforestation, du style 1 euro, 1 arbre. La plupart de ces forêts qui sont plantées en greenwashing, meurent six mois après. Elles ne servent à rien, car ce ne sont pas des arbres locaux ou que cela a été planté avec la mauvaise essence, sans parler des expropriations d’habitants ! » Planter des mini-forêts, c’est jouer plutôt la carte de la durabilité, en sortant d’une logique de production et de profit immédiats. C’est semer de la vie et de l’espoir sur le long terme, pour que les futures générations puissent en récolter les fruits.

Moctar FICOU / VivAfrik

Avec mrmondialisation.org

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