RDC : le général Gabriel Amisi cité dans un scandale d’exploitation illégale de bois

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La République démocratique du Congo (RDC) fait tristement parler d’elle ces derniers jours. Après la tuerie dont sont victimes deux policiers congolais commis à la protection d’un puits d’extraction d’or par des hommes non identifiés, munis d’armes blanches et à feu, lors d’une attaque menée dans la nuit du samedi 13 au dimanche 14 avril 2019 au Sud-Kivu (est de la République démocratique du Congo, l’ONG britannique Global Witness, accuse à son tour, le général Gabriel Amisi (au centre de l’image) d’avoir commercialisé illégalement des permis d’exploitation forestière dans le pays.

Le nouveau pouvoir a décidé d’interdire le détachement des policiers et militaires auprès des sociétés minières. Les deux membres de la Police nationale congolaise (PNC) abattus protégeaient un carré minier sur la colline de Kachanga, dans la localité de Misisi, en territoire de Fizi. Ils ont succombé après un échange des tirs avec les assaillants.

S’agissant de l’exploitation illégale de bois, l’ONG britannique Global Witness soutient que le général Gabriel Amisi, surnommé « Tangofor », aurait commercialisé illégalement des permis d’exploitation forestière en RDC. Le chef d’état-major adjoint, proche de l’ancien président Kabila, sanctionné par les États-Unis et l’Union européenne pour des atteintes aux droits humains, se serait servi de son influence pour acquérir des permis forestiers. Des permis confisqués par le ministère de l’Environnement puis réattribués dans l’urgence durant la seconde moitié de l’année 2018 à la société de l’épouse du général Amisi. RFI a pu consulter pour nous des documents officiels apportant de nouveaux éléments.

Ces dernières années, le ministère de l’Environnement a procédé à de nombreuses réquisitions de concessions forestières en République démocratique du Congo, avant de les réattribuer à d’autres sociétés. Parmi celles-ci, Maniema Union Deux, détenue par la famille du général Gabriel Amisi, alias « Tangofor ».

« Le général Amisi a pu obtenir plusieurs concessions forestières attribuées à une société détenue par la femme et les enfants de monsieur Amisi. Plusieurs de ses enfants étaient trop jeunes pour gérer. Alors les enfants mineurs étaient représentés par monsieur Amisi », explique Jean-Luc Blakey, qui a mené l’enquête pour l’ONG britannique Global Witness.

Cette société a bénéficié de onze attributions entre juin 2018 et janvier 2019. Les cessions se sont accélérées en fin d’année dernière à l’approche de l’élection présidentielle.

La société a changé de mains

Selon les documents que RFI a pu consulter, une partie de ces concessions a été cédée alors que la rétrocession à l’État n’était pas encore réalisée officiellement. Par ailleurs, le moratoire sur les forêts impose un examen scrupuleux des réattributions afin de vérifier leur conformité. On ignore si cela a été fait. Global Witness estime que la société Maniema Union Deux a réussi à obtenir et revendre des permis en un temps record, alors que l’obtention de nouveaux permis était alors illégale.

Car entre-temps, la société a changé de mains, la famille du général Amisi la revendant à un ressortissant chinois, Lei Hua Zhang. « Deux semaines après que les concessions ont été attribuées à Maniema Union Deux, toutes les parts de la société étaient vendues à Lei Hua Zhang, commerçant chinois, qui est aussi le directeur de Wan Peng International. Alors Maniema Union Deux n’était pas acheté par la grande société chinoise, mais par son directeur lui-même, à son nom », poursuit Jean-Luc Blakey de Global Witness.

Lei Hua Zhang serait une couverture

Mais Global Witness estime que l’homme d’affaires chinois couvre les intérêts de la famille Amisi. « Oui, c’est vrai. Ils ne sont plus propriétaires. Mais nous, on a vu les documents qui étaient signés plusieurs mois après la vente des parts de Maniema Union Deux qui a été signée par la femme de monsieur Amisi en tant que directeur de la société. Donc même si les parts sociales sont vendues, il y a toujours la femme du général qui s’implique dans les affaires de la société  », conclut Jean-Luc Blakey.

De leur côté, les avocats du général Amisi disent préparer une réponse à ces accusations. Selon nos informations, le ministre de l’Environnement intérimaire depuis mars dernier, Franck Mwe Di Malila, est informé d’un certain nombre des dysfonctionnements au sein du ministère. Il demande au Premier ministre l’autorisation de signer un arrêté suspendant les concessions attribuées depuis 2016 afin de réaliser un audit.

Moctar FICOU / VivAfrik

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