Burkina Faso : la construction d’un hôpital dans la forêt de Kua au menu de la presse

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Le projet tant controversé de construction d’un hôpital dans la forêt de Kua à Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) par la Chine avec l’aval du gouvernement fait polémique actuellement dans le pays. La presse burkinabè n’a pas tardé à faire de cette polémique l’un des sujets phares affichés à la Une des quotidiens.

netafrique.net titre « Forêt classée de kua : Des chinois déjà sur le terrain ». « Les techniciens chinois ont été aperçus ce jour 22 mai 2019 sur le site de la forêt classée de kua. Escortés par la police, ces derniers s’adonnaient à des travaux d’inspection en présence de forestiers », informe le média en ligne. Qui précise que « les défenseurs de l’environnement et plusieurs citoyens s’opposant à cette initiative ».

De son côté, burkina24.com se présente comme le sauveur de la forêt de Kua. D’où son titre rassurant : ‘’Forêt de Kua’’ : «La Chine pourrait accepter n’importe quel autre site ». Selon le journal qui cite Sidwaya, la Chine a réagi au débat sur l’implantation d’un hôpital dans une partie de la forêt classée de Kua.

« C’est par l’intermédiaire du média d’Etat Sidwaya que la part de vérité de la Chine a été exprimée. Dans la rubrique “Kantigui”, le quotidien d’Etat, citant une source diplomatique chinoise, indique que l’Empire du milieu n’a pas imposé le choix de la forêt classée de Kua pour implanter l’hôpital.  Il a été “préféré aux autres, car il offre une situation idéale en terme ‘’d’impact environnemental et social’’ », lit-on dans le journal.

La même source révèle que « l’emplacement à polémique a été choisi de concert avec les autorités compétentes et (il) est ‘’raisonnablement impossible’’ que la Chine, qui ne savait même pas que le terrain appartenait à une forêt classée, impose le choix du site à son partenaire burkinabè », assure “Kantigui”, citant toujours la source diplomatique.

Déplorant  les « atteintes à la sécurité du personnel chargé des levées topographiques, à des actes de vandalisme et à la confiscation de leurs matériels de travail sur le terrain », l’informateur de Sidwaya affirme que  la « Chine pourrait même, au nom de la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays, accepter n’importe quel autre site que le gouvernement viendrait de designer ».

Cette polémique n’a pas laissé indifférent le lauréat du Prix Nobel Alternatif 2018, Yacouba Savadogo qui s’est confié à netafrique.net. « Je ne suis pas d’accord avec le déclassement (d’une partie de la Forêt de Kua). Celui qui connaît la valeur d’une plante ne fait pas ça », a-t-il clarifié dans les colonnes du site d’information.  

« Je ne suis pas d’accord avec le déclassement de la forêt de Kua. Celui qui connaît la valeur d’une plante ne fait pas ça. On doit craindre Dieu. Il y a des plantes médicinales qui ne pourront plus être retrouvées si on détruisait la forêt. Je suis âgé et j’ai assez vu. Je ne dois plus me mêler de la destruction. Le plaidoyer du député est sa juste valeur et je lui apporte mon soutien », a déclaré Yacouba Savadogo qui est surnommé affectueusement ‘’l’homme qui a arrêté le désert’’.

« La forêt a été classée depuis 1936 par le colon, on peut avoir notre forêt et avoir notre hôpital. On n’est pas contre la construction de l’hôpital mais nous disons que la forêt est un autre hôpital à ciel ouvert, gratuit où les gens rentrent se soigner. Il faut signaler que dans cette forêt il y a 6 nappes importantes d’eau », a pour sa part martelé dans le quotidien le député Moussa Zerbo qui est par ailleurs président de la commission du développement rural, de l’économie et des changements climatiques de l’assemblée nationale.

Evoquant  ce sujet lors de son discours sur la situation de la Nation, le Premier ministre Christophe Dabiré a confié à nos confrères qu’une enquête a fait savoir que la zone choisie par les Chinois pouvait être utilisée sans dommage sur la forêt classée. « Les Chinois nous ont dit, si nous sommes d’accord, même les arbres qui sont dans le site qu’ils ont choisi, ils vont les déterrer et aller les replanter dans la forêt », a-t-il précisé.

Loin de céder à la pression, burkina24.com informe que les forestiers ont planté des arbres à la place de bornes dans la forêt classée de Kua. « Des forestiers ont planté ce 23 mai 2019 des plants d’arbres à la place de bornes qui délimiteraient en principe l’enceinte du futur hôpital. Les forestiers estiment que des travailleurs chinois y ont effectué des travaux sans document légal », note le journal. Citant les propos d’un des agents, il précise : « dans une forêt classée, un arbre est plus capital qu’un hôpital ».

wakatsera.com va même plus loin et titre « Forêt de Kua : des bornes déterrées ». « Selon nos informations, des agents des Eaux et Forêts, en colère, ont déterré, ce jeudi 23 mai 2019, dans la forêt de Kua à Bobo-Dioulasso, les bornes délimitant l’espace réservé à la construction de l’hôpital de référence financé par la République populaire de Chine. Cet acte fait suite à un sit-in qu’ils ont initié pour manifester leur désapprobation face à la volonté du gouvernement de détruire au moins 16 hectares de la forêt classée de Kua pour y ériger un centre hospitalier universitaire », lit-on dans les colonnes du média cité. 

Selon les explications du porte-parole des manifestants, Sidi Cheick Mohamed Traoré, inspecteur des Eaux et Forêt, dans la région des Hauts-Bassins, les Chinois seraient passés hier (22 mai) à Kua, sans autorisation des forestiers pour des travaux entrant dans le cadre du projet de construction de l’hôpital en question. Pour les forestiers, c’est un acte répréhensible qui conduit au paiement d’une amende allant de «10 000 à 300 000 FCFA», ont encore ajouté nos confrères.

Moctar FICOU / VivAfrik

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