Cacao : le Ghana et la Côte d’Ivoire comptent mieux rémunérer les agriculteurs

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Les deux premiers producteurs mondiaux de cacao en l’occurrence le Ghana et la Côte d’Ivoire ont renseigné mercredi 13 juin 2019 qu’ils ne vendraient plus leur cacao en deçà de 2.600 dollars la tonne. Cette mesure jugée « historique » vise à mieux rémunérer les agriculteurs.

En termes clairs, ces deux pays africains qui affichent un front commun depuis quelques mois, ont annoncé qu’ils « suspendent » les ventes de la récolte 2020-2021 pour obtenir un prix plancher de leurs acheteurs. Depuis Accra, la capitale ghanéenne, le directeur général du COCOA BOARD, l’organe public de gestion de la filière ghanéenne, vient d’annoncer que les deux pays « suspendent jusqu’à nouvel ordre les ventes de la récolte 2020-2021 pour préparer la mise en place de ce prix plancher ».

« Ce qu’il s’est passé ces deux jours est historique », s’est réjoui Joseph Boahen Aidoo à la fin d’une réunion de deux jours entre producteurs, négociants et responsables politiques. « Depuis des années, ce sont les acheteurs qui ont déterminé les prix », a-t-il ajouté.

Selon le responsable Ghanéen, ce prix a été approuvé, sur le principe, par les participants – producteurs et négociants. Il a par la même occasion annoncé une prochaine réunion qui doit avoir lieu le 3 juillet 2019 à Abidjan pour discuter de la mise en place de cette mesure.

De 750 à 1055 FCFA le kilo au producteur ?

C’est une menace adressée aux acheteurs. Mais une menace seulement, pour l’instant, car la commercialisation de cette récolte 2020-2021 n’a pas commencé, la récolte est dans ces deux pays vendue par anticipation et cela débute en général au milieu de l’année précédente. C’est sur cette base que l’on peut définir ensuite le prix au producteur appliqué un an plus tard. À partir d’octobre 2020, le gouvernement ivoirien souhaiterait consacrer aux planteurs 70 % des 2600 dollars demandés aux acheteurs. Cela reviendrait à payer les producteurs 1055 FCFA le kilo, contre seulement 750 FCFA aujourd’hui, quand ce prix minimum est respecté… Ce serait donc une hausse considérable pour les planteurs, + 40 %.

Mahamudu Bawumia, Vice-président du Ghana trouve « déraisonnable » que sur les 100 milliards de dollars que représente le marché mondial du chocolat, seuls 6 milliards reviennent aux agriculteurs. « C’est pour cela que nos gouvernements se sont mis d’accord pour offrir aux agriculteurs une juste part de la richesse produite par l’industrie », avait-il déclaré mardi dernier. Avant d’ajouter : « un juste prix des fèves de cacao serait une grande aide pour appuyer les investissements du gouvernement dans les infrastructures rurales, et pour améliorer les conditions de vie ».

De l’avis de Yves Kone, directeur général du Conseil Café Cacao de Côte d’Ivoire, cette rencontre vise à « obtenir des industriels et des autres partenaires de la filière un prix qui puisse rémunérer le travail de l’homme décemment ».

« Quand les prix montent, au moins les conditions de vie s’améliorent », a affirmé pour sa part Umar Abubakar, secrétaire général du syndicat des producteurs de Café, Cacao et Noix de Karité (Cocoshe).

L’Organisation internationale du cacao (ICCO), qui s’est également invité dans ce débat a souligné que  le consensus existe « pour dire que les prix du cacao sont structurellement trop bas. Depuis 30 ans, le prix en dollars constants a été divisé par quatre », a laissé entendre Michel Arrion, son directeur exécutif.

Cacao « pas assez cher » selon Cémoi

Pourtant, ce n’est pas la panique chez les gros acheteurs de la filière. Un négociant de poids souligne qu’« il faudra certes beaucoup de trésorerie supplémentaire, ce qui risque de fragiliser les exportateurs locaux, mais que tout ce qui va dans le sens des producteurs est bon. Si tout le monde joue le jeu, y compris les chocolatiers qui, estime-t-il, font des marges importantes, ça se répartira, juge-t-il, sur toute la chaîne ». Le PDG du chocolatier français Cémoi dit de son côté « soutenir la hausse des prix au planteur. Globalement, dit-il, le cacao est une matière première qui n’est pas assez chère ». Quant à Nestlé, la multinationale suisse dit « attendre avec intérêt la poursuite des discussions constructives qui identifieront des mesures réalisables. »

Il est vrai que le marché du cacao est plutôt porteur en ce moment, avec une demande forte sur tous les continents, ce qui explique le meilleur niveau des cours, qui n’est plus très éloigné désormais des 2600 dollars exigés par les deux géants du cacao. Toutes les discussions à venir vont porter sur le mécanisme à mettre en place si les cours devaient plonger à nouveau.

Moctar FICOU / VivAfrik

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