Sommet climat à l’ONU : Antonio Guterres invite à respecter l’Accord de Paris

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Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, a profité de l’ouverture de la 74ème Assemblée générale des Nations unies, le sommet sur « l’urgence climatique » ce 23 septembre 2019 à New York pour appeler les Etats à respecter l’accord de Paris sur le climat signé en 2015 afin de baisser la température.  

Finis les discours, Antonio Guterres attend « des plans concrets et réalistes ». Le secrétaire général des Nations unies a distribué les copies il y a plusieurs mois déjà, alors toute la journée, les hommes politiques vont exposer les pistes qu’ils ont trouvées dans différents domaines : transition énergétique, finance climatique et prix du charbon, solutions naturelles, etc. Avec le même but : permettre de lutter plus efficacement contre le réchauffement climatique et d’aligner leurs pays sur l’accord de Paris.

Du concret, des bonnes pratiques plutôt que des envolées lyriques non suivies d’effets, voilà ce à quoi les pays sont enjoints par Antonio Guterres qui n’a cessé de marteler depuis des mois la nécessité de remporter le combat contre les émissions de gaz à effet de serre.

Le patron de l’ONU n’a pas caché sa priorité. Il a en effet décidé de ne pas attendre 2020, date initialement prévue, pour que les pays révisent à la hausse leurs objectifs en matière de climat. Il a fait passer son organisation à la vitesse supérieure bien avant, et le sommet qui se tient ce lundi à New York en est la preuve : le climat est devenu l’action prioritaire de son mandat.

Catastrophe après catastrophe, l’homme à la tête de l’ONU ne cesse de rappeler à l’ordre la communauté internationale pour qu’elle tienne les engagements de l’accord de Paris sur le climat (2015), en contenant le réchauffement de la planète sous la barre des 2°C, voire 1,5 °C, par rapport aux niveaux précédant l’ère industrielle.

Historique, il a enjoint les jeunes, invités à débattre et échanger autour d’actions concrètes samedi, à continuer à mettre la pression sur les gouvernements, quitte à faire parler les urnes. Aujourd’hui, les chefs d’État en personne sont obligés de montrer qu’ils ont tous travaillé sur le sujet. « Il n’y a plus que ça qui compte pour Antonio Guterres, chuchote un diplomate. Ce n’est plus du tout la sécurité. »

Pour expliquer ce changement de cap, il suffit de regarder comment les dossiers sur la sécurité restent coincés au sein de l’institution. La Russie a par exemple opposé son 11e veto cette semaine à une résolution sur la Syrie. Et puis les partisans du bilatéralisme, États-Unis en tête, ont largement contribué à limiter l’influence de l’ONU dans le domaine. Alors Antonio Guterres a contourné le problème.

Car pour lui, les liens entre le réchauffement climatique et une population qui souffre de catastrophes naturelles, ou entre le réchauffement et la montée des terrorismes, toujours prompts à profiter du chaos, sont indéniables. « Le climat, c’est le seul fer de l’action multilatérale qui fonctionne actuellement », confie un acteur du secteur climatique. C’est donc comme cela qu’Antonio Guterres pourrait redorer finalement le blason de l’ONU et la faire se rapprocher de sa mission originelle.

La jeunesse, une alliée

Pour y parvenir, il faut bouleverser les pratiques. Alors, Guterres a prié les participants de remiser les belles paroles pour se concentrer sur des « plans concrets ». Avec un objectif à atteindre : la neutralité carbone d’ici à 2050. Pour montrer le cap, il a appelé les dirigeants à abaisser leurs rejets de carbone de 45 % d’ici à 2030, ou à mettre fin aux subventions aux énergies fossiles. S’il n’a pas de réel moyen de pression, le secrétaire général de l’ONU compte sur un allié de poids : la jeunesse.

Financer l’innovation

Jean-François Julliard, directeur général en France de l’ONG de défense de l’environnement Greenpeace, veut croire que ce sommet va servir à quelque chose. « On jugera sur pièce. Mais c’est vrai qu’on espère vraiment que les dirigeants politiques ont compris qu’on n’était plus dans le temps des discours, des promesses et des beaux engagements, prévient-t-il. Il faudrait que les dirigeants des principales économies de cette planète, à commencer par l’Union européenne, les États-Unis, la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Indonésie, s’engagent réellement à se détourner des énergies fossiles par exemple. Il faudrait qu’il y ait des financements suffisamment conséquents mis sur la table par les pays les plus riches parce qu’on a aussi besoin de financements pour cette transition écologique. Il faudrait que les dirigeants nous disent qu’ils sont prêts à transformer en profondeur nos sociétés dans les secteurs les plus polluants que sont les transports, le logement, le bâtiment, l’agriculture. »

Pour préparer ce sommet, des groupes de travail ont eu lieu ces derniers jours, dont un sur l’innovation dans l’industrie pour assurer la transition écologique. Pour limiter le réchauffement climatique, il faudrait que le monde soit neutre en carbone en 2050, selon les scientifiques. Un objectif que Robert Watt, de l’Institut pour l’environnement de Stockholm, juge possible d’un point de vue technologique : « Si on prend l’exemple de l’acier, on peut produire de l’acier sans rejet de carbone, explique-t-il. Il y a deux processus possibles. En utilisant de l’hydrogène qui remplacerait le charbon. C’est testé en Suède actuellement. L’autre possibilité, c’est produire de l’acier propre avec un système de captation et de stockage du carbone. Tout cela est faisable technologiquement. »

Un changement en profondeur des systèmes industriels

Mais pour amener les industries lourdes à faire leur transition écologique, il faut réunir des fonds. C’est ce que s’est fixée la Mission Innovation, créée après l’accord de Paris en 2015 et qui réunit 25 pays. « Les pays membres s’étaient engagés à doubler leur investissement public dans la recherche et le développement d’ici fin 2020, rappelle son chef John Loughhead. Il nous reste 18 mois et pour l’instant les investissements ont augmenté de 50%, il faut encore les doubler. »

Mais John Loughhead l’avoue : mettre plus d’argent dans l’innovation ne suffira pas. Il faudrait un changement en profondeur de nos systèmes industriels et économiques pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique.

Moctar FICOU / VivAfrik                         

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