Villes durables en Afrique – Axes d’amélioration

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Par Guy Stephane DAGO                              

Selon les Nations Unies, en 2050, l’Afrique comptera 2.5 milliards d’habitants, soit environ ¼ de la population mondiale. Sur les 1,3 milliards de personnes supplémentaires, l’on estime qu’environ 900 millions vivront en ville d’où le fait que les villes devraient absorber environ 70% de la croissance démographique.

Comme je le précisais déjà dans un précédent article publié en 2014 au sein du réseau Médiaterre et également sur mon blog AfriqueCroissanceVerte; le continent africain est confronté d’une part aux challenges liés à la croissance urbaine, et de l’autre, à la nécessité de préparer un avenir urbain durable dans les villes et métropoles de demain.

Partie intégrante de l’ODD 11, le sujet des villes durables va favoriser de nouvelles stratégies concernant la gestion des villes et des territoires en Afrique.

L’objet de cet article n’est pas cependant de rappeler l’importance des villes durables mais plutôt de mettre l’accent sur des aspects de ce sujet très peu médiatisés et dont la prise en compte ne devra en aucun cas être négligée.

Attention ! Ne limitons pas le sujet des villes durables en Afrique à un strict aspect business et des marchés à conquérir

Selon un rapport de l’OCDE (Perspective économique – Villes durables et transformations structurelles), seulement 1/3 des infrastructures permettant de faire face aux besoins liés à la croissance démographique ont été construites.

En d’autres termes, 2/3 des infrastructures sont à réaliser ; et cela constitue des marchés de plusieurs millions d’euros à prendre.

Ces marchés concernent divers secteurs. Ce sont de manière non exhaustive :

. Le renforcement de l’accès aux services de base (assainissement, eau, traitement des déchets, santé, éducation, sécurité, etc.). Cela peut surprendre mais ces services essentiels sont très loin d’être assurés correctement dans certaines villes africaines à grande renommée.

. La consommation, la production d’énergie et la mobilisation des énergies renouvelables

. La mobilité urbaine et la qualité de l’air etc.

La recherche de financement pour répondre à certains de ces enjeux ne doit pas occulter l’importance du « Comment va-t-on y arriver ? ».

Surtout que pour ceux qui s’intéressent aux problématiques identifiées ; ces dernières ne sont pas entièrement nouvelles. Je dirai qu’elles sont, pour la plupart, présentées dans un nouveau package qui est « vert ».

Qu’est ce qui ferait que des problématiques sur lesquelles, l’Afrique n’a pas avancé efficacement depuis plusieurs dizaines d’années seraient soudainement résolues via le concept des villes durables ?

Il faut admettre avec humilité qu’il y a des prérequis à mettre en place ou à renforcer tels que la définition d’un cadre réglementaire adapté, une déclinaison claire des stratégies de gouvernance par rapport à ces sujets ou l’implication des populations en amont des projets etc. qui seront indispensables pour y arriver.

Vulgarisation de l’information sur les villes durables en Afrique : Mettre l’accent sur le fond et la pédagogie

Au-delà des appels à projets, des articles traitant principalement des opportunités à saisir ou des carences déjà connues sur le continent africain, le jeune étudiant faisant des recherches via le web sur le sujet des villes durables en Afrique a beaucoup de mal à avoir une vision claire du sujet.

En effet, peu d’articles développent des réflexions pertinentes en réponse à certaines questions essentielles. Par exemple :

. Comment l’Afrique doit-elle s’approprier le concept de la ville durable ? Est -ce que le fait d’avoir un métro ou de belles autoroutes font d’une ville africaine une ville durable ? Bien sûr que non. Alors comment définir ou quelles sont les critères d’évaluation spécifique à la ville durable africaine ?

Pour la petite histoire, une ville peut être énergétiquement autonome, avec une isolation des bâtiments par des toits végétaux, des transports en commun internes à la ville fonctionnant avec une énergie respectueuse de l’environnement, un recyclage de tous les déchets et des eaux usées, le recours à des matériaux de construction locaux, espaces verts… Et in fine être un échec total à cause du coût de la vie et d’autres éléments liés au côté trop ambitieux du projet. Cela a été le cas de la ville expérimentale de Dongtan en Chine.

. Comment intégrer concrètement les quartiers précaires à la ville durable africaine tout en tenant compte des questions liées à la sécurité, aux activités informelles et à la non-maîtrise du foncier ?

. Comment promouvoir l’utilisation des matériaux locaux dans la construction et développer des normes de construction adaptées aux réalités du continent ?

. Comment faire comprendre à certains décideurs africains que ce n’est pas lorsque par exemple la ville de Dakar ressemblera trait pour trait à Paris qu’elle pourra se considérer comme une ville durable ? Les sensibilisations vont-elles dans ce sens ?

Je peux encore aller plus loin, mais le point ici est d’interpeller les organismes en charge de ces sujets.

La ville durable en Afrique devra être la réponse aux enjeux locaux et aux besoins essentiels du territoire ; Le superflu viendra plus tard.

Les travaux au sein des villes durables devront être réalisés par priorité.

Par exemple, une ville qui est incapable de gérer correctement ses déchets ou encore une ville dont les habitants subissent régulièrement des coupures d’eau ne devrait-elle pas s’atteler à satisfaire les besoins des usagers locaux au lieu d’essayer de remplir les critères classiques de la Smart city ?

En d’autres termes, il ne faudrait pas que les investissements ou encore les travaux réalisés ne règlent pas les problèmes cruciaux des citadins.

Je paraphrase les propos d’un architecte et urbaniste parus dans le journal Le Monde en disant qu’il faut inverser le système qui repose sur l’offre d’infrastructures urbaines, pour privilégier la demande avec des besoins réels identifiés.

Guy Stéphane DAGO   

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