Afrique subsaharienne : la sécurité alimentaire sous le diktat d’une grave sécheresse

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Le continent africain est le continent qui souffre le plus des effets néfastes du changement climatique qui deviennent de plus en plus graves en Afrique subsaharienne. Dans cette région, des millions de personnes sont laissées à la merci des graves pénuries alimentaires dues à la sécheresse.

Une combinaison « catastrophique » de sécheresse et de résilience déclinante des communautés a laissé environ 2,3 millions de personnes confrontées à une grave insécurité alimentaire aiguë en Zambie. Elles étaient environ 1,7 million il y a un mois à peine, a regretté la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR).

Certaines familles des régions les plus touchées survivent à la pénurie alimentaire en mangeant des fruits et des racines sauvages, un mécanisme d’adaptation qui les expose à des espèces toxiques pouvant constituer un danger de mort ou présenter de graves risques pour la santé.

Si l’on se fie à la FICR dans un communiqué de presse, les communautés d’Afrique australe sont touchées par la sécheresse depuis fin 2018. Détaillant que, dans de vastes zones du sud et de l’ouest de la Zambie, les précipitations ont été les plus basses enregistrées depuis au moins 1981, année de référence à partir de laquelle les précipitations normales ont été mesurées, tandis que les régions du nord et de l’est du pays ont été touchées par des inondations et des excès d’eau entraînant de mauvaises récoltes.

Bien que la FICR collecte des fonds pour fournir une aide alimentaire immédiate, renseigne pour sa part le journal seppi.over-blog.com, la triste nouvelle souligne la nécessité de solutions à long terme pour assurer la sécurité alimentaire face aux changements climatiques. De nombreux scientifiques africains ont identifié les cultures génétiquement modifiées « intelligentes face au climat » comme un outil important pour nourrir la population du continent.

De l’avis de Benjamin Ubi, président de la Société de biotechnologie du Nigeria (BSN) qui s’exprimait lors de la convention annuelle du groupe, la biotechnologie est susceptible de remodeler les politiques agricoles en Afrique en abordant à la fois le changement climatique et la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

De son côté, le directeur exécutif du Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA), le Dr Yemi Akinbamijo, a estimé qu’« on ne saurait trop insister sur le rôle de la biotechnologie dans la réalisation de la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique ».

Des scientifiques africains ont mis au point des variétés GM et hybrides de maïs résistant à la sécheresse et continuent de tester un type de maïs résistant à des insectes et à la sécheresse connu sous le nom de TELA, en Ethiopie, au Mozambique, au Nigeria, en Ouganda, en Tanzanie et au Kenya. Il a déjà été adopté en Afrique du Sud.

Lenganji Sikapizye, de seppi.over-blog.com a en outre précisé que d’autres recherches sont en cours sur le riz NEWEST, qui a été conçu de manière à nécessiter moins d’engrais azotés, à tolérer les conditions de sécheresse et à pousser dans des sols salés, tout en offrant de bons rendements.

La biotechnologie a fait ses preuves et des plantes GM sont cultivées par des millions d’agriculteurs à travers le monde. « Nous aimerions vraiment que cela profite aux agriculteurs pauvres en ressources », a souhaité le Dr Stephen Mugo, représentant régional pour l’Afrique et représentant national pour le Kenya du CIMMYT.

Certains pays africains sont, par contre, invités à réviser leurs politiques législatives avant que leurs agriculteurs puissent avoir accès à ces cultures améliorées, intelligentes face au climat. Suffisant pour Akinbamijo d’appeler à « plus de science en politique et moins de politique en science », ajoutant qu’il était nécessaire que les scientifiques communiquent en permanence le public et les décideurs.

« Les décideurs nous fournissent le cadre dans lequel la science et les scientifiques évoluent. Par conséquent, nous avons besoin de politiques scientifiques adéquates pour promouvoir les innovations scientifiques. Nous devons avoir un moyen systématique de dialoguer avec les décideurs politiques pour leur fournir des informations scientifiques crédibles leur permettant de prendre des décisions fondées sur des données scientifiques », a-t-il expliqué.

Pour Kaitano Chungu, secrétaire général de la Croix-Rouge Zambienne, outre la faim, la sécheresse qui sévit actuellement fait peser sur certains Zambiens d’autres menaces.

« Avant que les communautés n’aient pu se remettre des conséquences des inondations qui ont caractérisé la saison 2017-18, la saison 2018-19 a été touchée par la sécheresse. La succession de sécheresses et d’inondations a été catastrophique pour de nombreuses communautés. Dans la plupart des zones touchées, l’eau potable est insuffisante, ce qui signifie que les hommes et les animaux – animaux d’élevage et animaux sauvages – doivent utiliser les mêmes points d’eau. Ceci est inacceptable car cela expose les gens à des maladies et crée un risque accru d’attaques par des animaux », a-t-il déclaré.

Dans la foulée, certaines des sections de la Croix-Rouge zambienne font partie des groupes d’aide qui distribuent depuis quelques mois des secours alimentaires aux communautés touchées par la faim pour le compte du gouvernement, mais une aide supplémentaire est nécessaire.

C’est dans ce sens que la Croix-Rouge zambienne, la FICR et ses sociétés du Croissant-Rouge lancent un appel à dons. Cet appel financera les efforts visant à fournir une assistance axée sur les urgences et le redressement à environ 57 000 personnes parmi les plus touchées par la crise actuelle.

Dans le cadre de l’opération Croix-Rouge, les familles ciblées recevront des subventions en espèces sans condition imposée, ainsi qu’une assistance destinée à améliorer la production vivrière future.

« Notre priorité est de fournir rapidement de l’argent d’urgence aux familles vulnérables », a déclaré le Dr Michael Charles, chef du bureau régional de la FICR pour l’Afrique australe, dans un communiqué de presse. « Cependant, nous voulons aller au-delà d’une simple stabilisation de la situation ; nous voulons offrir un appui soutenu pour que les gens soient mieux en mesure de faire face aux futures menaces climatiques et de les gérer sans avoir besoin d’une aide extérieure. Notre objectif ultime est d’aider les gens à devenir plus résilients », ajoute-t-il.

Le directeur de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) Mark Green, a pour sa part fait écho à ce point de vue dans son récent discours liminaire au Prix Mondial de l’Alimentation, dans lequel il annonçait son intention d’investir 70 millions de dollars dans de nouvelles initiatives de biotechnologie agricole pour aider à faire face aux défis de l’insécurité alimentaire dans le monde.

« L’aide humanitaire, y compris l’assistance alimentaire, est un traitement et non un remède. Nous devons développer de nouvelles technologies et de nouveaux partenariats qui aideront non seulement les familles déplacées dans des situations de crise, mais leur offriront des moyens de subsistance partout où ils pourront les trouver. […] Chaque être humain, chaque communauté veut instinctivement un coup de main, pas un cadeau », a-t-il laissé entendre.

Moctar FICOU / VivAfrik      

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