Le Sénégal a investi plus de 40 milliards dans la politique migratoire

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Le 18 décembre de chaque année, le monde entier célèbre la Journée internationale des migrants. Au Sénégal, les organisations membres du Réseau migration et développement (REMIDEV) et l’Union pour la solidarité et l’entraide (USE) ont commémoré cette Journée ce mercredi 18 décembre 2019 au centre Ahmadou Malick Gaye de Bopp autour du thème : « L’impact des financements internes et externes dans la gouvernance de la migration au Sénégal ».  

Cette rencontre « haute portée » incite à échanger et analyser avec les participants et les invités sur leurs regards et perceptions de l’impact réel des financements dans la gouvernance de la migration au Sénégal en lien avec le contexte international. Mieux, il s’agit notamment d’« échanger avec les participants sur l’évolution des paradigmes entre migration et développement ; d’analyser l’impact des financements dans la gouvernance actuelle des migrations au Sénégal et leur lien avec le contexte de coopération international et enfin de formuler des propositions citoyennes et alternatives permettant de répondre aux défis actuels et futurs », a expliqué Thierno Aliou Ba, président de l’Union pour la solidarité et l’entraide (USE).

Pour sa Fatoumata Guèye Ndiaye, représentante du Haut conseil des collectivités territoriales (HCCT) a souligné que l’Etat sénégalais a mobilisé plus de 40 milliards dans la politique migratoire. « Quand vous regardez de très près la politique migratoire de notre pays, vous vous rendrez compte que l’Etat a fait d’énormes efforts dans ce domaine. Le Sénégal a mis plus de 40 milliards dans le financement de la politique migratoire. C’est vrai que ce financement n’est pas bouclé. Il est évalué à 50 voire 60 milliards de FCFA. Ce que je peux vous assurer, c’est que l’Etat a mis beaucoup de moyens dans la mise en œuvre de cette politique migratoire », a-t-elle assuré.   

Dès lors, il urge de s’arrêter et évaluer afin de voir si les objectifs dont les autorités se sont fixés sont atteints ou non. Ainsi, pour solutionner la question de la migration, il faut que l’Etat, en relation avec les Organisations de la société civile (OSC), les ONG…, essayent de voir les solutions à mettre en œuvre, comment faire pour solutionner les problèmes qui nous interpellent par rapport à la migration. Le but de cette Journée est donc de faire la tour de la situation globale de la question migratoire surtout au niveau de notre pays. Le Sénégal, informe Fatoumata Guèye Ndiaye, dispose d’un document de politique nationale de migration, élaboré de façon inclusive avec l’ensemble des acteurs. Ce document a été validé par l’ensemble des institutions en mars 2018.

« Cette journée, sera l’occasion d’évaluer l’état de mise en œuvre de cette politique migratoire dans notre pays. Nous verrons les contraintes rencontrées et qu’est-ce qu’il faut améliorer pour que cette mise en œuvre soit effective, qu’est-ce que les institutions doivent faire pour que les objectifs fixés dans cette politique de migration soient atteints ? », s’est interrogée la représentant du HCCT.

Cette politique englobe tout. Dans celle-ci, « nous avons mis le doigt sur l’ensemble des problèmes : les causes de la migration, ses conséquences, son financement et tant d’autres préoccupations », a-t-elle ajouté. A l’en croire, si cette politique est correctement mise en œuvre avec la collaboration de l’ensemble des acteurs, le Sénégal pourra trouver une solution durable à cette problématique.

Mais pour Zakaria Sambakhé, Directeur de l’ONG Action Aid Sénégal, la migration c’est la « violation des droits des migrants » malgré la ratification de conventions internationales par nos Etats. « Pour nous, la migration c’est la violation des droits des migrants. Depuis un certain temps, malgré le fait que les Etats ont ratifiés les conventions, on voit qu’ils ne sont pas respectés. Je prends l’exemple de l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui accorde une liberté de circulation à tout citoyen du monde et que les Etats n’ont pas le droit de fouler au pied ces droits, ces libertés. Le constat aujourd’hui est que les migrants sont considérés comme des terroristes, des, bandits, en un mot, des gens qui n’ont pas de droits. En Europe, ce sont des discours populistes qui sont utilisés pour instrumentaliser les migrants afin qu’ils puissent arriver au pouvoir. Une fois au pouvoir, ils profitent de ces lois, signés avec la collaboration des Etats, pour refouler les migrants », a dénoncé le Directeur pays de Action Aid.

Partant de ce triste constat, l’Afrique doit revoir sa politique migratoire et les conventions signées. Le premier pilier de la gouvernance migratoire c’est la participation, l’autre pilier c’est la consultation c’est-à-dire, est-ce qu’un citoyen a le droit d’être informé des politiques signées par nos Etats ? La réponse est affirmative.  

De l’avis de M. Sambakhé, si on parle de gouvernance, il faut que ces questions soient adressées. Les Etats africains doivent cesser de penser que les occidentaux ont le monopole de notre liberté, le monopole du droit. « Si on n’adresse pas ces questions, on serait là injecter vainement de l’argent et créer des projets qui ne seront pas viables ni durables parce que les bénéficiaires ne seront pas intéressés par ces projets. Pour nous, il est question aujourd’hui avec la célébration de cette Journée de faire le bilan de l’application de ces conventions, d’évaluer la contribution des migrants en termes de transferts des flux financiers dans nos foyers. Si nos dirigeants rejettent ces transferts prétextant que l’Europe nous envoie des aides publiques au développement, je vous assure qu’on s’achemine vers un échec », a encore déploré le responsable de l’ONG Action Aid.

La migration est minée également par la problématique de la mauvaise gouvernance. « Si les services publics ne répondent pas aux préoccupations des populations particulièrement les jeunes, dans le secteur de l’agriculture par exemple, qu’on arrive à avoir des politiques agricoles qui répondent aux préoccupations de ces jeunes et qu’on puisse avoir des projets durables qui prennent en comptent ces jeunes-là, on serait là mais rien ne va changer. Si la participation de ces jeunes ou de la société civile est réduite, cela va poser problème, s’est-il désolé.  

Suffisant pour Action Aid de considérer que la migration doit être vue de manière globale. Les réponses ne doivent pas être des réponses individuelles mais des réponses communautaires. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine (UA) doivent adopter une politique cohérente africaine en matière de migration et porter celle-ci au niveau des Nations unies car, le Sénégal, à lui seul, ne peut pas régler cette question.

Moctar FICOU / VivAfrik                                           

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