RDC : Arthur-Désiré Nkoy Elela mise sur la formation professionnelle pour aboutir au développement et à la paix

0

Arthur-Désiré Nkoy Elela estime qu’en République démocratique du Congo, une offre de formation professionnelle axée sur l’employabilité est un outil crucial pour le développement et la paix. L’Expert en ingénierie de la formation professionnelle, INPP – RD Congo par ailleurs directeur de l’Institut national de préparation professionnelle qui a accordé une interview à Thomas Hofnung, Rédacteur en chef d’iD4D a également ajouté que cette formation professionnelle est aussi un outil de cohésion sociale, notamment dans la partie orientale de la République démocratique du Congo.

Quel est l’enjeu de la formation professionnelle pour un pays comme la République démocratique du Congo (RDC) ?

La RDC est un pays immense, de plus de deux millions de kilomètres carrés. Son système éducatif est complexe. Malgré les efforts consentis ces dernières années, le déploiement de l’offre de formation et d’éducation est très inégal sur le territoire national. Par ailleurs, le système éducatif peine à répondre aux besoins d’employabilité des apprenants car les programmes sont généralement axés sur les savoirs théoriques, où la formation initiale – qu’elle soit primaire, secondaire ou académique – ne débouche pas sur des compétences professionnelles permettant d’être employable immédiatement. Autre problème : les programmes scolaires, hérités de la période coloniale, sont devenus obsolètes au fil des années. Les différentes réformes amorcées depuis l’accession du pays à l’indépendance en 1960 n’ont pas encore réussi à améliorer la qualité du système. Celui-ci reste rongé par plusieurs défis liés, notamment : au cadre stratégique, légal et institutionnel (gouvernance) ; au contenu, aux méthodes, aux programmes et au suivi-évaluation ; aux ressources (humaines, matérielles et financières) ; à l’adéquation entre la formation et l’emploi. Cependant, avec l’appui des partenaires techniques et financiers, quelques efforts sont entrepris pour améliorer la gouvernance, l’accès, la pertinence et la qualité ainsi que l’équité et l’inclusivité de l’éducation et de la formation.  

Le gouvernement congolais déclare vouloir assurer la gratuité de l’enseignement primaire. Où en est-on ?

La gratuité de l’éducation de base est un principe consacré dans la Constitution de la RDC pour augmenter sensiblement le taux de scolarisation. La mise en œuvre de cette mesure, qui bute sur plusieurs problèmes, est à l’heure actuelle embryonnaire. La gratuité vise, en théorie, à favoriser un accès maximal à l’enseignement, mais dans les faits elle risque surtout d’accentuer la baisse de la qualité de l’enseignement. Car les enseignants seront privés du complément de salaires qu’ils sont habitués à recevoir de la part des parents d’élèves. La croissance démographique de notre population, de plus de 3 % l’an, met au défi nos infrastructures : celles-ci ne peuvent absorber tous les jeunes Congolais en âge d’être scolarisés, d’où risque d’une grande déperdition scolaire ou d’une instrumentalisation de l’accès à l’école dans des conditions de manque de viabilité. Or, dans un pays marqué par un conflit très violent, les jeunes (particulièrement ceux de l’est du pays) peuvent trouver facilement refuge dans les milices et autres groupes armés.  

Diriez-vous que la question de la formation professionnelle est cruciale pour la stabilité en RDC ?

Elle constitue indéniablement un outil de paix et de résolution des conflits, mais aussi un outil de cohésion sociale, notamment dans la partie orientale du pays, et dans d’autres provinces, comme au Kasaï. Il y a là un défi très important que nous tentons de relever avec l’aide de nos partenaires étrangers : fournir à des jeunes qui ont rejoint parfois très tôt les groupes armés des compétences professionnelles. On note des exemples encourageants : d’anciens enfants associés aux forces et groupes armés sont même devenus des employeurs en créant leur petite et moyenne entreprise, notamment dans les secteurs de l’agriculture et du BTP. Les activités liées à la forêt, à la filière bois sont aussi des secteurs dynamiques. Nous essayons d’orienter les jeunes vers l’entreprenariat plutôt que le salariat. Pour ce faire, des incubateurs d’entreprise sont mis en place pour les accompagner dans le cadre des formations qualifiantes, notamment à l’Institut national de préparation professionnelle (INPP), à travers les projets d’appui financés par l’AFD. L’idée, c’est de formaliser ce qui, bien souvent, relevait de l’informel.  

Paradoxalement, la RDC connaît un chômage très important, mais aussi des pénuries de main-d’œuvre…

Effectivement, plusieurs métiers sont en tension, notamment dans les secteurs du BTP et des mines. Des entreprises sont souvent contraintes de recourir à de la main-d’œuvre étrangère, par exemple dans la chaudronnerie, ou pour le maniement des appareils d’élévation dans les mines… Pour exercer ces métiers qui demandent une réelle expertise, certains travailleurs viennent non seulement des pays limitrophes du Congo mais aussi de Nouvelle-Zélande, d’Australie ou de Chine.  

Les femmes sont-elles davantage soumises au problème du sous-emploi et du chômage que les hommes en RDC ?

Le taux d’accès des filles à la formation et à l’éducation est, de fait, limité. Cela peut résulter d’un choix économique et culturel : les parents vont généralement favoriser la formation des garçons au détriment de celle des filles. Celles-ci sont également freinées par la violence qu’elles subissent, notamment de la part des groupes armés qui utilisent la violence sexuelle comme une véritable arme de guerre. Enfin, ce faible taux s’explique aussi par le nombre de mariages précoces. Bien que la loi stipule en RDC une égalité d’accès sur le marché du travail, ce n’est clairement pas le cas du fait de ces facteurs économique, culturel et sécuritaire qui sont mentionnés. Toutefois, il faut noter que d’autres groupes sont stigmatisés dans le processus de développement des compétences et d’accès à l’emploi, notamment les Pygmées dans la province de l’Équateur ou dans l’est du pays.  

Qu’en est-il pour la formation professionnelle en termes de maillage géographique ?

Si l’accès à l’éducation est garanti par l’État, au niveau de la formation professionnelle, les jeunes qui ont décroché de l’école n’ont pas toujours de seconde chance : des territoires entiers sont faiblement pourvus en centres de formation, malgré les efforts de l’État. Paradoxalement, grâce à l’aide des ONG et des partenaires étrangers, les jeunes qui vivent dans des zones troublées ont parfois davantage accès à ces formations : l’INPP est ainsi présent à Bukavu et à Uvira (région des Kivus), mais aussi à Goma, Rutshuru, Beni ou Butembo. Avec l’aide des partenaires techniques et financiers, nous avons mis au point un parcours de certification et de qualification professionnelle, et les résultats récoltés depuis six ans sont vraiment prometteurs. Nous cherchons ainsi à garantir un accès équitable au marché du travail. C’est une tâche de longue haleine et un enjeu majeur pour notre pays : le développement de compétences techniques et professionnelles de la population active en RDC est un moteur de croissance et de développement.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here