Impact du Covid-19 sur le marché pétrolier en Afrique : des pertes colossales et des risques latents

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Car au-delà du lourd impact économique immédiat induit par la chute vertigineuse des cours, les secteurs des hydrocarbures, de l’électricité, des énergies renouvelables et des mines, peuvent être exposé à des risques latents en matière de sécurité.

La situation actuelle provoquée par le fléau du Covid-19, exige que «les entreprises qui contrôlent et gèrent les infrastructures énergétiques critiques maintiennent leur vigilance contre les menaces de sécurité physiques, cybernétiques et technologiques alors qu’elles font face à ces événements cygne noir», mettent en garde des analystes économiques.

A ce titre, la résilience des opérations des sociétés pétrolières est essentielle à l’économie, à la sécurité et à la qualité de vie globale de tous les citoyens en Afrique et dans le monde. «Les indications et les avertissements mettent en lumière le fait que les terroristes, les acteurs étatiques hostiles, les criminels, les pirates informatiques et les vandales prévoient actuellement de profiter de notre état de chaos actuel», insiste, en effet, la Chambre africaine de l’énergie (CAE), dans un récent document analysant l’impact du Covid -19 sur le marché pétrolier en Afrique, transmis à notre rédaction par le groupe APO (organisation de la presse africaine).

Basée à Johannesburg (Afrique du Sud), la CAE, institution regroupant des entreprises des chaînes de valeur du pétrole, du gaz, de l’énergie et des mines, affirme prendre «les menaces à la sécurité en Afrique très au sérieux et ces risques ne doivent pas être minimisés lorsque notre industrie fait face à ces turbulences actuelles et à l’instabilité des prix».

110 milliards de dollars de pertes

Pour leur part, les experts de la société américaine Energy & Natural Resource Security Inc (ENRS) réitèrent leur engagement à «continuer soutenir de nombreuses sociétés énergétiques en Afrique pour atténuer les actions hostiles de ceux qui sont mal intentionnés. En ces temps incertains comme ceux-ci, ce sont les efforts des entreprises contre les menaces inattendues qui garantissent que leurs actifs maintiennent la continuité des opérations pendant ces temps difficiles.

D’où l’accent mis par la CAE sur l’expertise de l’ENRS, en la matière, dont ont, aujourd’hui plus que jamais, besoin les industries pétrolières et énergétiques africaines : «L’ENRS est un partenaire-clé pour nous et leurs solutions de sécurité sont ce que les propriétaires, les opérateurs, les investisseurs et les assureurs devraient mettre en œuvre pour maintenir la continuité de leurs opérations et atténuer les risques tout au long du cycle de vie opérationnel de leurs actifs».

Outre ces dangers, sournois mais avérés, à ne pas négliger, les experts et les lobbyistes de la CAE, bien que croyant fondamentalement que les marchés pétrolier et gazier devraient être laissés fonctionner par eux-mêmes, appellent, par ailleurs, les Etats africains à redoubler et à combiner les efforts pour amortir, un tant soit peu, les effets catastrophiques que le coronavirus a sur le prix du baril et la demande de pétrole mondiale. D’autant que, à l’heure actuelle, l’Afrique devrait perdre plus de 110 milliards de dollars en taxes, exportations de pétrole, emplois et contrats avec des entreprises locales au cours des trois prochains mois.

Et, «les entreprises prennent déjà un coup dans leurs programmes d’exploration et doivent trouver des moyens de lever des capitaux pour réussir à forer des puits», s’inquiètent-ils. Par conséquent, des extensions sont nécessaires aux fins de «garantir le succès de ces sociétés à court terme et les Etats membres de l’Opep doivent immédiatement s’engager avec les dirigeants de l’Arabie Saoudite et de la Russie pour s’assurer que les marchés pétroliers ne soient pas sur-approvisionnés».

Comme solution possible à ces problèmes croissants, les gouvernements africains devraient envisager d’«imposer des annulations ou des reports immédiats des paiements d’impôts pour une période pouvant aller jusqu’à trois mois aux sociétés de services appartenant à des Africains, aux sociétés d’exploration et de production locales et à toutes les sociétés internationales et locales travaillant sur des programmes d’exploration», recommande-t-on à la Chambre africaine de l’énergie dont l’Algérie est l’un des membres influents. Il s’agit d’une période extrêmement difficile pour le pétrole et le gaz africains.

Partant, renchérit-on : «Les décisions finales d’investissement, les nouveaux développements sur le terrain et les projets gaziers sont également susceptibles de voir des retards ou des annulations qui auront un effet massif sur de nombreuses entreprises et communautés africaines qui considèrent l’industrie comme une opportunité de construire une classe moyenne.» Cela est susceptible, toujours selon la CAE, d’aider les employeurs à «payer leurs employés, à améliorer leur liquidité et à réduire certaines des pertes de revenus tout en évitant les pertes d’emplois». Surtout que «les acteurs africains étaient déjà pénalisés par les faibles bénéfices et l’accès difficile aux capitaux pour les projets pétrolier et gazier».

Des milliers d’emplois menacés

Et si la guerre des prix continue, préviennent les experts de la chambre panafricaine, «de nombreux producteurs de champs marginaux cesseront probablement leurs activités, les programmes d’exploration seront interrompus, les cycles d’octroi de licences échoueront et les majors devront prendre les décisions difficiles de réduction des opérations». Pis encore, si rien n’est fait, avec la suspension de plusieurs projets d’exploration, des milliers d’emplois locaux sont menacés. «Alors que les effets à court terme du Covid-19 sur les économies mondiales se font déjà sentir et mettent des millions de personnes dans une situation précaire, ses effets à long terme restent encore inconnus.

En Afrique, l’impact se fera encore plus sentir car la pandémie est combinée à un effondrement historique des prix du pétrole, exerçant une pression sur les budgets des États et testant la résilience des sociétés énergétiques les plus puissantes du continent.» Inquiétudes des plus légitimes, semble-t-il : avec des prix qui ont atteint leur plus bas niveau depuis 1991, «une pression immédiate sur les budgets des États et leur stabilité macroéconomique», s’avère irréversible puisque tous les producteurs d’Afrique avaient budgétisé 2020 avec une référence pétrolière bien supérieure à 50 dollars.

D’où des pertes de plusieurs milliards de dollars de recettes publiques cette année auxquels devraient s’attendre, à court terme les principaux producteurs africains à l’image de l’Algérie. «En dehors de l’Afrique du Sud, les plus grandes économies du continent dépendent fortement des revenus pétroliers pour alimenter le budget de l’Etat et les dépenses publiques et assurer la stabilité macroéconomique», se préoccupent les analystes pétroliers de la CAE.

A long terme, estiment, pour leur part, des experts du Centre africain pour la politique énergétique (ACEP), les effets que la crise sanitaire Covid-19 aura indéniablement sur le secteur en Afrique, «dépendent de ce qui s’y passera cette année. Les coupes dans les dépenses d’exploration et l’annulation des plans de forage d’aujourd’hui pourraient potentiellement signifier des années de retard dans les nouvelles découvertes, le remplacement des réserves et la mise en production de nouveaux gisements».

D’autant que, argumentent-ils, «les plus grandes sociétés pétrolières internationales opérant sur le continent réduisent déjà toutes leurs dépenses de 20% en moyenne dans le monde, ce qui devrait avoir un impact sur l’exploration et les projets en Afrique».

Il en est ainsi, énumèrent-ils, de ExxonMobil qui envisage plusieurs réductions de dépenses, de Shell qui a déjà annoncé une réduction des coûts d’exploitation sous-jacents de 3 à 4 milliards de dollars et une réduction des dépenses en capital de 5 milliards de dollars ou encore de Total qui a réduit son Capex organique (dépenses d’exploitation) de plus de 3 milliards de dollars, soit 20% de ses dépenses d’investissement prévues pour 2020 ou de Chevron qui a amputé les dépenses en capital et d’exploration de 20%, entraînant de fait une réduction de 700 millions de dollars des projets et de l’exploration en amont.

Aussi, ces compagnies pétrolières internationales sont appelées à prendre d’importantes décisions d’investissement finales cette année ou dans un avenir proche sur des projets de plusieurs milliards de dollars en Afrique. «Les pays producteurs de pétrole doivent se rassembler et travailler avec le secteur privé afin de nous sortir de la crise du Covid-19 et atténuer autant que possible les retombées économiques. Lorsque les Etats-Unis et l’Europe parlent d’une récession, la plupart des pays africains et nos concitoyens sont probablement déjà entrés en dépression», observe, avec dépit, la CAE. «…Nous devons faire face à la réalité, car ces temps sont sans précédent. L’incertitude est encore plus frustrante pour les compagnies pétrolières et les travailleurs. Pardonnez-moi, mais il y a du sang dans les rues, dans l’eau et l’air a le coronavirus», conclut NJ Ayuk, son président.

(ecodafrik.com)

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