Moustapha Dia juge « insuffisant » l’aliment de bétail destiné aux éleveurs impactés par le Covid-19

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Propos recueillis par Moctar FICOU                              

Le Président de l’Association pour le développement de Namarel et villages environnants (ADENA), une association pastorale sénégalaise à cheval entre les régions de Saint-Louis, Matam et de Louga par ailleurs Secrétaire Général du Réseau Bilital Maroobé (RBM), une organisation sous-régionale d’éleveurs pasteurs a trouvé le montant alloué à l’achat de l’aliment de bétail au profit des éleveurs impactés par le Covid-19 « très infusant » (3 milliards). Moustapha Dia qui estime que la situation de l’élevage actuelle est confrontée à la répétition des crises climatiques et la menace des mélanges de poudre de lait écrémée et réengraissée avec de la matière grasse végétale en provenance de l’occident, a également passé en revue, dans une interview accordée à VivAfrik, les impacts du coronavirus sur le secteur de l’élevage.

Comment jugez-vous la quantité de l’aliment de bétail destiné aux éleveurs impactés par le Covid-19 et dont la distribution est en cours ?

Pour ma part, je la trouve très insuffisante. J’aurais pensé que l’Etat du Sénégal, serrait à un niveau beaucoup plus raisonnable par rapport à la distribution dans la mesure où, cette pandémie évolue à un moment où il y a déjà une crise. Souvenez-vous que depuis 2012 jusqu’à aujourd’hui, nous vivons des crises alimentaires qui affectent le cheptel nationale. En plus, depuis octobre 2019, nous avons connu des transhumances très précoces au point que près de 60 % du cheptel est parti de sa zones prédilection vers celles plus fournies en pâturages. L’Etat connais très ce problème parce qu’il a des agents à travers tout le pays qui peuvent constater la situation de crise alimentaire et nutritionnelle du cheptel. Partant de ce point de vue, un travail fournit pouvait être réalisé, c’est-à-dire recenser le cheptel resté sur place et celui qui a quitté sa zone de prédilection vers d’autres horizons au niveau de chaque département et arrondissement. Mieux encore, depuis octobre, c’est une modicité précoce qui prévaut avec l’installation tardive de l’hivernage. Pendant cette période, l’Etat devrait au moins prendre en charge l’alimentation du bétail ne serait-ce que 20 à 25 %. Sur 1 000 milliards, l’Etat aurait pu allouer au moins 10 à 15 milliards au secteur de l’élevage pour l’achat de produits alimentaires et vétérinaires afin de régler d’autres problèmes liés à la santé animale plutôt que 3 milliards seulement. 

Plusieurs secteurs sont impactés par la propagation du coronavirus. Celui de l’élevage n’est pas épargné. Parlez-nous des conséquences que vous subissez.                                                        

Au niveau de la laiterie ADENA de Namarel qui avait l’habitude de produire pour la zone mais aussi pour le marché intérieur (Ndlr : Dakar, Saint-Louis, Louga, Touba, Thiès…), vous voyez que nous ne pouvons plus bouger en cette période de pandémie. C’est une partie importante du marché qui est perdue. En plus, les possibilités que nous avions pour mettre à la disposition du bétail une alimentation correcte sont érodées. Cette situation fait qu’on ne peut plus assurer l’alimentation aux cheptels. La transhumance a été la solution mais quand il y a transhumance, le bétail part de la zone, conséquence, les unités laitières sont fermées. Les quelques animaux que nous avons ici nous permettent de produire un tant soit peu quelques quantités de litres. Cette production est très  insuffisante pour notre zone d’action à fortiori d’aller au-delà de celle-ci. Le Covid-19 a perturbé le gros travail qui a été abattu pendant des années pour conquérir le marché local et intérieur. Le coronavirus perturbe également perturbé certains besoins des consommateurs. Aujourd’hui, nos recettes n’arrivent pas à prendre en charge le personnel de la laiterie. En un mot, le Covid est une pandémie qui ne facile pas le travail. Il a mis à terre toutes les économies aussi bien des producteurs eux-mêmes mais aussi des initiatives économiques de la zone.   

Quel est le type de cheptel que vous vous intéressez dans votre laiterie ?       

L’essentiel du cheptel qui nous concerne est sahélien pastoral. La situation de l’élevage actuelle est confrontée à la répétition des crises climatiques. Ce qui fait, de nos jours, que le système est complétement paralysé dans la mesure où la mobilité est devenue beaucoup plus fréquente. Cette situation perturbe l’économie pastorale. Si vous voyez de plus près, nos organisations représentent en terme de cheptel plus de 98 % du cheptel national si on parle de système de production pastoral et agro-pastoral tandis que le système intensif tourne autour de 1 %. C’est dire qu’aujourd’hui c’est le bovin qui peut fournir l’essentiel du lait pour l’auto-consommation mais aussi pour la génération de revenues. C’est ce dernier système de production intensif qui génère des quantités importantes de lait.

Selon certains experts, ce lait issu du système de production intensif est menacé par le lait écrémée et réengraissée avec de la matière grasse végétale notamment l’huile de palme moins chère que la graisse animale qui a été prélevée pour fabriquer du fromage ou du beurre. Confirmez-vous cette hypothèse ?

En toute honnêteté, ce lait est confronté à la présence du lait en poudre reconstitué, soit il est reconstitué avec d’autres ingrédients, soit il est reconstitué sans ces ingrédients. Quand on parle de lait en poudre réengraissée, sachez que c’est une construction européenne parce que les industries laitières qui produisent du lait en poudre ont des technologies beaucoup plus fines pour intégrer d’autres sous-produits dans le lait. Cette pratique dégrade notre économie dans la mesure où, non seulement le lait européen est subventionné mais en plus, il est mis dans la catégorie la plus faible du Tech (Ndlr : à la première catégorie de 5 % de taxe) et 5 % taxe ne représente rien par rapport à la 5ème bande qui est de 35 %. C’est uniquement le lait en poudre qui est porté à ce niveau. Tous les autres laits importés sont à la 5ème bande, donc à 35 % de Tech. Ces laits ne concurrencent pas le lait local. Le lait en poudre vient alors en Afrique avec un maigre prix (il coute entre 200, 260, voire 240 FCFA) alors que chez nous, le prix le plus faible que nous pouvons mettre notre lait sur le marché tourne au tour de 250 FCFA. Je fais cet inventaire pour vous dire que notre production locale est fortement concurrencée pat le lait importé. Notre lait fait face aussi à d’autres charges telles que les charges de transport, celles liées à la transformation et tant d’autres charges allant de la collecte jusqu’à la consommation. Si nous portons toutes ces charges à notre lait, les répercutions se font sentir au niveau du prix.

Comment comptez-vous freiner cette concurrence ?                 

Les initiatives sont nombreuses. Mais nous pensons que la sensibilisation maximale de nos concitoyens à la consommation locale est primordiale, sensibiliser aussi nos pouvoir publics pour qu’ils prennent conscience de cet état de fait, sensibiliser également nos partenaires européens afin qu’ils comprennent que, même si l’Europe est entrain aujourd’hui de faire des bons économiques importants, l’Afrique est entrain de souffrir de son exploitation. Nous envisageons également de continuer à travailler sans relâche et voire les stratégies à mettre en place pour que notre lait, même s’il n’est pas compétitif, puisse être présent sur le marché pour qu’on fasse une communication en faveur de la qualité du produit qui est sur le marché.         

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