Exploitation illégale du bois au Sénégal : difficile de quantifier les superficies dévastées, selon le Dr Moussa Mamadou Baldé

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La région naturelle de la Casamance est la région du Sénégal connue pour sa végétation abondante, sa biodiversité et ses gigantesques forêts en Afrique de l’Ouest. Mais ses zones boisées disparaissent rapidement et atteint aujourd’hui un seuil très critique. Dans une région où le changement climatique constitue une grave menace pour le développement socio-économique des populations locales, cette disparition présage une catastrophe dont on ne peut mesurer l’ampleur aujourd’hui.  

Il s’avère que l’exploitation illégale du bois a pris de l’ampleur ces dernières années en Casamance, selon le géographe et universitaire sénégalais, le docteur Moussa Mamadou Baldé, estimant qu’il est difficile de quantifier les superficies dévastées.

« La coupe illégale des forêts est un phénomène qui a pris de l’ampleur ces dernières années en Casamance. Il est difficile de quantifier les superficies qui sont dévastées par l’exploitation illégale (…). Au Sénégal, c’est souvent le chiffre de 40 000 hectares par an qui est avancé par les autorités. Ces données restent à vérifier car la situation évolue », a-t-il indiqué.

Rappelons que le docteur Moussa Mamadou Baldé a soutenu une thèse en 2018 sur le thème : « L’exploitation illégale de bois de vène dans les communes de Badion et de Kandia en haute Casamance (sud du Sénégal) : un évènement social et territorial » à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis.

Selon lui, dans cette exploitation du bois, « on assiste également à l’émergence de nouveaux acteurs sur la scène internationale (Chine et Inde) en particulier deux géants démographiques confrontés à une forte demande de matières premières ».

Le docteur Baldé a soutenu que la valeur économique liée à cette activité, notamment la transformation, était évaluée entre 30 et 100 milliards de dollar américain.

« Bien sûr les choses ont un peu évolué entre temps. Néanmoins l’exploitation illégale reste d’actualité », a avancé le géographe, assurant que « si les forêts sont laissées pendant un certain temps, l’histoire montre qu’elles peuvent régénérer au bout de quelques années ».

« Par exemple, certaines études ont démontré que dans les zones délaissées par les populations casamançaises (région de Ziguinchor) dans le contexte de crise, la nature a repris ses droits. Le véritable problème, c’est que les besoins de prélèvement des populations dépassent les capacités de régénération des écosystèmes forestiers », a expliqué l’expert.

Qui  pense que la solution est de planter des arbres. « Mais, a-t-il souligné, il est plus facile de couper un arbre que d’en planter ».

« En effet, reboiser constitue un investissement à long terme qui demande des efforts et de la patience. Or, les nombreux chefs de ménages impliqués dans l’exploitation illégale de bois cherchent plutôt à satisfaire des besoins immédiats de subsistance et d’amélioration de leur quotidien », a-t-il ajouté.

Le Docteur Baldé a estimé que dans la stratégie de l’Etat de protéger les forêts, « il est nécessaire de montrer la détermination à sanctionner les coupables à travers des mesures fortes et répressives qui dissuaderont les populations ».

« C’est cette confiance accordée à des actions énergiques et impressionnantes qui explique l’envoi de l’armée et les autres forces paramilitaires pour patrouiller dans les zones frontalières touchées par le trafic de bois », a-t-il dit.

« Le nouveau code forestier perpétue la même philosophie, c’est-à-dire la croyance à des mesures punitives et dissuasives pour enrayer la coupe abusive des forêts », selon l’universitaire sénégalais.

« D’une manière générale, l’intervention de l’Etat en faveur de la protection des ressources ligneuses menacées par la coupe illégale s’exprime à travers des mesures fortes et répressives qui considèrent les acteurs impliqués dans cette dynamique comme des délinquants à punir », a-t-il indiqué.

Il a ajouté : « En effet, du point de vue des autorités étatiques, les villageois détruisent sans en avoir conscience les ressources dont ils auront besoin plus tard et qui à ce moment viendraient à manquer ».

« Pour se préparer à une telle situation, l’Etat du Sénégal veut reboiser afin de reconstituer une ressource dégradée dont l’utilité s’apprécie à l’échelle de l’économie nationale. Les populations locales sont appelées à participer à cette mobilisation avec la création d’emplois verts », a-t-il conclu.

Moctar FICOU / VivAfrik   

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