Le Grand Sud de Madagascar sous le poids de la sécheresse et famine

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Le Grand Sud de Madagascar est sérieusement touché par une grave crise alimentaire. 1,5 million d’habitants, soit la moitié de la population de cette zone, sont en état d’insécurité alimentaire. Conséquence de trois années consécutives de sécheresse qui ont empêché les habitants de cultiver. Les hommes se tournent vers les seules ressources qu’il reste : les arbres et les forêts aux alentours. Des ressources déjà rares dans cette partie du pays. Une activité qui ne fait qu’accentuer la désertification de cette zone déjà en proie à la sécheresse due au changement climatique.  

Dans sa série réalisée au Grand Sud de Madagascar, Laetitia Bezain indique que les végétations calcinées et arbres coupés défilent le long des pistes. Faute de pluie et de terres fertiles, dans l’extrême sud de Madagascar, les cultivateurs sont devenus charbonniers ou vendeurs de bois. Devant la case de Tsimisisasake, de petits fagots sont alignés.

« Couper des arbres, c’est la seule chose qu’il nous reste. Si je ne faisais pas ce travail, je serais déjà mort. Nous n’avons pas de terres. Elles ont été recouvertes par le sable. »

Les forêts disparaissent pour quelques centimes d’euros.

« C’est 100 ariary (0,02 euro) le tas de bois. Je marche toute la matinée pour aller les vendre au marché. Parfois, je n’ai pas de clients et je vais voir d’autres marchands pour avoir un peu de feuilles de légumes en échange de ce bois. »

A des dizaines de kilomètres de là, des sacs de charbon et des tas de bois bordent l’entrée d’un village. Modeste Monja, 62 ans, se tient devant.

« Maintenant on ne coupe plus d’arbres parce qu’il n’y en a plus aux alentours. On achète le bois et on le revend. On préférerait laisser les arbres aux générations futures. On sait que ce n’est pas bien de couper parce que c’est la forêt qui nous donne de l’air pur. C’est elle qui amène la pluie. Mais nous n’avons pas le choix. De toute façon, on a déjà perdu. On vit en mangeant des cactus. Qui mange des cactus ? »

Une activité qui dégrade les terres et accentue la sécheresse. Théodore Mbainaissem est le chef du bureau du PAM dans l’extrême sud. « On a fait face à un vent de sable pendant trois jours. C’est une situation que l’on rencontre seulement dans des pays désertiques. J’étais même très surpris. Là, on sent déjà que la désertification est déjà en train de s’accentuer. On n’a plus d’arbres. Il y a une forte pression de la communauté qui fait face à cette crise alimentaire et qui n’a pas d’autres ressources que ça : aller prélever dans la forêt, couper des arbres pour faire du charbon et vendre tout ça. Finalement si on ne s’occupe pas rapidement de ce problème on risque de faire face à une situation encore plus grave. »

D’autres ressources, les communautés en avaient il y a encore quelques années mais le phénomène de dahalo, les voleurs de zébus, très présents dans cette partie de l’île, a entraîné la population dans une grande vulnérabilité. Dans le village d’Ankilimarovahatsy, les habitants ont fini par abandonner l’élevage explique Refanampy, le doyen.

« Avant, même s’il y avait la famine, les gens avaient leur bétail. Ils avaient entre 20 et 50 zébus et entre 100 et 200 chèvres. Mais les dahalo nous ont tout pris. Quand ils viennent, ils prennent tout, même les marmites, les ustensiles de cuisine et les vêtements. Les gens n’ont plus la force de refaire de l’élevage si c’est pour se faire voler sans cesse. »

Insécurité, routes en mauvais état ou inexistantes, centres de santé et écoles très éloignés… Dans ces villages coupés du reste de l’île, malgré les allées et venues des autorités ces dernières semaines, la plupart des habitants se sentent abandonnés par l’État.      

Moctar FICOU / VivAfrik                               

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