La Côte d’Ivoire sévit contre la contrebande de noix de cajou

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La contrebande de noix de cajou prend de plus en plus de l’ampleur en Afrique de l’ouest et les autorités ivoiriennes peinent à lutter contre ce fléau, qui s’est encore aggravé l’an dernier, en particulier vers le Ghana.                   

Comment lutter contre la contrebande de noix de cajou ivoirienne vers les pays voisins ? L’arsenal juridique vient d’être durci par la Côte d’Ivoire : jusqu’à 10 ans de prison, 50 millions de francs CFA soit 75 000 euros d’amendes et la saisie de la récolte. Le directeur du Conseil coton anacarde déclare vouloir « taper fort là où ça fait mal, sur le portefeuille ». Car la fuite de la production d’anacarde s’aggrave, reconnaît Adama Coulibaly : entre 150 000 et 200 000 tonnes ont été vendues illicitement vers le Burkina Faso et surtout vers le Ghana sur la dernière campagne. Si l’on fait le ratio, un quart de la production ivoirienne, en forte hausse l’an dernier, serait parti de l’autre côté des frontières !

Le phénomène a explosé au cours des dix dernières années, depuis que la Côte d’Ivoire a instauré une taxe sur l’exportation des noix brutes, pour encourager la transformation locale de l’anacarde dans les usines ivoiriennes. Une politique volontariste, mais qui a des effets pervers car elle n’est pas suivie par les pays voisins. Le Ghana ne taxe pas les noix de cajou brutes et comme la qualité ghanéenne est globalement meilleure, elle est mieux payée, de 20 à 40% plus cher. Il est tentant pour les producteurs de l’est de la Côte d’Ivoire, qui ont une qualité équivalente, de vendre leurs noix illégalement aux commerçants, qui les acheminent à travers le Ghana vers le port de Tema, dont les tarifs sont en outre inférieurs à ceux d’Abidjan. La production du nord de la Côte d’Ivoire, elle, part plus facilement vers le Burkina Faso mais elle rejoint ensuite elle aussi le port ghanéen, qui gagne donc en activité grâce aux noix de cajou ivoiriennes.

Une taxation homogène à l’échelle de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) serait sans doute la solution pour que la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial d’anacarde, puisse conserver sur son sol ce produit qu’elle qualifie de « stratégique ». Jusqu’à présent, la répression n’a pas été efficace contre la contrebande, qui s’affiche même au grand jour entre Bondoukou et Sama, selon un opérateur, avec des milliers de camions de cajou qui passent tous les jours la frontière ivoiro-ghanéenne.

Moctar FICOU / VivAfrik

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