Révélations de la BBC sur la vente de zones protégées en Amazonie : un juge ordonne une enquête

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Durement frappée par la déforestation, Amazonie fait face à un autre fléau, celui de la vente de zones protégées. Cette situation a obligé la Cour suprême fédérale du Brésil d’ordonner une enquête sur la vente de ces zones protégées de la forêt tropicale amazonienne via Facebook.

Cette décision du juge fait suite à une enquête de la BBC, qui a révélé que des parcelles aussi grandes que 1 000 terrains de football figurant dans les petites annonces de la plateforme Marketplace. Le tribunal demande au gouvernement de « prendre les mesures civiles et pénales appropriées ». Dans la foulée, Facebook annonce qu’elle est « prête à travailler avec les autorités locales ». Mais la société de technologie indique qu’elle ne prendra pas de mesures indépendantes de son propre chef pour mettre un terme au commerce.

Rappelons que l’Amazonie est la plus grande forêt tropicale du monde et un réservoir de carbone vital qui ralentit le rythme du réchauffement climatique. Elle abrite environ trois millions d’espèces de plantes et d’animaux, et un million d’indigènes.

Toujours en ligne

Le juge de la Cour suprême du Brésil, Luís Roberto Barroso, a demandé au procureur général et au ministère de la Justice du pays d’enquêter sur les conclusions de la BBC. Il supervisait déjà un procès intenté devant la Cour suprême fédérale par une ONG – l’Articulation des peuples indigènes du Brésil – et six partis politiques.

Les plaignants ont accusé le gouvernement de ne pas faire assez pour empêcher le coronavirus d’affecter les communautés indigènes.

Le juge a pris la décision d’étendre l’affaire pour inclure les publicités sur Facebook. Et il a notamment attiré l’attention sur la communauté Uru Eu Wau Wau. Le documentaire de la BBC rapporte que des terres situées à l’intérieur d’une réserve utilisée par le groupe indigène ont été mises en vente pour l’équivalent d’environ 16 400 livres sterling (12 453 973 FCFA) en monnaie locale.

Pas de papiers

La BBC a signalé certaines des publicités concernées sur Facebook, mais le géant des médias sociaux n’a pas réussi à les supprimer. Les listes comprennent des zones situées à l’intérieur de territoires indigènes et de forêts nationales, qui ont un statut protégé. Certaines comportent des images satellites et des coordonnées GPS. Beaucoup de vendeurs admettent ne pas pouvoir prouver leur propriété légale.

Pour les trouver, il suffit aux utilisateurs de taper en portugais des termes tels que « forêt », « jungle indigène » et « bois » dans l’outil de recherche de la place de marché Facebook, et de choisir une municipalité amazonienne comme emplacement souhaité.

La BBC a organisé des rencontres entre quatre vendeurs sur Facebook et un agent infiltré se faisant passer pour un avocat, qui prétendait représenter de riches investisseurs.

Les vendeurs pris en flagrant délit de caméra cachée vendaient et défrichaient illégalement la forêt tropicale afin qu’elle puisse servir de pâturage pour le bétail et de terre agricole.

« Terres volées »

Le chef de la commission de l’environnement du Sénat brésilien, le sénateur Jaques Wagner, a qualifié les accords fonciers de « criminels ».

Il a signalé que son groupe de législateurs allait écrire à Facebook pour lui demander de « revoir sa politique afin de mettre un frein à cette pratique ».

Facebook a indiqué qu’il estime que la tâche consistant à essayer de déduire quelles ventes sont illégales est trop complexe pour qu’il puisse la mener à bien lui-même.

Mais un membre du Congrès s’est moqué de cette explication.

« Quelle est la différence entre la vente de terres volées avec violence contre les droits des indigènes sur Facebook et la vente de stupéfiants par le biais de la plateforme ? a demandé Nilto Tatto, membre de la commission de l’environnement de la Chambre basse. « Peut-on alors utiliser Facebook pour vendre des narcotiques ? En tant que parlementaire, je vais poser cette question », dit-il.

Pression internationale

Le gouvernement brésilien a fait l’objet de critiques internationales pour ne pas avoir réussi à freiner la déforestation, qui est à son plus haut niveau depuis 12 ans. Les écologistes accusent le président du pays, Jair Bolsonaro, d’encourager les bûcherons et les agriculteurs à défricher certaines parties de la forêt tropicale. Et certains des vendeurs capturés en caméra cachée par la BBC disent qu’ils le considèrent comme un allié. La BBC a approché le ministre brésilien de l’environnement Ricardo Salles avec les résultats de son enquête.

Il a réagi comme suit : « le gouvernement du président Jair Bolsonaro a toujours clairement indiqué qu’il appliquait une tolérance zéro pour tous les crimes, y compris ceux liés à l’environnement ». de son côté, un porte-parole du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUD) a confié : « la déforestation illégale sape les traités et engagements internationaux, notamment l’Accord de Paris et la Convention sur la diversité biologique ». 

Moctar FICOU / VivAfrk

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