Au Sénégal, le CIRAD accompagne la transition agroécologique

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Par Mariam Sow

En 2019, le CIRAD a contribué à fonder la « Dynamique pour une transition agroécologique au Sénégal » (DyTAES) aux côtés de paysans, organisations communautaires de bases, ONG, collectivités territoriales, chercheurs et entreprises privées.

En se basant sur la recherche et l’expérience de terrain de ses membres, ce mouvement ambitionne d’accompagner l’État sénégalais dans l’élaboration de politiques agroécologiques et de faire du pays un modèle dans le domaine. Retour sur deux ans de résultats prometteurs.

Pour satisfaire les besoins alimentaires et économiques des communautés rurales et urbaines en croissance, préserver les ressources naturelles et s’adapter au changement climatique, il devient urgent de produire différemment. L’agroécologie permet aujourd’hui de changer de paradigme. Cet ensemble de théories et pratiques agricoles propose des systèmes de production alternatifs qui s’inspirent du fonctionnement des écosystèmes, afin de préserver la biodiversité et d’optimiser les relations entre agriculture, élevage, foresterie, environnement, systèmes alimentaires et sociétés. Par ailleurs, l’agroécologie et ses métiers connexes apportent des solutions aux préoccupations des États en matière d’emploi et d’insertion professionnelle.

Un contexte propice à la transition agroécologique

La population du Sénégal, estimée à plus de 16 millions, connaît une augmentation rapide et devrait dépasser les 25 millions en 2035.  Nourrir de façon durable et saine cette population se pose comme un défi majeur dans un contexte difficile : intensification des changements climatiques, urbanisation accélérée, conséquences environnementales négatives de la « révolution verte », multiplication des problèmes de santé liés en grande partie aux modes de consommation et aux systèmes alimentaires, etc.

Avec l’initiative « PSE vert » inscrite dans le Plan Sénégal émergent (PSE) – référentiel de la politique économique et sociale à moyen et long terme – l’État du Sénégal affiche une ambition forte en faveur de modes de production et de systèmes alimentaires plus durables. Se saisissant de cette volonté politique affichée, différents acteurs sénégalais et internationaux – dont le CIRAD – ont créé, en 2019, un cadre institutionnel pour contribuer aux réflexions de l’État sur la transition agroécologique. Dénommé « Dynamique pour une transition agroécologique au Sénégal » (DyTAES), ce cadre regroupe des paysans, des organisations communautaires de base, des collectivités territoriales, des organisations non gouvernementales, des chercheurs et des entreprises privées. Son objectif : alimenter les réflexions, en se basant sur l’expérience de ses différents membres, afin d’en partager les enseignements et formuler certaines recommandations.

Le Sénégal ne part pas de zéro sur ce chemin de la transition agroécologique. Depuis plus de quatre décennies, des initiatives portées par l’État et la société civile ont permis le développement d’expérimentations de terrain positives ainsi que d’instruments réglementaires, plans et programmes favorables. Présent historiquement au Sénégal, le CIRAD a contribué à nourrir ces initiatives, fort de son expertise agroécologique avec les producteurs, chercheurs, professionnels du développement et décideurs de nombreux pays tropicaux et méditerranéens.

« Toutes les conditions sont aujourd’hui réunies pour que le Sénégal soit un pays pilote en matière d’agroécologie. Depuis des années, de nombreuses initiatives sont menées en matière d’agriculture biologique, de semences paysannes et sont de plus en plus coordonnées. Il y a un engagement fort des élus locaux et autorités nationales. Le Sénégal joue également un rôle actif dans les instances de coordination en Afrique de l’Ouest. En tant qu’acteur de la recherche, le Cirad a beaucoup contribué à produire des preuves scientifiques de l’efficacité des systèmes agroécologiques, afin d’accompagner l’État à s’y engager à grande échelle. Comment aller vers des recherches-actions structurantes au niveau des communautés, qui tiennent compte à la fois des pratiques endogènes et des connaissances scientifiques ? Le Cirad a participé à ces réflexions, depuis les débuts de la DyTAES, assurant également la coordination de la rédaction du document de contribution aux politiques publiques. En retrouvant l’écoute égalitaire et la reconnaissance mutuelle entre science fondamentale et science paysanne, et en ayant un système de planification et de financement intégré, la DyTAES pourra être vraiment structurante à l’échelle des territoires, et mettre en place des systèmes de production qui sécurisent les populations sur leur terre pour les années à venir ».

Mariam Sow, Secrétaire exécutive d’ENDA Pronat, et présidente du réseau international ENDA tiers-monde, membre de la DyTAES.