La Journée internationale de la biodiversité célébrée avec l’implication des communautés locales et peuples autochtones

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« À mesure que nous empiétons sur la nature et que nous épuisons les habitats vitaux, le nombre d’espèces en danger ne cesse de croître. L’humanité et l’avenir que nous voulons ne sont pas à l’abri », avait alerté, en 2020, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres.

Alors que monde entier célèbre la biodiversité ce 22 mai 2021 sur le thème : « Nous faisons partie de la solution », les communautés locales, peuples autochtones et Greenpeace Afrique appellent les dirigeants et décideurs à assurer le respect de leurs droits. Ils  souhaitent être davantage impliqués dans l’élaboration des politiques en faveur de la préservation de la biodiversité. 

Alors que la communauté internationale est appelée à réexaminer sa relation avec le monde naturel, une chose est sûre : malgré nos avancées technologiques, nous dépendons entièrement d’écosystèmes sains et dynamiques pour notre eau, notre nourriture, nos médicaments, nos vêtements, notre carburant ou notre énergie, entre autres.

Le thème 2021, « Nous faisons partie de la solution », s’inscrit dans la continuité de l’élan généré l’année dernière par le thème « Nos solutions sont dans la nature », qui a rappelé à quel point la biodiversité représente la réponse à plusieurs défis du développement durable.

Il est en effet de plus en plus évident que la nature constitue une solution efficace aux problématiques actuelles liées au climat, aux problèmes de santé, à la sécurité alimentaire et hydrique et aux moyens de subsistance durables. La biodiversité est donc la base sur laquelle nous pouvons mieux reconstruire. Tel est le message principal de la Convention sur la diversité biologique (CDB), instrument international clé pour le développement durable.

On déduit ainsi que le lien entre la biodiversité et les populations, qu’elles soient autochtones ou locales, est fondamental et vital. Ngendu Abolingondo Arsène, membre du Comité local de gestion de la concession forestière de la communauté locale (CFCL) des villages Mombilo, situés dans le territoire de Lisala, en République Démocratique du Congo le confirme lorsqu’il  déclare que « Notre unique espace vital, c’est cette forêt. Nous sommes sur la défensive car notre survie dépend de la forêt ». 

Non loin, au Sud Cameroun, « Vieux », un jeune autochtone Bagyeli quant à lui ne cache pas sa peur. Depuis bientôt un an, une entreprise Camvert a entrepris de raser 60 000 hectares de forêt pour y planter des palmiers à huile. Comme plusieurs autres membres des communautés qui subissent, malgré elles, ce projet, « Vieux » craint pour sa vie et celle de ses frères qui trouvent souvent guérison grâce aux arbres de cette  forêt. « Voici Camvert qui est en train de venir nous détruire la pharmacie traditionnelle. Cet arbre est utilisé pour les soins prénataux des femmes. La forêt ci est toute notre richesse ».

Dans la même localité, Alain Mehenga, président d’une association de tourisme à Ebodje soupçonne une disparition imminente des tortues marines, qui fascine pourtant plusieurs touristes de la localité. « Nous vivons sur une plage d’environ 40 kilomètres, et cette plage est le site de ponte des tortues marines. Si Camvert occupe l’est d’Ebodje, leurs déchets ne permettront plus aux tortues de se reproduire, ce qui serait une perte pour la biodiversité ».                            

Ainsi, détruire la forêt et la biodiversité représente une menace pour l’écosystème mondial et local, mais également pour les populations qui vivent et dépendent aussi bien sur les plans économique, culturel que social.

Signalons que la diversité biologique – ou biodiversité – est le terme qui désigne toutes les formes de la vie sur Terre et les caractéristiques naturelles qu’elle présente. Cette diversité s’explique généralement en termes de la vaste gamme de plantes, d’animaux et de micro-organismes. Mais la biodiversité s’étend également aux différences génétiques à l’intérieur de chaque espèce comme, par exemple, des différences entre des variétés de plantes cultivées et de races de bétail. Les chromosomes, les gènes, et l’ADN déterminent le caractère unique de chaque individu à l’intérieur de chaque espèce.

La biodiversité offre en outre d’innombrables services, tant au niveau local que mondial. Les poissons assurent 20 % de l’apport protéique à environ trois milliards de personnes. Plus de 80 % de l’alimentation des êtres humains est assurée par des plantes. Près de 80 % des habitants des zones rurales des pays en développement ont recours aux médicaments traditionnels à base de plantes pour les soins de base.

« Une protection efficace (de la biodiversité) doit aller de pair avec la reconnaissance des terres et des droits coutumiers des communautés locales et des populations autochtones, avec un soutien efficace de l’État », a affirmé Irène Wabiwa Betoko, cheffe de Projet internationale de la Campagne forêt de Greenpeace Afrique. De plus, « La protection d’au moins 30 % de la planète d’ici à 2030 ne peut être un pas important pour le redressement planétaire, que si et seulement si les modèles actuels de conservation, qui ont montré leurs limites, sont écartés au profit de garanties concrètes de protection effective des droits des communautés locales et peuples autochtones sur leurs terres et la forêt », a ajouté Irène Wabiwa.

Plus personne aujourd’hui ne songe à remettre en cause l’importance de la diversité biologique pour le présent et pour les générations futures. Pourtant, certaines activités humaines continuent à réduire le nombre d’espèces vivantes : agriculture intensive et épandages massifs de produits phytosanitaires, pêche intensive et élevage industriel, chasse d’espèces protégées, déforestation, etc.

Suffisant pour la communauté internationale de s’engager pour défendre la biodiversité. Entrée en vigueur en 1993, la Convention sur la diversité biologique (CBD) a été ratifiée jusqu’à présent par 196 états. Cette Convention internationale vise à défendre la diversité biologique, l’utilisation durable des ressources naturelles et la protection des ressources génétiques. Nous serions incomplets si nous omettions l’absolue nécessité d’un partage juste et équitable des avantages permis par le maintien de la biodiversité.

Étant donné l’importance de l’éducation du public et de la sensibilisation à la mise en œuvre de la Convention à tous les niveaux, l’Assemblée générale des Nations Unies a choisi la date du 22 mai, anniversaire de l’adoption de la Convention, comme Journée internationale de la diversité biologique. [Résolution 55/201 du 20 décembre 2000].

Moctar FICOU / VivAfrik

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