« L’ATIBT promeut le bois africain certifié sur le marché », révèle son directeur général

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Le Directeur général de l’Association technique internationale des bois tropicaux (ATIBT), Benoit Jobbé-Duval a livré, via une entrevue accordée à VivAfrik, les ambitions phares de sa structure en matière de connaissance du bois tropical, de la gestion durable des forêts tropicales, de la mise en route de la certification forestière, de la communication sur la l’égalité du bois tropical, de la promotion des achats de bois certifié et sur la nécessité de respecter les lois dans les pays producteurs. L’Association s’érige également contre le bois illégal mais aussi contre la déforestation. 

Propos recueillis par Moctar FICOU  

Parlez-nous de la structure que vous avez la responsabilité de diriger.                                          

L’Association technique internationale des bois tropicaux (ATIBT) est une association qui a 70 ans. Elle a était créée par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) au début des années 50 pour que le secteur privé, en lien avec les forêts tropicales, soit représentatif sur le plan international. L’ATIBT a été créée dans le dessein de mieux connaitre le bois tropical comme matériau. Au fil des années, son objectif s’est élargi. La connaissance du bois tropical a continué à être l’une des missions importante de l’association. Et à cela, est venu s’ajouter, le concept de la gestion durable des forêts tropicales avec un certain nombre de corolaires dont la mise en place des plans d’aménagements de la gestion forestière en zone tropicale, initiative qui date des années 90 et la mise en route de la certification forestière auprès d’un certains nombres d’acteurs dans le Bassin du Congo notamment et cela, au début des années 2000.

Votre introduction nous amènes à évoquer les différentes étapes autour desquelles l’ATIBT travaille. Quels sont ces étapes ?

Aujourd’hui, on peut, comme vous le dites parler de trois étapes cumulatifs de l’Association parce qu’elle a, de nos jours, une mission d’abord de connaissance du bois tropical, une mission de communication sur la légalité du bois tropical et sur la nécessité de respecter les lois dans les pays producteurs donc l’aménagement forestier et ensuite une mission de communisation et de promotion de la certification concernant le bois tropical sur les marchés internationaux.

Concernant la connaissance du matériau bois tropical, l’ATIBT, en partenariat avec le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), travaille conjointement avec ce centre de recherche pour la mise en place d’activités visant à promouvoir une meilleure connaissance du bois tropical avec une commission technique de normalisation sur ce matériau-là, nous travaillons également sur la production de fiches techniques pour mieux diffuser les informations sur les différentes essences.

S’agissant du volet de la légalité, je pu vous assurer que nous travaillons beaucoup sur cette légalité. Nous avons un site web qui est une description de tous les concepts de légalité au niveau des pays producteurs de bois puisque, lorsque vous importez du bois dans un pays consommateur, il vous faut, si vous faites bien les choses, apportez du bois légal. La définition de cette légalité se fait sur le terrain dans les pays producteurs. Notre site web fait l’inventaire de tous les éléments dans un pays donné. Cela démontre que vous êtes allez montrer que votre importation de bois est en conformité avec la règlementation existante. En Europe par exemple, cette exigence de l’égalité se fait à travers le respect du règlement bois de l’Union européenne (UE). C’est ce qui fait que nous travaillons beaucoup avec les associations européennes importatrices de bois pour mieux les aider, les informer sur la bonne compréhension de cette l’égalité dans les pays producteurs. Nous commençons également à travailler avec les organisations chinoises pour les aider aussi à bien comprendre cette question de l’égalité du bois dans les pays producteurs. Au niveau des pays producteurs, nous interagissons comme représentants du secteur privé sur les Accords de partenariats volontaires (APV) signés entre l’UE et 9 pays producteurs de bois certifié dans le cadre de la mise en œuvre du plan d’action FLEGT (Ndlr – en anglais : Forest Law Enforcement Governance and Trade) de l’UE pour améliorer la gouvernance forestière de ces pays et mener à des autorisations facilitant le commerce de ce bois.                                                                        

Le troisième aspect, sur lequel nous travaillons est la certification elle-même sur laquelle, nous intervenons, sur le plan technique pour dialoguer avec les schémas de certification que sont les schémas de certification de gestion durable mais également des schémas de certification de l’égalité pour bien interagir avec eux dans l’évolution de leur référentiel technique puisque ces schémas de certification sont amenés à évoluer régulièrement et ils faut qu’ils évoluent d’une manière qui soit compréhensible pour les entreprises qui sont certifiées ou qui vont l’être.             

Vous vous battez pour la promotion du commerce de bois responsable et durable. Faites-nous l’économie de vos interventions et les difficultés rencontrées.

Oui on en rencontre bien sûr. Nous nous battons beaucoup contre le bois illégal. Il y a du bois illégal, malheureusement, il en reste trop. Nous sommes vraiment mécontents de la concurrence déloyale du bois illégal face au bois l’égal ou au bois certifié. Le bois illégal est beaucoup moins coûteux à couper. Dans les marchés européens, il y a une vraie concurrence déloyale du bois illégal face au bois de qualité environnementale irréprochable. Ce bois illégal met à mal nos efforts de mise en valeur du bois certifié. C’est pourquoi, il faut que les pouvoirs jouent leur rôle, les organisations comme l’Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL) jouent leur rôle également. Il faut aussi que les pays importateurs mènent un contrôle beaucoup plus strict sur le bois illégal parce qu’il faut en même temps lutter contre ce bois illégal et bien communiquer vis-à-vis du consommateur dans le sens où le bois illégal et le bois certifié doivent être consommé tout en donnant de la valeur aux forêts tropicales de manière à ce qu’elles soient conservées par les gouvernements des pays producteurs. Si les forêts perdent de la valeur, si elles ne sont plus sources d’emplois, si elles ne sont plus sources de taxation, les pays producteurs vont les couper et les transformer en plantations agricoles, agro-industries, élevages entre autres. Il faut que la forêt soit riche, qu’elle soit source de productions, d’emplois. Il faut aussi qu’il y ait une économie forestière qui se maintienne de manière à ce que la forêt, elle-même se maintienne.                

L’ATIBT est à l’initiative du programme Fair&Precious. Quel est le socle de ce programme, sa mission ?

Le programme Fair&Precious c’est le programme de communication et de promotion de la certification du bois tropical certifié sur le marché européen. Ce programme a pour mission de permettre aux consommateurs européens de constater et d’être informer sur la valeur de ce bois tropical certifié. Il faut qu’ils comprennent que le consommateur européen sache ce qu’il y a derrière le bois certifié. Et derrière le bois certifié, il y a la lutte contre la déforestation. Car, en mettant en place des programmes de certification des forêts, on améliore la qualité de la gestion durable, on améliore la valeur de ces forêts et donc on améliore leur pérennité. Derrière les schémas de certification, il y a également les programmes de préservation de la biodiversité, les concessions forestières certifiées sont bien souvent les espaces où la faune abonde. On compare même ces espaces-là aux espaces des parcs nationaux. Vous avez donc des inventaires de faunes qui sont menés dans les concessions forestières certifiées et vous avez plus de faunes dans ces concessions. Ça, c’est le volet biodiversité. Il y a aussi le volet social et humain. En produisant du bois certifié, on s’engage également, vis-à-vis des populations locales et vis-à-vis des travailleurs des compagnies forestières, on s’engage aussi à une juste rémunération parce qu’on s’engage à satisfaire des services de santé, d’accès à un logement digne, d’accès à l’eau potable sachant qu’il y a des populations et des travailleurs qui ont des conditions de vie améliorées. C’est tout ça qu’il y a derrière le bois certifié. C’est la raison pour laquelle nous cherchons à ce que cela soit, sur le marché, source d’une reconnaissance qui peut être exprimée à travers un prix consenti ou en tout cas, d’une meilleure mise en valeur de ce bois certifié.

Quelle est la place de l’Afrique dans votre lutte ?

Nous faisons souvent allusion à l’Europe en tant que pays consommateurs. Mais l’Afrique est au cœur de notre combat. C’est essentiellement l’Afrique qui est l’objet de toutes nos attentions. L’ATIBT traditionnellement, en lien avec les pays du Bassin du Congo et d’Afrique de l’Ouest. Pour tout vous dire, c’est le continent qui est au cœur de notre combat. La preuve, certains pays africains tels que la Côte d’Ivoire, le Congo Brazzaville, la République Centrafricaine sont membres de notre Association. Nombreuses sont les organisations dans ces pays-là qui sont également membres de notre structure. On promeut le bois africain certifié sur le marché donc on travaille pour l’Afrique essentiellement. En outre, une bonne partie de notre staff est basé en Afrique que ce soit au Cameroun, au Gabon, en République du Congo. Nous y menons des programmes de formation professionnelle extrêmement ambitieux à travers le projet d’Appui au développement de la formation continue dans la filière forêt-​bois en Afrique Centrale (ADEFAC) financé par l’Agence française de développement (AFD) et qui mobilise une équipe de 10 personnes en Afrique centrale.      

Malgré votre lutte, la déforestation prend de plus en plus de l’ampleur en Afrique. Est-ce à dire que votre stratégie est inefficace ? 

Ce qui fait que la déforestation progresse, c’est essentiellement l’augmentation de la population. C’est un défi très complexe à gérer et à affronter, c’est aussi l’agro-industrie. Quand on parle d’Afrique de l’Ouest en matière de déforestation, on pense immédiatement à la Côte d’Ivoire. La défloration qui sévit dans ce pays, c’est le résultat d’une volonté politique qui était de miser le développement de la Côte d’Ivoire sur les cultures de rente comme le cacao. Ce n’est pas pour rien que ce pays est le premier producteur mondial de cacao mais également l’hévéa. En Côte d’Ivoire, il y a entre 100 et 120 000 hectares d’hévéa qui sont des plantations essentiellement développées suite à des processus de déforestation puisque ces plantations sont faites sur des forêts danses. Le palmier à huile également. Il y a, en Côte d’Ivoire, un développement de la culture du palmier à huile extrêmement important. En un mot, c’est l’agro-industrie, c’est l’agriculture familiale, c’est la démographie qui sont aujourd’hui, dans les différents pays d’Afrique les principaux dragueurs de la déforestation.                                                      

Comment contribuez-vous à la gestion durable des forêts et l’achat de bois certifié ?

La gestion durable des forêts et la promotion des achats de bois certifié occupent une place de choix dans notre agenda. Donc par toutes nos actions au quotidien nous nous évertuons à relever ces défis. Dans nos programmes, il y a le travail de publication des tribunes. La Newsletter de l’ATIBT qui est publiée toutes les semaines, est produite chaque vendredi pour informer nos lecteurs sur nos différentes actions contre la déforestation. La gestion durable des forêts et la promotion des achats de bois certifié se fait aussi à travers les webinaires, les conférences, si possible, en présentiel, d’ateliers de travail avec différents acteurs qu’ils soient du service privé ou du secteur public. Nous menons également des séances de travail avec les agents des Etats, des séances de formation avec ces mêmes agents dans les pays comme le Cameroun, le Gabon mais aussi avec des services de douanes qui doivent contrôler les essences exportées et les identifier. L’ATIBT organise également des formations auprès des agents de douanes. En outre, nous cherchons des financements pour les partenaires qui mènent des projets de certification existante ou des initiatives diverses et variées. En conclusion, l’ATIBT mène des travaux visant à aboutir à des propositions concrètes et à des actions concrètes autant qu’elle peut.    

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