Vote du budget du ministère de l’Environnement : Les députés Sénégalais font ressurgir le dossier des Oryx

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Les parlementaires de l’opposition sénégalais s’en sont pris au ministre de l’Environnement et du Développement durable qui s’était rendu à l’Assemblée nationale, mercredi 1er décembre 2021, pour défendre son budget. Mais le passage à l’Hémicycle de Abdou Karim Sall n’a pas été un long fleuve tranquille pour lui. De prime à bord, c’est Abdou Bara Doli qui lui reproche de n’avoir «rien fait» à la tête du département, parce que plus préoccupé à faire de la politique que de travailler. Abdou Bara Doli Mbacké a aussi interpellé le ministre de l’Environnement sur l’affaire des Oryx qui avaient défrayé la chronique en 2019. « Il y a l’affaire des Oryx ; vous aviez dit qu’on les a donné à des parcs privés. Dans quelles conditions on les a donnés ? Vous aviez parlé l’an dernier de 7. Vous aviez aussi parlé de 4 autres. A qui on les a donnés. Et vous-même combien vous en avez, parce que vous en avez », demande-t-il.

Non sans déplorer aussi le manque de suivi des programmes de reboisement. « C’est du gaspillage d’argent », dit-il. Fort de toutes ces remarques, sa sentence est sans appel. « On a rien vu de tous les engagements que vous aviez pris. Vous n’avez rien fait (Ndlr : à la tête du département) ». Ce qui est d’autant plus regrettable pout lui, que « l’environnement est un ministère important », car « on ne peut pas parler d’environnement sans parler de développement et de sécurité, entre autres ». 

Pour Abdou Mbacké Bara Doli « cette augmentation de votre budget (Ndlr : il passe à 37 993 685 121 F CFA en autorisations d’engagement et en crédits de paiement soit une hausse de 12 milliards par rapport à l’année 2019) est incompréhensible. Vous n’avez rien fait…», a-t-il balancé à la face d’Abdou Karim Sall.  

Poursuivant son speech, il reproche au ministre d’avoir promis à son passage l’an dernier devant les députés, d’équiper les agents des eaux et forêts d’armes de dernières générations, pour qu’ils puissent faire face aux braconniers et autres trafiquants de bois, « mais rien n’a été fait ». Idem pour le Code forestier. « Jusqu’à présent son application pose problème », a affirmé le député. Qui fustige aussi le silence du ministre de l’Environnement sur la déclassification à outrance des forêts classées, notamment du littorale ouest de Dakar, dont la zone des filaos, abattus massivement, et lotissée en parcelles d’habitation. Il accuse même le ministre d’être bénéficiaire desdites parcelles. 

Son collègue Mamadou Diop Decroix a été lui aussi très dur avec le ministre, affirmant être « en colère et dépité ». « Je ne sais pas ce que vous fabriquez mais vous ne vous occupez pas de protection de l’environnement. Vous ne vous occupez pas de développement durable. Quel est votre problème ? Vous n’en avez pas la volonté ou bien vous n’en avez pas la vision ? ».

Poursuivant sa diatribe, Diop Decroix fait remarquer au ministre que dans le rapport, il indique lui-même, que dans ses missions, il y a la protection de la nature, autrement dit, la lutte contre la déforestation, la dégradation des terres. « Alors qu’au moment où nous parlons, souligne-t-il, la forêt en Casamance est en voie de disparition ».

« L’armée des coupeurs de bois a franchi au moment où nous parlons, le département de Médina Yoro Foula pour envahir le département de Kolda. Elle a envahi le département de Vélingara par l’ensemble des communes qui jouxtent la Gambie. Malgré cette situation catastrophique, dans vos développements en commission, nulle part, la question de la destruction de la forêt en Casamance n’a été abordée. Vous n’avez même pas daigné nous communiquer ne serait-ce que quelques statistiques sur les résultats de cette destruction. Sauf si vous n’avez rien à nous dire là-dessus, faute de résultats tangibles. Oui vous n’en avez pas », martèle le député de l’opposition.

Qui déplore aussi la passivité du ministre et de son département dans la lutte contre l’érosion côtière, notamment à Saint-Louis, à Palmarin (Joal), à Diogué et Kafountine…Sans compter la lancinante question de la baie de Hann, devenue selon lui, « un fonds de commerce pour certains », sans que l’on ne sache jamais où on en est avec sa réhabilitation. Idem pour la réhabilitation de la zone des Niayes, des déchets plastiques… « Cela ne vous empêche pas de parler d’horizon 2035, où la gouvernance verte serait le socle d’un Sénégal émergent pour un développement socio-économique inclusif et durable. C’est un rêve ! », a conclu Diop Decroix.

Malgré ces critiques acerbes,  Abdou Karim Sall a vu son budget augmenter de plus de 12 milliards par rapport à l’année écoulée. Ce budget va alimenter principalement quatre programmes relatifs à la « Lutte contre la déforestation et la dégradation des terres », à la « Conservation de la biodiversité et gestion des aires protégées », à la « Lutte contre les pollutions, nuisances et effets des changements climatiques » et au « Pilotage, coordination et gestion administrative ».

Déclinant la vision du chef de l’Etat et du gouvernement dans le secteur, Abdou Karim Sall a souligné que l’ambition est « qu’à l’horizon 2035, la gouvernance verte soit le socle d’un Sénégal émergent pour un développement socio-économique inclusif et durable ». Pour cela, il faudra selon lui, mener à bien les différentes missions relatives à la protection de la nature, de la faune et de la flore, à la veille environnementale, à la lutte contre l’érosion côtière, les pollutions et nuisances, au suivi et à la mise en œuvre des engagements internationaux du Sénégal. 

Moctar FICOU / VivAfrik