Pour les scientifiques, le changement climatique n’est pas à l’origine de la famine à Madagascar

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Une étude scientifique d’experts des événements climatiques extrêmes a pris le contre-pied du Programme alimentaire mondial (PAM) et des autorités malgaches qui ont affirmé que la famine liée à la grave sècheresse qui frappe le Grand Sud de Madagascar serait liée au réchauffement climatique.

Depuis des mois, la population du sud de la Grande Île est frappée par une crise alimentaire majeure. L’ONU et les autorités malgaches ont jugé qu’il s’agissait de la « première famine due au réchauffement climatique ». Le réseau de scientifiques World Weather Attribution l’a contesté jeudi 2 décembre 2021.

En effet, plusieurs mois après cette sotie des autorités onusiennes et malgaches, une étude scientifique d’un groupe de chercheurs vient ébranler la certitude du Programme alimentaire mondial. Depuis 2014, World Weather Attribution (WWA) est un réseau des scientifiques spécialisé dans l’analyse des événements climatiques extrêmes pour en déterminer les causes. Son dernier rapport est sans appel : « des facteurs autres que le changement climatique sont les principaux facteurs de la récente insécurité alimentaire dans le sud de Madagascar ».

En substance, dans un rapport de 38 pages, le WWA a souligné que l’actuelle période de sécheresse de 24 mois, de juillet 2019 à juin 2021, a enregistré deux périodes de saisons des pluies successives avec un taux de précipitations inférieur de 60% à la moyenne. Or, c’est cette saison des pluies de trois mois de décembre à février qui concentre la moitié des précipitations annuelles.

Rappelons que la gravité de la crise alimentaire qui frappe le sud de la Grande Île, depuis des mois, ne fait aucun doute. Tous les observateurs notent qu’elle est la plus dramatique depuis au moins dix ans dans cette région chroniquement frappée par la faim. Les chiffres donnés par l’ONU sont spectaculaires : plus de 1,14 million de Malgaches sont aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire.

Le Programme alimentaire mondial va jusqu’à signaler des « poches de famine » et estime que plus de 14 000 personnes vivent déjà dans des conditions proches de la famine. Les conséquences de cette crise alimentaire sur les enfants sont dramatiques : un demi-million sont sur le point de souffrir de malnutrition aiguë, et 110 000 de malnutrition grave, selon le PAM, ce qui entraîne des retards de développement, des maladies et des décès.

Mais comment comprendre cette crise ? En octobre, les Nations unies avaient marqué les esprits en déclarant que la sécheresse et la pénurie alimentaire à Madagascar pourraient devenir la première « famine due au changement climatique » au monde. Quatre mois plus tôt, le PAM avait pris moins de précautions en qualifiant cette crise de première famine due au réchauffement climatique provoqué par les activités humaines. Une affirmation reprise et répétée en novembre lors de la COP26 à Glasgow par des ONG, les agences de l’ONU et par les autorités malgaches : « Mes compatriotes endurent le tribut d’une crise climatique à laquelle ils n’ont pas participé », s’est ainsi exprimé le président Andry Rajoelina.

Sauf que l’affirmation de « première famine due au changement climatique », contestée déjà par les spécialistes de la lutte contre la faim comme Xavier Poncin ou des géographes comme Sylvie Brunel, est clairement démentie, jeudi 2 décembre 2021, par une étude du World Weather Attribution. Selon ces scientifiques, cette crise alimentaire aiguë s’explique surtout par la pauvreté de la région et la variabilité naturelle du climat.

Se prononçant sur ce nouveau rapport, la ministre Malgache de l’Environnement, Baomiavotse Vahinala Raharinirina, tente de tirer d’affaire l’Etat. « L’Etat malagasy n’a jamais dit que tout était la faute des gros pays pollueurs, ce que l’on dit c’est qu’il y a beaucoup de facteurs aggravants qui font que la situation se détériore. C’est pour cela et qu’on fait appel à cette responsabilité partagée [entre pays du nord et pays du sud], mais différenciée. »

Moctar FICOU / VivAfrik