Émissions de gaz à effet de serre : L’IATP incrimine les grandes entreprises européennes de la viande et des produits laitiers

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Malgré la crise climatique, les émissions de gaz à effet de serre de géants européens de l’industrie de la viande et des produits laitiers continuent à augmenter. C’est ce qu’a révélé  le rapport de l’ONG américaine Institute for agriculture and trade policy (IATP) publié lundi 13 décembre 2021. Le texte qui dénonce également le greenwashing des géants européens de l’agrobusiness a passé en revue 35 plus grandes entreprises du secteur ayant leur siège dans l’Union européenne, au Royaume-Uni et en Suisse. Il a en outre examiné leurs éventuels plans climat et les émissions englobant l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement, en particulier l’élevage, gros émetteur de gaz à effet de serre.

Selon les résultats de ces travaux, en 2018, les plus grandes entreprises européennes de la viande et des produits laitiers ont été responsables de 7% des émissions de gaz à effet de serre de l’Union européenne (UE) précisant que les émissions des 20 premières d’entre elles dépassent celles des Pays-Bas.

Cette association internationale fondée aux États-Unis dans les années 1980, spécialisée dans l’agroalimentaire, a passé en revue l’impact environnemental de grandes entreprises sur l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement. Elle s’est intéressée en particulier à l’élevage, gros émetteur des gaz à effet de serre. « L’empreinte carbone des géants européens du lait et de la viande concurrence celle des géants des énergies fossiles, mais ils continuent à agir en toute impunité », a dénoncé, dans un communiqué, Shefali Sharma, directrice Europe de l’IATP. Selon le rapport, les émissions des vingt plus grosses entreprises correspondraient à près de la moitié de celles liées au charbon en Europe. Elles ont pour nom Danone, Nestlé, Lactalis, APB ou encore Tönnies.

Le rapport se concentre particulièrement sur dix grandes entreprises, ayant des objectifs climat plus ou moins précis. Pour sept d’entre elles, sur deux ans, les émissions absolues ont augmenté. Par exemple, côté transformation de viande, entre 2016 et 2018, +45% pour l’Irlandais ABP et +30% pour l’Allemand Tönnies ; côté lait, entre 2015 et 2017, respectivement +15% et +30% pour les Français Danone et Lactalis.

Pour sa part, Lactalis a expliqué cette augmentation par « la croissance du groupe, qui a réalisé plusieurs acquisitions ces dernières années ». En France, la société déclare s’être « engagée à réduire de 20 % d’ici à 2025, les émissions des fermes qui produisent le lait qu’elle utilise ».

En France, le secteur agricole représente 19 % des émissions de gaz à effets de serre de la France -selon des chiffres de 2019-, soit le deuxième poste d’émissions au niveau national.

« Nous voulons voir un changement de système, poursuit Shefali Sharma. Nous voulons les voir changer le modèle de cette production de masse d’animaux. En deux mots : moins et mieux. Vous pouvez avoir des animaux dans un élevage, à condition qu’ils aient une bonne vie et qu’ils contribuent à régénérer les sols et l’environnement. Le modèle de ces entreprises oblige les agriculteurs à produire d’une manière qui n’est pas bonne pour la planète. Et le débat est toujours centré entre blâmer l’agriculteur, blâmer le consommateur… Mais les entreprises ne sont jamais sous les projecteurs. Nous espérons que grâce à ce rapport, l’attention se portera sur les acteurs économiques très puissants qui façonnent le système. »

Ce rapport est diffusé alors que la Commission européenne est attendue, ce mardi 14 décembre 2021, sur le sujet. Elle doit présenter sa stratégie sur « les cycles durables du carbone », qui doit notamment récompenser des pratiques agricoles jugées vertueuses, comme la conservation des sols ou le stockage de carbone. Une partie du secteur agricole s’est efforcée de réduire ses émissions ces deux dernières décennies. L’ONG appelle pour autant les gouvernements à « réglementer l’agrobusiness » face à certaines pratiques qualifiées de « greenwashing » (verdissement de façade).

Signalons que certaines de ces entreprises ont des « plans climat » qui reposent sur des astuces comptables comme le concept d’intensité carbone, c’est-à-dire les émissions par litre de lait ou kilogramme de viande, qui peuvent diminuer sans pour autant réduire les émissions absolues car dans le même temps la production et le nombre de têtes de bétail augmentent. C’est le cas de Lactalis : l’entreprise, qui revendique la place de n°1 mondial du lait, indique que « cette croissance des émissions s’explique par la croissance du groupe, puisque cette étude évalue les émissions totales et que Lactalis a réalisé plusieurs acquisitions ces dernières années ».

Sur les 20 entreprises analysées, seules quatre (Arla, Danone, FrieslandCampina et Nestlé) déclarent les émissions totales de leur chaîne d’approvisionnement et seules trois (Nestlé, FrieslandCampina et ABP) ont annoncé leur intention de réduire leurs émissions absolues en incluant leur chaîne d’approvisionnement, selon le texte.

Concluant son speech, Shefali Sharma a laissé entendre que les pouvoirs publics « doivent exiger des entreprises qu’elles investissent de l’argent, qu’elles créent la transformation du système dont nous avons besoin. Ce sont les gouvernements qui doivent commencer à réglementer ces entreprises et les tenir responsables des émissions de gaz à effet de serre. Sans leur intervention, cela ne se fera pas tout seul ».

Moctar FICOU / VivAfrik

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