La « succession secondaire », un processus par lequel les forêts tropicales peuvent se régénérer sans aide

0

Un coin du voile a été levé concernant la régénération des forêts tropicales. En effet, une équipe de 90 chercheurs internationaux, accompagnés du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) et parue dans la revue scientifique Science le 10 décembre 2021 a fait valoir que les forêts tropicales ont la capacité de se régénérer grâce à la « succession secondaire ». En termes clairs, ces forêts peuvent se régénérer naturellement en 20 ans, à condition de laisser faire la nature, notent les experts dans le document.

Les résultats de cette étude ont été réalisés sur plus de 2 200 parcelles de forêt en Afrique de l’Ouest et Amérique du Sud, sacrifiées pour la culture du cacao, du soja ou des palmiers à l’huile. Les données récoltées par les scientifiques renseignent que les forêts tropicales humides peuvent se régénérer sans l’aide de l’Homme et plus rapidement qu’on ne le pensait, en 20 ans environ.

Une nouvelle très encourageante pour les défenseurs de la nature alors que les résultats de l’étude sont une bonne nouvelle pour la biodiversité et l’écosystème. Les chercheurs français et ivoiriens se sont en effet demandé combien de temps il fallait pour recréer des zones de forêts tropicales, auparavant coupées pour la culture du soja, du cacao ou des palmiers à huile. Afin de répondre à cette question, une équipe internationale de chercheurs, impliquant le CIRAD a analysé 2 200 parcelles de forêt en Afrique et Amérique du Sud et leurs conclusions ont versé du baume dans les cœurs des défenseurs de l’environnement.

Dans le dessein de voir la forêt reprendre ses droits, les experts soulignent qu’il faut laisser faire la nature, sans réaliser de plantations. Ces anciennes zones de culture et d’élevage peuvent alors laisser place à une nouvelle forêt tropicale, formée d’arbres aussi hauts qu’un immeuble de cinq étages. En vingt ans, 80% de la fertilité du sol est également restaurée ainsi que 80% de la diversité végétale d’une forêt primaire.

« Dans les zones où c’est possible, laissons les forêts repousser naturellement. Mais c’est au cas par cas, tempère toutefois Lourens Poorter. Tout dépend des conditions locales et des besoins des gens qui vivent sur place » car la main de l’Homme permet parfois de gagner du temps.

La « succession secondaire »

Sans l’aide de l’Homme, ces forêts ont le potentiel de repousser presque entièrement grâce à un phénomène connu sous le nom de « succession secondaire ». La régénération forestière est accélérée par la flore et la faune déjà en place. « C’est une bonne nouvelle, car l’implication n’est que de vingt ans… C’est un délai réaliste auquel vers lequel je peux me projeter, ainsi que ma fille ou les décideurs politiques », a laissé entendre Lourens Poorter, professeur d’écologie fonctionnelle à l’Université de Wageningen aux Pays-Bas et auteur principal de l’étude.

Mais la question qui taraude l’esprit est de savoir comment une forêt tropicale peut-elle repousser aussi vite, sans aide ? La complexité de ces bois est restaurée naturellement grâce aux graines restées enfouies dans le sol, explique Bruno Hérault, spécialiste des paysages forestiers tropicaux au CIRAD. Elle est aussi restaurée grâce aux graines de la végétation environnante qui peuvent être transportées par le vent ou les animaux. Cela veut dire que les plantations forestières volontaires, souvent coûteuses, ne sont pas forcément utiles, sauf parfois pour gagner du temps parfois.

Cette bonne nouvelle ne doit toutefois pas minimiser l’impact de la déforestation, car s’il ne faut que vingt ans pour retrouver 80% de l’aspect d’une forêt tropicale, il faut attendre au moins cent ans pour que les arbres grossissent et retrouvent leur capacité de stockage initiale du carbone.

Moctar FICOU / VivAfrik                  

Laisser un commentaire