Les Pygmées expulsés de force des forêts au Cameroun

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Expulsés de la forêt, les Pygmées Camerounais sont actuellement vulnérables à l’exploitation, à la poussière, à la maladie et à la perte de terres. Non reconnus comme citoyens, les Pygmées Camerounais vivent au bord des routes autour de leurs forêts dont l’accès leur est interdit.

Les Pygmées, qui vivent et chassent dans les forêts depuis environ 5 000 ans au Cameroun, se retrouvent sans abri à cause de l’abattage des arbres et de la destruction des forêts. Ils avaient tout ce dont ils avaient besoin dans la forêt, maintenant les choses ont changé à cause des activités d’exploitation forestière massives.

En outre, les forêts tropicales habitées par les pygmées s’épuisent rapidement en raison de la production de bois et de l’exploitation minière. Les efforts d’intégration visant à permettre aux Pygmées, qui n’ont pas le droit de vivre dans les forêts transformées en parcs nationaux, ni même d’entrer dans les forêts, sont un échec.

Des milliers de Pygmées vivant dans les forêts tropicales humides de la région de Nomedjo au sud du Cameroun, près de la frontière avec le Congo, ont été expulsés de force de leurs habitats pour le commerce du bois. De l’avis de Ahmet Emin Dönmez qui intervenait dans les colonnes du site d’information aa.com.tr, l’Etat camerounais a interdit aux pygmées d’entrer dans les forêts.

Tombombo Dieudonné, un pygmée Baka, qui a été expulsé de force des forêts tropicales à la frontière Cameroun-Congo, où il a passé toute sa vie a d’abord rappelé que les Pygmées étaient les premiers indigènes du Cameroun. « L’État nous a interdit d’entrer dans les forêts. Nous ne pouvons plus contacter d’autres Pygmées, qui sont nos proches », a-t-il témoigné.

Selon M. Dönmez, l’État camerounais a « chamboulé » les forêts dans lesquelles les Pygmées vivent depuis des milliers d’années, via l’activité des entreprises forestières.

Poursuivant son allocution, Tombombo Dieudonné a laissé entendre : « nous venons de la forêt, ils nous ont condamnés à vivre au bord de cette route. Quand nous étions dans la forêt, nous trouvions de la nourriture de très bonne qualité. Nous avions par exemple 15 miels de qualités différentes ».

« Quand ils nous attrapent dans la forêt, ils nous battent. Nous n’avons pas le droit d’entrer dans le parc du Dja, qui est juste à côté de nous. De la même manière, dans le parc national de Nki de l’autre côté, nos proches souffrent aussi, ils sont soumis à des violences de la part des agents forestiers », a confié à Ahmet Emin Dönmez  Dieudonné.

Il y a quarante-quatre ans, les Baka possédaient les fruits de Moabi, dont ils dépendaient beaucoup à de nombreuses fins. Le moabi est considéré par les Baka comme un bon fruit qui pousse dans les forêts primaires qu’ils appellent Mandja.

« Nous mangions le Moabi et utilisions les graines pour faire de l’huile, les pailles étaient utilisées par nos femmes pour faire du feu. Nous utilisons également la paille de Moabi pour attraper du poisson dans la rivière », a expliqué Daniel, un agriculteur baka local et chef de la communauté. L’abondance des Produits forestiers non ligneux (PFNL) a permis aux Bakas de récolter des fruits de Moabi et des mangues de brousse, jusqu’à ce qu’ils soient contraints de quitter leurs maisons dans la forêt.

De l’avis des Pygmées, « les forêts sont détruites par les entreprises ». Pour Venant Messe, coordinateur de l’association OKANI, qui défend les droits des peuples autochtones vivant dans les forêts du Cameroun, a déclaré qu’après l’indépendance du Cameroun, le commerce du bois a été considéré comme la principale source de subsistance, et que le commerce du bois représentait environ 20% du budget du Cameroun.

« Chaque année, des centaines de milliers d’hectares de forêt sont détruits par des entreprises dans la région où seuls les Pygmées Baka vivent », a ajouté M. Messe. Qui a souligné que les habitats des Pygmées sont épuisés en raison des forêts détruites alors que les Pygmées ne peuvent pas s’adapter à la vie sédentaire. « Les Pygmées ne sont pas non plus une société agricole, mais une société de chasseurs-cueilleurs », a-t-il expliqué dans des propos relayés par Ahmet Emin Dönmez.

Le Forest Peoples Programme, une organisation non gouvernementale travaillant avec les peuples autochtones des forêts pour garantir leurs droits fonciers, a appris comment les Bakas sont affectés par les arbres Moabi dont ils dépendent et qui sont abattus par Pallisco. Moabi est d’une importance vitale pour les pygmées, en raison de sa polyvalence dans l’approvisionnement en médicaments, nourriture et autres produits de subsistance.

Mais les Pygmées accusent les autorités de vouloir perpétuer la culture, de la chasse et de la cueillette vieille de 5 000 ans. « Notre vie dépend de la forêt. La forêt est notre patrie où nous répondons à tous nos besoins », a dit à Ahmet Emin Dönmez, Elenga Emile, une autre Pygmée, qui veut vivre dans les forêts où elle est née et a grandi, où elle souhaite élever ses enfants, a déclaré.

A l’en croire, les Pygmées, qui n’aiment pas communiquer avec les étrangers et se faire photographier, mènent un mode de vie différent des peuples sédentaires du continent africain.

Les Pygmées, qui vivent encore comme les peuples anciens, passent la plupart de leur temps à chasser au fond des forêts et à cueillir des fruits et des herbes.

Sans argent, les Pygmées échangent les produits qu’ils chassent et collectent avec d’autres communautés.

Les Pygmées se déplacent fréquemment pour trouver des proies, fabriquent des flèches et des lances en bois et en pierre, et utilisent des machettes pour tuer des singes, des antilopes, des gazelles et des éléphants.

Les arbres fruitiers sauvages sont la principale source de nourriture des Pygmées. Les fruits tels que la prune sauvage, la mangue sauvage et la noisette, appelés Safou, sont consommés quotidiennement par les Pygmées.

– Ils utilisent aussi la forêt comme pharmacie

Les Pygmées, qui ne peuvent bénéficier d’aucun service social, notamment sanitaire, car ils ne sont pas acceptés comme citoyens, utilisent les feuilles, l’écorce et les plantes sauvages des arbres de la forêt pour se soigner.

Le sirop fabriqué à partir des feuilles de l’arbre Moringa (arbre miracle), que l’on trouve couramment dans les forêts tropicales où vivent les Pygmées, est utilisé dans le traitement de l’hypertension artérielle.

Ils préparent un sirop en faisant bouillir l’écorce de l’arbre Abda Zoak (arbre à éléphant) dans le traitement des maux d’estomac et des infections subies par les femmes pendant la grossesse.

Les pygmées massent l’écorce de l’arbre Azobe pour le traitement des douleurs osseuses et articulaires.

Moctar FICOU / VivAfrik

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