Sahel central : il faudra 2 milliards de dollars pour la réponse humanitaire en 2022

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Lors d’une réunion virtuelle sur la région du Sahel, jeudi 27 janvier 2022, le Coordinateur des secours d’urgence des Nations Unies a déclaré que près de 15 millions de personnes au Mali, au Niger et au Burkina Faso auront besoin d’une aide humanitaire cette année, soit quatre millions de plus qu’il y a un an.

Selon Martin Griffiths, cette crise humanitaire croissante est due à une confluence de facteurs, dont les conflits et l’instabilité politique, la pandémie et le changement climatique, et l’absence de possibilités de développement durable. 

Pour réaliser de réels progrès, le chef d l’humanitaire des Nations Unies a appelé à mettre davantage l’accent sur la résilience, les solutions durables et la coopération entre les secteurs de l’humanitaire et du développement, ainsi que celui de la paix. 

La communauté humanitaire aura besoin de près de 2 milliards de dollars pour la réponse humanitaire au Mali, au Niger et au Burkina Faso cette année.  

L’année dernière, les organisations humanitaires ont atteint plus de 7 millions de personnes dans la région et ont collecté 700 millions de dollars de financement, un montant qui ne représente même pas la moitié de la réponse aux besoins des populations du Sahel.

Martin Griffiths a affirmé qu’il avait débloqué 54,5 millions de dollars du CERF en 2021 pour combler le déficit de financement pour les trois pays sahéliens, mais les besoins augmentent plus vite que la générosité.

« Le tableau est sombre. Les conflits, la sécheresse et l’insécurité alimentaire, la violence basée sur le genre – tout cela augmente plus rapidement que le soutien disponible », a-t-il fait valoir.

IOM/Monica Chiriac
Amarcia et son enfant font partie des 1,5 million de personnes déplacées au Niger par le conflit qui touche l’ensemble de la région centrale du Sahel.

Le nombre des personnes déracinées au Sahel a été multiplié par dix

Le nombre des personnes déracinées au Sahel a été multiplié par dix depuis 2013, passant de 217.000 à un niveau alarmant de 2,1 millions fin 2021, a noté pour sa part l’Agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR). Le nombre de réfugiés dans les pays du Sahel central, à savoir le Burkina Faso, le Mali et le Niger, s’élève désormais à 410.000.

Selon le HCR, une recrudescence d’attaques violentes dans toute la région a entraîné l’année dernière le déplacement de près de 500.000 personnes, sans compter les chiffres du mois de décembre 2021 qui ne sont pas encore connus.

Les groupes armés auraient mené plus de 800 attaques meurtrières l’année dernière, entrainant le déracinement de quelque 450.000 personnes dans leur pays et forçant 36.000 autres à fuir dans un pays voisin.

« Rien qu’au Burkina Faso, le nombre total de déplacés internes est passé à plus de 1,5 million à la fin de 2021. Six personnes déplacées sur dix dans le Sahel sont désormais des Burkinabés », a précisé le HCR.

Le Burkina Faso pour une réponse humanitaire efficace

Cette réunion sur le Sahel intervient alors que l’Afrique de l’Ouest est ces derniers mois dans une spirale des putschs militaires. Après le Mali en août 2020, puis en mai 2021, et la Guinée en septembre, le Burkina Faso a vécu le 24 janvier dernier un renversement du pouvoir civil.

Lors des débats, le Burkina Faso a toutefois tenu à réaffirmer l’engagement de son pays à œuvrer pour la réussite de toute intervention « dans un esprit fédérateur à travers une réponse humanitaire efficace dans sa globalité ».

Le Représentant permanent du Burkina Faso auprès de l’ONU à New York a signalé que sur le terrain, le quotidien des populations est marqué par « des incidents sécuritaires importants, des attaques des groupes armés, des conflits communautaires, des engins explosifs improvisés, des enlèvements et assassinats ciblés, des razzias, avec des impacts sur la situation humanitaire ».

« L’insécurité grandissante a ainsi entraîné des déplacements massifs de population », a affirmé l’Ambassadeur Seydou Sinka.

Selon lui, ce défi sécuritaire a ainsi contribué à limiter l’accès des populations à certains services sociaux de base tels que la santé, l’éducation ou l’eau. « Cela a ainsi augmenté la vulnérabilité des populations, qui est aggravée par la pandémie de Covid-19, avec comme corollaire, un ralentissement des activités économiques », a affirmé le diplomate burkinabè.

Le Sahel, région d’opportunités, selon le Mali

Du côté du Mali, l’avenir est déjà envisagé. Le Représentant permanent du Mali auprès de l’ONU à New York a indiqué que son pays travaillait « sans relâche et de bonne foi » pour la mise en œuvre de l’Accord de paix d’Alger afin de prendre en charge certaines causes profondes de la crise malienne.

« Parallèlement, les forces armées maliennes ont engagé ces dernières semaines une vaste offensive afin de ramener progressivement la stabilité », a fait valoir l’Ambassadeur Issa Konfourou, relevant l’importance de « créer les conditions favorables au retour des déplacés et réfugiés ».

Plus globalement, les pays du Sahel ne veulent pas rester dans l’urgence humanitaire. « Oui nous voulons la paix, surtout une paix qui débouche sur un développement durable pour la stabilité à long terme du Sahel, à travers la réussite de la transition et de l’urgence humanitaire vers le développement », ont martelé les Représentants du Sahel.

Une façon pour rappeler que « le Sahel, ce ne sont pas que des problèmes, c’est aussi une région pleine d’opportunités ».

« Nous voulons permettre à nos populations de bénéficier de ces opportunités », a conclu M. Konfourou, invitant la communauté internationale à arrêter « de penser que nous sommes seulement des problèmes, le Sahel est aussi une région avec des populations qui se battent pour vivre dignement ».

(news.un.org)