« Un terrible avertissement » : ce qu’il faut retenir du nouveau rapport du GIEC sur les effets du réchauffement climatique

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Les scientifiques ont publié lundi 28 février 2022 le deuxième volet de leur sixième rapport. Cette partie aborde les effets du changement climatique sur les sociétés humaines et les écosystèmes, ainsi que les moyens de s’y adapter.

Après les faits, les effets et les moyens de s’y adapter. Alors que le premier volet du sixième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) s’intéressait à l’évolution du climat, la deuxième partie, publiée lundi 28 février, détaille les conséquences de ce réchauffement climatique sur les sociétés humaines et les écosystèmes. Elle passe également en revue les moyens de s’y adapter.

« Ce rapport est un terrible avertissement sur les conséquences de l’inaction, a averti Hoesung Lee, le président du GIEC, dans un communiqué. Il montre que le changement climatique est une menace grave et croissante pour notre bien-être et la santé de cette planète. Nos actions aujourd’hui détermineront comment l’humanité et la nature s’adapteront aux risques climatiques croissants ». Un troisième volet, consacré aux moyens de limiter ce réchauffement, sera publié début avril.

Inondations, pertes agricoles, vagues de chaleur… Voici ce qu’il faut retenir de ce document de référence, élaboré par 270 scientifiques de 67 pays.

. Le réchauffement climatique fait déjà des dégâts et la situation va s’aggraver

Le réchauffement climatique n’est pas un problème du futur, mais une réalité déjà observée avec +1,09°C par rapport à l’ère pré-industrielle : vagues de chaleur plus intenses et plus fréquentes, augmentation des feux de forêt et des précipitations, élévation du niveau de la mer, acidification des océans… « Le changement climatique provoqué par les humains (…) a un impact négatif généralisé et a causé des pertes et dommages à la nature et à l’humanité, au-delà de toute variation naturelle », écrivent les auteurs du rapport dans le résumé pour décideurs, une version courte discutée et approuvée avec des représentants de tous les pays membres du GIEC. « L’augmentation des extrêmes météorologiques et climatiques a eu des impacts irréversibles, poussant les systèmes humains et naturels au-delà de leur limite d’adaptation », poursuivent-ils.

Sur notre santé. Le changement climatique est déjà un problème sanitaire. « Dans toutes les régions, les événements de chaleur extrême ont provoqué des morts », peut-on lire dans le rapport. Le document souligne également l’augmentation des maladies respiratoires à cause des feux de forêt, ou des pathologies liées à la nourriture, à l’eau et aux animaux. Le rapport cite par exemple une progression du choléra, provoquée par l’augmentation des pluies et des inondations. Dans certaines régions, l’augmentation des températures et des événements extrêmes a également des conséquences sur la santé mentale.

Sur nos sociétés. Au niveau collectif, le changement climatique a « réduit la sécuritaire alimentaire et l’accès à l’eau » pour des millions de personnes en Afrique, en Asie, en Amérique centrale et du Sud, dans les petites îles et en Arctique, entraînant des problèmes de malnutrition. « Les aléas climatiques réduisent la production agricole, et le CO2 stimule la photosynthèse mais réduit la qualité nutritive des cultures », explique Delphine Deryng, chercheuse à l’université de Humboldt (Berlin) et autrice du rapport.

Dans les villes, le réchauffement a aggravé la pollution de l’air et limité le fonctionnement d’infrastructures clés, comme les transports, l’énergie ou la distribution d’eau. Sur le plan économique, « des dégâts ont été détectés dans les secteurs sensibles au climat, avec des effets régionaux sur l’agriculture, la forêt, la pêche, l’énergie, le tourisme et la productivité du travail en extérieur ».

Sur les écosystèmes. Les animaux, les plantes et les espaces naturels sont en première ligne, avec des « dégâts substantiels et des pertes de plus en plus irréversibles pour les écosystèmes terrestres, d’eau douce, côtiers et marins ». La moitié des espèces suivies se déplacent vers les pôles ou grimpent en altitude pour échapper à l’augmentation de la température. Les vagues de chaleur provoquent de fortes mortalités et des changements irréversibles se dessinent avec le retrait des glaciers, la fonte du permafrost dans les régions arctiques ou l’acidification des océans. « L’étendue et la magnitude des impacts du changement climatique sont plus importantes qu’estimées dans les précédents rapports », soulignent les auteurs.

Dans les prochaines années. Ces effets, qui diffèrent selon les régions et selon les catégories socio-économiques, vont s’aggraver et s’intensifier avec chaque dixième de degré supplémentaire. Entre 3,3 et 3,6 milliards de personnes vivent dans un environnement vulnérable au changement climatique. Les risques peuvent se combiner entre eux – une sécheresse et une vague de chaleur – pour créer des conséquences en cascade – un feu de forêt –, auxquelles il sera plus compliqué de faire face. « Nous n’en sommes qu’au début », avertit Gonéri Le Cozannet, chercheur au Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) et l’un des auteurs du texte.

Le rapport distingue deux périodes, le court terme (2021-2040) et le moyen-long terme (2040-2100). Pour la première, les jeux sont en partie déjà faits puisque nous avons déjà émis trop de gaz à effet de serre. « Le réchauffement climatique, en atteignant 1,5°C, causera une augmentation inévitable de risques climatiques multiples », affirme le rapport.

Pour la seconde, cela dépendra du niveau de réchauffement. Si l’on prend l’exemple des inondations, les dégâts seront, par rapport à un réchauffement de 1,5°C, jusqu’à 2 fois supérieurs pour 2°C, et jusqu’à 4 fois supérieurs pour un réchauffement de 4°C. « Environ un milliard de personnes pourraient être menacées par des aléas climatiques côtiers, à moyen terme et dans tous les scénarios » d’émissions de gaz à effet de serre, note le GIEC. A l’heure actuelle, les promesses des Etats (qui ne sont pas encore tenues) nous conduisent vers un réchauffement de 2,7°C.

. L’adaptation permet de réduire les risques, à condition de limiter le niveau de réchauffement

Face à cette situation, l’humanité peut en partie s’adapter. « Si nous nous engageons beaucoup plus fortement qu’actuellement, nous pouvons arriver à éviter beaucoup des graves conséquences », explique Wolfgang Cramer, directeur de recherches du CNRS à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE) et l’un des auteurs du rapport. Trois scénarios d’adaptation sont passés en revue : limitée, incomplète et pro-active. Cette dernière permet de réduire significativement les risques.

S’il salue quelques progrès, le rapport constate surtout l’existence d’un « fossé entre le niveau d’adaptation actuel et les niveaux nécessaires pour (…) réduire les risques climatiques ». La plupart des mesures sont « fragmentées, à petite échelle, progressives, spécifiques à un secteur, pensées pour répondre aux conséquences actuelles ou aux risques à court terme, et concentrées sur la planification plutôt que sur la mise en œuvre ». Le risque de mauvaise adaptation est également présent. Pour le GIEC, des solutions « intégrées, multisectorielles, qui traitent aussi les inégalités sociales » sont plus efficaces. « Il est maintenant clair que des changements mineurs, marginaux, en réaction ou progressifs ne seront pas suffisants », écrivent les experts dans la foire aux questions qui complète le rapport.

« Avec l’augmentation du réchauffement climatique, les pertes et dommages vont augmenter et de plus en plus de systèmes humains ou naturels atteindront leurs limites d’adaptation », mettent en garde les scientifiques, en soulignant que certains écosystèmes, comme les coraux, ont déjà passé le point de non-retour. « L’Europe est beaucoup moins vulnérable que l’Afrique et pourtant, même sur ce continent, l’adaptation seule n’est pas suffisante pour limiter les risques au-delà de 1,5°C de réchauffement », expose Gonéri Le Cozannet, qui a participé à la rédaction du chapitre consacré au vieux continent.

L’atténuation, c’est-à-dire la diminution des émissions de gaz à effet de serre résultant de nos modes de vie (transport, alimentation, logement) et moteur du réchauffement, est donc indispensable. « Ce rapport montre clairement qu’assurer un développement résilient au changement climatique [qui intègre des mesures d’adaptation et d’atténuation équitables pour tous] est déjà difficile au niveau actuel de réchauffement, écrit le GIEC. Cela sera encore plus compliqué s’il dépasse 1,5°C. Dans certaines régions, ce sera impossible s’il dépasse 2°C ».

. Protéger la nature est indispensable pour l’avenir de nos sociétés

Les scientifiques du GIEC insistent sur l’importance de protéger la nature, menacée par les activités humaines. « Sauvegarder la biodiversité et les écosystèmes est fondamental pour un développement résilient au changement climatique », écrivent-ils. Ils soulignent que ces systèmes naturels jouent un rôle pour limiter le changement climatique et s’adapter à ses effets. Selon leurs estimations, basées sur la littérature scientifique publiée, cela passe par la protection efficace de 30 à 50% des terres, des cours d’eau et des océans.

Sans cela, ces écosystèmes pourraient au contraire jouer un rôle négatif. Leur dégradation et leur destruction « est aussi une source d’émissions de gaz à effet de serre et cela risque d’être aggravé par les conséquences du changement climatique, comme les sécheresses ou les feux de forêt ». Et entre 3 et 14% des espèces terrestres sont menacées d’extinction même si le réchauffement est limité à +1,5°C.

. Une action immédiate est nécessaire

Ce rapport dresse un constat d’échec. « Les tendances actuelles et passées (les émissions, le développement et le changement climatique) n’ont pas permis de progresser vers un développement global résilient au changement climatique », écrivent ses auteurs. « Les preuves scientifiques sont sans équivoque : le changement climatique est une menace pour le bien-être de l’humanité et la santé de la planète, insistent les scientifiques en conclusion du résumé pour décideurs. Tout retard dans la mise en œuvre d’une action concertée, globale et anticipée en faveur de l’adaptation et l’atténuation nous fera rater la courte fenêtre d’opportunité, qui se referme rapidement, pour garantir un avenir vivable et durable pour tous ».     

Avec francetvinfo.fr