9ème Forum mondial de l’eau : Macky Sall s’alarme de la raréfaction des ressources hydriques et de la dégradation de l’environnement

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Le président de la République du Sénégal qui présidait ce lundi 21 mars 2022, la cérémonie d’ouverture des travaux du 9ème Forum mondial de l’eau au Palais des Sports Dakar Arena de Diamniadio s’est inquiété de l’état actuel de nos ressources hydriques et de la dégradation continue de l’environnement.

« Le Forum mondial de l’Eau se tient à nouveau en terre africaine (Ndlr : vingt-cinq ans après sa première édition à Marrakech au Maroc) alors que la raréfaction des ressources hydriques et la dégradation de l’environnement continuent de s’aggraver. Nécessité vitale, besoin spirituel et économique, l’eau est, selon une vieille sagesse, au commencement et à la fin de la vie », dit Macky Sall lors de la cérémonie d’ouverture de l’événement qui se poursuivra jusqu’au 26 mars 2022.

Selon le président en exercice de l’Union africaine, si l’on en juge par les indicateurs du rapport des Nations unies sur l’eau, publié en mars 2021, la situation n’est pas rassurante. Ainsi, 2 personnes sur 5 dans le monde vivent dans des régions où l’eau est rare ; les femmes et les filles passent plus de 200 millions d’heures par jour à chercher de l’eau ; 2,1 milliards de personnes sont contraintes de consommer de l’eau polluée ; 80% des eaux usées sont rejetées dans la nature sans traitement, mettant en péril la santé et la vie de 4,5 milliards d’individus et 90% des 1 000 catastrophes naturelles les plus dévastatrices depuis 1990 sont liées à l’eau.

Tout laisse croire que si rien n’est fait, la situation ira de mal en pis, en raison notamment de la forte pression démographique, de l’urbanisation rapide et d’activités industrielles polluantes.  

C’est dans cette optique que le 9ème Forum mondial de l’Eau donne, aux décideurs du monde entier, l’occasion de sonner l’alerte sur la gravité de la situation, afin que les questions liées à l’eau restent au cœur de l’agenda international. 

A en croire, Macky Sall, il y va de la vie et de la santé de milliards d’individus à travers le monde. Il y va également de la préservation de la paix et de la sécurité internationales. 

Se prononçant sur le cas spécifique du Sénégal, le chef de l’Etat renseigne que notre pays « souhaite poursuivre sa tradition de diplomatie de paix et de concertation autour des ressources hydriques. C’est le sens de notre appartenance à deux organismes de bassin, l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) et l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG), créées respectivement en 1972 et 1978, et dont les pays membres coopèrent de façon concertée, à travers des activités et infrastructures communes de développement. C’est aussi le sens de notre adhésion à la Convention de 1992 sur la protection et l’utilisation des cours d’eau transfrontaliers et des lacs internationaux », a souligné le chef de l’Etat.

Qui ajoute que c’est également « le sens de l’initiative sénégalaise d’inscrire dans l’agenda du Conseil de Sécurité des Nations unies, pour la première fois en avril 2016, la thématique eau, paix, sécurité lors de son mandat au Conseil ». 

Pour Macy Sall, le Sénégal a voulu contribuer à la prise de conscience internationale sur les risques élevés de conflits liés à l’eau au 21ème siècle.

Au demeurant, a fait valoir Macky Sall, il n’y a rien de mieux qu’une approche inclusive pour traiter des problèmes globaux ; comme le thème de ce 9ème Forum mondial de l’Eau nous le rappelle : « Sécurité de l’eau pour la paix et le développement ».

L’occasion est ainsi donnée de poursuivre la « prophylaxie » des tensions autour de l’eau par le dialogue et la concertation, au sein et entre les pays.

« C’est un impératif vital qui nous engage tous : gouvernements, institutions internationales, organismes de bassins, élus locaux, parlementaires, secteur privé, société civile, et citoyens », a clarifié M. Sall. A l’en croire, l’Objectif de développement durable N°6 sur l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement, nous y oblige.  

En ce qui le concerne, le Sénégal a accentué ses efforts dans ce sens ces dernières années avec la réalisation de près de 2 100 forages et plus de 670 châteaux d’eau ; la mise en service d’une 3ème usine de traitement d’eau potable ; la construction en cours d’une première unité de dessalement de l’eau de mer ; la densification des réseaux de transport et de distribution d’eau et l’intensification des travaux d’assainissement, a-t-il détaillé.  

Mais au-delà de la réalisation d’infrastructures publiques, l’atteinte de l’ODD6 requiert un engagement individuel et collectif plus soutenu contre le gaspillage industriel et domestique de l’eau, et pour une agriculture irriguée plus respectueuse de l’environnement, a renchéri le chef de l’Etat du Sénégal.   

Selon lui, il convient de promouvoir davantage l’échange d’expériences et l’innovation scientifique et technologique pouvant aider à une utilisation optimale de l’eau.

« Afin d’apaiser les tensions liées à l’eau et faciliter l’accès universel à la ressource, il y a urgence à agir sur trois leviers à savoir encourager davantage la gestion concertée des bassins transfrontaliers pour prévenir les risques de conflits, poursuivre la mise en place de systèmes de régulation efficaces et socialement équitables ; parce que l’eau ne peut être considérée comme un simple bien économique dont l’exploitation est soumise à la loi du marché et enfin, promouvoir davantage l’économie circulaire d’assainissement, par le traitement et le recyclage des eaux usées, afin de réduire l’impact environnemental et sanitaire, et stimuler en même temps la création de nouvelles activités génératrices de revenus ».

L’ampleur des défis à relever donne du sens aux différentes thématiques de cette édition, portant, entre autres, sur les mécanismes de financement et de gouvernance de l’eau ; l’innovation en matière d’assainissement ; la problématique de l’eau potable en milieu rural ; la recherche scientifique pour maximiser l’utilisation de l’eau et la réutilisation des eaux usées.  

Concluant son allocution, Macky Sall a vivement encouragé tous les acteurs, étatiques et non étatiques, à maintenir la dynamique de Dakar dans la perspective de la Conférence des Nations unies sur l’Eau l’année prochaine à Douchanbé, capitale du Tadjikistan.

Moctar FICOU / VivAfrik