Energie : asphyxiée par la Russie, le Maroc pourra-t-il être une alternative pour l’Europe ?

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Dans une profonde inquiétude par rapport à la question énergétique, l’Europe souhaite de toute urgence se débarrasser de sa dépendance vis-à-vis du pétrole et du gaz russes. La tension en Ukraine et les surenchères de part et d’autre font sortir une grande inquiétude de l’Europe par rapport à son approvisionnement en énergie. Cependant, au vu des stratégies déployées par l’Union européenne (UE), les inquiétudes demeurent et la solution pourrait bien venir du Maroc.           

La guerre entre la Russie et l’Ukraine montre douloureusement que l’Europe n’a d’autre choix que de réduire drastiquement sa dépendance vis-à-vis des importations russes de pétrole et de gaz, et de le faire rapidement. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCED), il n’est pas surprenant que 47 et 25 % respectivement des importations européennes de gaz naturel et de pétrole proviennent de Russie. L’Europe a donc besoin d’une nouvelle option énergétique.

Lors de la conférence sur le climat COP25 à Madrid, la Commission européenne a lancé son ambitieux Green Deal. Ce plan vise à faire de l’Europe le premier continent climatiquement neutre d’ici à 2050. Pour arriver à cette donne, l’Europe doit investir massivement dans les énergies renouvelables, a analysé le Commission européenne. En 2020, les sources d’énergie renouvelables représentaient 20 % de la consommation totale d’énergie en Europe, en 2005, elle était encore de 10 %.

Pour éviter la militarisation prévisible des énergies fossiles, l’Europe doit donc devenir plus agressive et ambitieuse en augmentant drastiquement la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique du continent. Le vaste potentiel solaire de l’Afrique du Nord est un élément essentiel de cette stratégie.

La solution marocaine

Dans cette dynamique l’alternative pourrait bien venir du Maroc car seulement une infime partie du Sahara était équipée de centrales solaires à concentration, ce serait plus que suffisant pour répondre à la demande d’électricité de l’Europe, estime la Commission. En outre, l’énorme potentiel solaire de l’Afrique du Nord – avec l’électrification croissante de l’industrie des transports et l’utilisation croissante de l’hydrogène dans les transports lourds, les industries à forte intensité énergétique et presque toutes les entreprises manufacturières – pourrait jouer un rôle encore plus important dans la transition vers le zéro net de l’Europe et la sécurité énergétique dans le monde.

La course au mix énergétique durable est une course géostratégique. Le 10 juin 2020, le gouvernement allemand a approuvé sa stratégie nationale de l’hydrogène. L’objectif principal est de rendre l’hydrogène en tant que matière première durable en passant la production à des sources d’énergie renouvelables. L’hydrogène à base de vent ou de soleil est considéré comme l’avenir de la transition énergétique. L’Allemagne espère devenir le leader mondial de la technologie de l’hydrogène grâce à l’accord qu’elle a conclu avec le Maroc en juin 2020.

Le renforcement marqué des relations bilatérales entre l’Allemagne, l’Espagne et le Maroc ouvre la voie à une coopération économique et scientifique plus approfondie. Mme Annalena Baerbock, ministre allemande des Affaires étrangères, a récemment affirmé que le Maroc « joue un rôle important dans la stabilité et le développement durable de la région », et que la proposition d’autonomie de Rabat pour le Sahara est une « contribution importante » soumise pour un règlement définitif. Cela correspond à la position de l’Union européenne.

La relation renforcée se traduit officiellement par l’invitation du président allemand Frank-Walter Steinmeier au roi du Mohammed VI pour une visite d’Etat, afin de « sceller un nouveau partenariat entre les deux pays ». La reconnaissance par Washington de l’intégrité territoriale du Maroc – récemment réaffirmée par l’administration Biden – y aura également contribué. S’il subsistait encore une ambiguïté sur le statut du Sahara, elle appartient désormais au passé.  

(maroc-diplomatique.net)