Le projet Jeunes Entrepreneurs Verts s’achève dans le département de Podor après avoir accompagné plus de 100 jeunes et formé 34 conseillers-formateurs. Au-delà de ces résultats, sa pérennité dépendra désormais de l’accès au financement, aux marchés et à un accompagnement local durable.

Après plusieurs mois consacrés à la formation et à l’accompagnement, le projet « Jeunes Entrepreneurs.es Verts pour une communauté sénégalaise prospère et résiliente » (JEV) arrive à son terme dans le département de Podor, au nord du Sénégal.

Mis en œuvre par IPAR Think Tank, en partenariat avec le Secrétariat international de l’eau et l’École des entrepreneurs du Québec, le projet visait à renforcer la résilience économique et climatique des jeunes et des femmes. Son approche associait entrepreneuriat vert, pratiques agroécologiques, technologies solaires et insertion dans les chaînes de valeur agricoles.

Selon les résultats communiqués par IPAR, 34 conseillers-formateurs ont été formés et plus de 100 jeunes entrepreneurs verts accompagnés dans le département. Une première base a ainsi été créée pour développer des activités économiques mieux adaptées aux réalités climatiques et productives du territoire.

Des compétences techniques et entrepreneuriales

L’accompagnement ne s’est pas limité à l’apprentissage de pratiques agricoles durables. Il a également porté sur le démarrage et la croissance d’une entreprise, le marketing, la communication numérique ainsi que la gestion et le développement des coopératives.

Cette combinaison répond à un enjeu central de l’entrepreneuriat rural : une solution techniquement pertinente ne devient pas automatiquement une entreprise viable. Sa pérennité dépend aussi de la capacité de l’entrepreneur à définir son marché, maîtriser ses coûts, trouver des clients, mobiliser des financements et organiser son activité.

Les bénéficiaires ont ainsi été initiés à plusieurs leviers susceptibles de renforcer leurs entreprises, notamment l’agroécologie, l’irrigation intelligente et les technologies solaires. Dans une zone confrontée aux effets du changement climatique, ces solutions peuvent contribuer à améliorer la gestion des ressources, à réduire certaines charges de production et à renforcer la résilience des exploitations.

« Le succès du projet JEV repose sur une alliance réussie entre ancrage local et partenariats stratégiques. Du renforcement de nos conseillers-formateurs jusqu’à la mission d’échange au Québec, en passant par les expérimentations d’irrigation intelligente sur le terrain à Podor, nous avons bâti un écosystème d’accompagnement robuste », explique Aboubakry Diallo, coordonnateur du projet JEV à IPAR.

Selon lui, les jeunes accompagnés disposent désormais de leviers managériaux et technologiques leur permettant de consolider leurs activités et de participer à la construction d’une économie locale plus résiliente.

La CEVEP pour prolonger la dynamique collective

Le projet a également favorisé l’émergence de la Coopérative des Entrepreneurs Verts de Podor, la CEVEP. Cette organisation collective pourrait constituer l’un des principaux instruments de pérennisation des acquis.

Une coopérative peut en effet permettre aux entrepreneurs de mutualiser certains équipements et services, d’améliorer leur accès aux marchés, de structurer des achats groupés ou encore de présenter des projets communs aux institutions financières et aux programmes d’appui.

Sa réussite dépendra toutefois de plusieurs conditions : une gouvernance claire, l’implication durable des membres, un modèle économique réaliste et une capacité à fournir des services répondant aux besoins concrets des entrepreneurs.

L’enjeu consiste donc à faire de la CEVEP non seulement un cadre de représentation, mais aussi un outil opérationnel capable d’accompagner le développement des activités de ses membres.

Après la formation, le défi du passage à l’échelle

L’atelier départemental organisé le 7 octobre 2026 à l’Espace numérique ouvert de Ndioum a marqué la clôture du projet tout en ouvrant une phase consacrée à la consolidation de ses résultats.

La rencontre a réuni les jeunes entrepreneurs verts, les conseillers-formateurs, les autorités territoriales, les structures d’appui et différents acteurs de l’écosystème entrepreneurial local. Elle devait notamment permettre de présenter les résultats du projet, de partager les enseignements tirés de sa mise en œuvre et de formuler des recommandations pour le développement de l’entrepreneuriat vert à Podor.

Une table ronde consacrée à l’emploi, au financement et au développement territorial devait également favoriser le dialogue entre les entrepreneurs et les institutions susceptibles de prendre le relais.

Cette articulation sera déterminante. Dans de nombreux programmes d’appui, la fin du financement initial constitue une période particulièrement sensible : les bénéficiaires disposent de nouvelles compétences, mais restent confrontés aux difficultés d’accès au crédit, aux équipements, aux débouchés commerciaux et à l’accompagnement technique de proximité.

La pérennisation du projet JEV dépendra donc de la capacité des partenaires locaux à transformer les acquis de la formation en solutions concrètes : suivi post-projet, accès aux mécanismes de financement, mise en relation commerciale, appui à la certification et intégration dans les politiques territoriales.

Des bénéficiaires appelés à devenir des relais locaux

Le projet a également misé sur la formation de conseillers capables de transmettre les compétences acquises et d’accompagner d’autres entrepreneurs au sein de leurs communautés.

« Le projet JEV a été un véritable tremplin personnel et professionnel. Au-delà des apprentissages techniques, cette expérience m’a permis de développer une vision entrepreneuriale claire et de renforcer ma confiance pour piloter mon entreprise et accompagner, à mon tour, d’autres jeunes de ma communauté », témoigne Maimouna Aw, conseillère-formatrice et bénéficiaire du projet.

Cette logique de transmission peut étendre les effets du programme au-delà de ses bénéficiaires directs. Elle suppose néanmoins que les conseillers-formateurs restent actifs, disposent d’outils adaptés et soient progressivement intégrés aux dispositifs locaux d’accompagnement.

Consolider un écosystème territorial

Une cérémonie de remise de kits « coup de pouce » aux jeunes et aux femmes accompagnés était également prévue dans le cadre de la clôture. Ces équipements peuvent faciliter le démarrage ou le renforcement de certaines activités, mais leur impact dépendra de leur adéquation avec les besoins des bénéficiaires et de l’accompagnement qui suivra leur utilisation.

Pour IPAR et ses partenaires, la fin du projet ne doit donc pas signifier la fin de la dynamique créée à Podor. Elle ouvre une nouvelle étape au cours de laquelle les institutions publiques, les collectivités territoriales, les organismes de financement et les acteurs économiques devront contribuer à la continuité des initiatives.

Le principal résultat du projet JEV pourrait ainsi dépasser le nombre de personnes formées. Il résiderait dans la capacité du territoire à maintenir un écosystème local où les jeunes et les femmes peuvent développer des entreprises viables, adopter des solutions adaptées au changement climatique et créer de la valeur au sein des filières agricoles.

À Podor, le passage de la formation à la pérennisation constitue désormais le véritable test du projet.