Présentée à Dakar le jeudi 22 octobre 2026 par Mame Maty Ndiaye, l’expérience Kajou du projet Salouma met en avant une solution d’inclusion numérique permettant aux jeunes agripreneurs d’accéder à des contenus de formation sur smartphone, même sans Internet. Les échanges avec cinq panélistes ont également souligné le potentiel de l’intelligence artificielle (IA) pour faciliter l’apprentissage, améliorer la productivité et adapter les contenus aux langues et aux réalités locales.
Kajou, une solution de formation accessible hors ligne
L’accès à la formation constitue un enjeu important pour les jeunes entrepreneurs agricoles au Sénégal. Les difficultés de connexion à Internet, le coût des données mobiles et l’éloignement de certaines structures de formation peuvent limiter leurs possibilités d’apprentissage.
C’est dans ce contexte que Mame Maty Ndiaye a présenté l’expérience Kajou, développée dans le cadre du projet Salouma. Cette solution permet aux jeunes agripreneurs de consulter des ressources pédagogiques sur smartphone sans dépendre d’une connexion Internet permanente grâce à la carte Kajou.
L’objectif est de rapprocher les connaissances des bénéficiaires en tenant compte de leurs conditions de vie et de travail. Pour les jeunes engagés dans des activités agricoles, cette approche peut faciliter l’apprentissage et compléter les dispositifs traditionnels de formation.
Les discussions autour de cette expérience ont également mis en évidence les possibilités offertes par l’intelligence artificielle. L’enjeu ne consiste plus seulement à diffuser des contenus, mais aussi à réfléchir à leur production, à leur adaptation et à leur utilisation pour répondre aux besoins des apprenants.
L’intelligence artificielle, un levier d’innovation entrepreneuriale
Les témoignages des panélistes ont illustré la capacité de l’IA à faciliter la réalisation de projets. L’un des intervenants a notamment expliqué avoir développé une plateforme interactive à l’aide de ces outils, alors qu’il n’était pas ingénieur. Selon son témoignage, la conception lui aurait pris environ dix semaines.
Cette expérience montre comment l’intelligence artificielle peut aider les porteurs de projets à franchir certaines barrières techniques, à structurer leurs idées et à créer des prototypes plus rapidement.
Pour les jeunes agripreneurs, ces possibilités pourraient concerner la gestion des activités, la promotion des produits, la commercialisation ou la création d’outils numériques adaptés aux besoins des producteurs.
Les panélistes ont également insisté sur les gains de productivité. Un intervenant engagé dans un projet présent au Sénégal et en Guinée a expliqué que son équipe, composée d’une quinzaine de personnes, utilisait l’IA pour accélérer certaines tâches, réduire les coûts et améliorer son efficacité.
Ces outils sont mobilisés dans plusieurs domaines, notamment la recherche d’informations, la préparation de documents administratifs et professionnels ainsi que la rédaction de propositions techniques et financières.
L’intelligence artificielle peut ainsi devenir un soutien pour les petites structures qui disposent de ressources humaines limitées. Son utilisation exige toutefois une vérification des résultats et une bonne connaissance des besoins auxquels les solutions développées doivent répondre.
Un tuteur numérique pour faciliter l’apprentissage
La formation figure parmi les domaines où les possibilités de l’IA ont été particulièrement soulignées. Un panéliste l’a présentée comme un « tuteur en poche », capable d’aider les apprenants à résumer leurs cours, à approfondir certaines notions et à organiser leurs recherches.
Ces usages peuvent également bénéficier aux jeunes entrepreneurs agricoles. Ils peuvent notamment les aider à mieux comprendre des notions de gestion, à préparer un plan d’affaires ou à explorer des stratégies de commercialisation.
Les intervenants ont ainsi souligné la nécessité d’apprendre autrement, en intégrant les nouveaux outils numériques dans les pratiques éducatives. L’IA peut compléter les méthodes traditionnelles en proposant des explications supplémentaires et en facilitant l’accès à certaines connaissances.
Cette évolution ne doit cependant pas se traduire par un abandon de l’effort personnel. Les apprenants doivent conserver leur capacité de réflexion, leur autonomie et leur esprit critique afin de vérifier les informations obtenues et de les confronter à la réalité.
Dans le cadre du projet Salouma, cette réflexion ouvre des perspectives pour améliorer les ressources pédagogiques et faciliter leur appropriation par les bénéficiaires.
La création de contenus et les langues locales au cœur des enjeux
Les panélistes ont également évoqué les applications de l’intelligence artificielle dans la production audiovisuelle et la communication. Montage vidéo, sous-titrage, traduction, génération d’images et préparation de supports promotionnels figurent parmi les usages mentionnés.
Un intervenant a expliqué avoir utilisé l’IA pour produire ses propres contenus après avoir bénéficié d’une formation, avec des effets positifs, selon son témoignage, sur ses ventes et ses activités publicitaires.
Ces possibilités intéressent particulièrement les petits entrepreneurs qui souhaitent mieux présenter leurs produits sans nécessairement disposer de moyens importants pour la communication.
Pour la formation agricole, la création de vidéos explicatives et de supports visuels peut contribuer à rendre les connaissances plus accessibles. L’IA pourrait également faciliter l’adaptation de ces ressources aux langues utilisées par les bénéficiaires.
Les échanges ont notamment porté sur le wolof, le mandingue et d’autres langues locales. Cette dimension est essentielle dans un pays où les publics n’ont pas tous le même niveau de maîtrise du français.
Des contenus conçus dans une langue comprise par les apprenants peuvent faciliter l’assimilation des informations et leur application dans les activités quotidiennes. Pour les agripreneurs, des explications adaptées aux réalités locales peuvent ainsi rendre la formation plus concrète.
L’intégration éventuelle de fonctions d’intelligence artificielle dans les dispositifs de formation comme Kajou pourrait faciliter la traduction, le sous-titrage et l’adaptation des supports. Ces possibilités doivent néanmoins être distinguées des fonctionnalités effectivement disponibles dans la solution présentée.
L’humain reste indispensable face à l’IA
Malgré les opportunités offertes par ces technologies, les panélistes ont rappelé l’importance de maintenir le contrôle humain. L’un des intervenants a souligné que l’intelligence artificielle ne pouvait pas remplacer la capacité de jugement et de décision des personnes.
Les réponses produites par ces outils doivent être vérifiées, contextualisées et adaptées avant leur utilisation. Dans le secteur agricole, les conseils doivent notamment tenir compte des cultures, des conditions climatiques, des ressources disponibles et des contraintes propres à chaque territoire.
La connaissance du terrain, l’expérience professionnelle et la confiance restent essentielles dans la transmission des savoirs. L’IA peut accélérer certaines tâches, mais elle ne remplace pas l’expertise des formateurs ni la capacité des entrepreneurs à comprendre leur environnement.
L’enjeu est donc de construire une complémentarité entre les compétences humaines et les outils numériques, plutôt que d’opposer systématiquement les deux.
Transformer l’innovation numérique en opportunités pour les jeunes
L’expérience Kajou du projet Salouma met en lumière l’intérêt de solutions capables de rapprocher la formation des jeunes agripreneurs, y compris dans les zones où la connexion Internet est limitée.
Les discussions sur l’intelligence artificielle élargissent cette réflexion à la création de contenus pédagogiques, à l’apprentissage, à la productivité et à l’adaptation des ressources aux langues locales.
Pour concrétiser ces possibilités, plusieurs conditions restent importantes : la fiabilité des contenus, leur pertinence pour les bénéficiaires, la formation aux outils numériques et l’accompagnement humain. L’évaluation des résultats permettra également de mieux comprendre les effets de ces dispositifs sur les compétences et les activités entrepreneuriales.
L’accès à la formation ne suffit toutefois pas à garantir la réussite d’une entreprise. Les jeunes agripreneurs ont aussi besoin de financements, d’équipements, de débouchés commerciaux et de réseaux professionnels.
Au Sénégal, l’enjeu est désormais de transformer les possibilités technologiques en avantages concrets pour les jeunes entrepreneurs. En combinant des contenus accessibles hors ligne, une formation adaptée et un accompagnement humain, des initiatives comme Kajou du projet Salouma peuvent contribuer à élargir l’accès au savoir et à soutenir le développement de l’entrepreneuriat agricole.
Moctar FICOU / VivAfrik

