Sénégal : l’alphabétisation fonctionnelle à la rescousse des ressources naturelles

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L’Organisation non gouvernementale sénégalaise, Enda Pronat qui est au service des communautés à la base pour un développement durable et équitable et membre du réseau international Enda Tiers Monde, mise sur l’alphabétisation fonctionnelle pour une meilleure gestion des ressources naturelles.

Ainsi, du 15 au 18 janvier 2019, une équipe d’Enda Pronat est partie dans la zone de Koussanar, une localité située dans la région de Tambacounda, en mission de prospection pour la mise en place de classes d’alphabétisation fonctionnelle sur la gouvernance locale des ressources naturelles.

Ici, la gouvernance vise à promouvoir la réappropriation des droits et de la souveraineté par les communautés locales pour un développement équitable, durable et socialement juste de leurs terroirs.

Cette orientation stratégique comprend trois actions-clés :

. renforcer les capacités de gouvernance des communautés locales (élus, paysans, éleveurs, autorités coutumières, etc.) pour qu’elles participent de manière citoyenne à la gestion durable et à la sécurisation de leurs ressources naturelles (en particulier le foncier, l’eau et la biodiversité) ;

. promouvoir le genre pour l’équité entre tous les membres des communautés, notamment les femmes et les jeunes, dans l’accès et le contrôle des ressources locales et dans la participation aux instances de prise de décision ;

. mener des actions de plaidoyer pour une intégration effective des propositions des communautés locales favorables au développement de l’Agriculture Saine et Durable dans les politiques nationales et sous régionales.  

La protection de l’environnement a toujours été au cœur des activités menées par Enda Pronat dans l’ensemble de ses zones d’ancrage, celle de Koussanar y compris. Mais depuis 2012, des activités spécifiquement dédiées à l’amélioration de la gestion des ressources naturelles ont été mises en œuvre avec les populations de cette zone, où l’implication des populations locales dans la gouvernance locale est très faible et le niveau de dégradation des ressources naturelles particulièrement élevé (exploitation du charbon, changements climatiques, forte croissance démographique, réduction des surfaces cultivables…).

Ce sont d’abord des mises en défens qui ont été installées avec une quinzaine de villages, pour favoriser la régénération forestière. Mais face à l’ampleur du phénomène de déforestation sur de très larges superficies, il est paru essentiel d’adopter des stratégies de gestion plus globale des ressources naturelles. Le travail s’est alors peu à peu orienté vers la sensibilisation des populations sur les enjeux fonciers, et la redynamisation d’une ancienne convention locale de gestion des ressources naturelles, délaissée par les populations. De concertations villageoises, en séances zonales d’harmonisation des règles, le processus de renouvellement et de réappropriation de cette convention par les populations est toujours en cours.

C’est pour répondre à une forte et récurrente demande des populations de la zone où le taux d’analphabétisme est l’un des plus élevé du pays, et avec la volonté de renforcer leur éducation citoyenne et environnementale et de faciliter ainsi l’instauration de cette gouvernance participative, équitable et avertie des ressources naturelles, que des classes d’alphabétisation fonctionnelle doivent être mises en place. Réparties dans 6 villages de la commune de Koussanar et 4 villages de la commune de Ndoga Babacar, ces classes regrouperont chacune une trentaine de jeunes hommes et jeunes femmes analphabètes pendant 6 mois. Elles auront pour objectif de partager et renforcer la compréhension des règles de la convention locale, mais aussi du code pastoral, du tout nouveau code forestier, ou encore des enjeux fonciers et des procédures de sécurisation foncière des terres paysannes.

Dès le mois de février, les alphabétiseurs seront formés puis les classes d’alphabétisation pourront débuter. Il sera nécessaire de poursuivre l’accompagnement mis en place à travers ces CAF sur plusieurs années et au niveau d’un maximum de villages de la zone, afin de favoriser l’émergence d’une génération de citoyens et citoyennes éveillé-e-s qui comprennent les enjeux et qui pourront ainsi participer activement à la gouvernance des ressources de leurs terroirs et les exploiter durablement pour que les générations futures puissent un jour en bénéficier à leur tour.

Dans un autre registre, Enda Pronat s’évertue, depuis des années, à soutenir les sociétés paysannes ouest-africaines dans la défense de leurs droits et ce, dans un contexte plus large de promotion d’un modèle agricole durable.

Moctar FICOU / VivAfrik   

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