La crise du lait dans les pays développés menace la filière en Afrique de l’Ouest

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« Les marchés des pays développés vivent une crise du lait à cause d’une surproduction et d’un manque de débouchés. L’industrie agroalimentaire achète le lait à bas prix aux producteurs européens et l’écoule en Afrique de l’Ouest notamment, où la filière locale n’arrive pas à s’aligner sur les prix compétitifs : jusqu’à 30 % moins cher que les produits d’éleveurs africains. Une concurrence féroce qui, en dehors du tarif, pose un problème de qualité puisqu’il s’agit de poudre écrémée et ré-engraissée à l’huile de palme ou à d’autres matières grasses végétales (MVG) ». Tel est le triste constat fait par la campagne« Mon lait est local » qui regroupe 55 organisations de producteurs et productrices de lait local de six pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre-Ouest lors d’une conférence de presse virtuelle organisée à l’occasion de la célébration de la Journée Mondiale du Lait le 1er juin 2020.  

Les organisations membres de la campagne « Mon lait est local » précisent que ces produits inondent pourtant le marché africain où le pastoralisme et l’agropastoralisme font vivre et génèrent des revenus participant à la sécurité alimentaire de plus de 48 millions de pasteurs et agro-pasteurs. Les importations ouest-africaines de lait en poudre n’ont cessé de croître depuis une décennie, allant jusqu’à 60 % de la balance.

Pour rappel, En 2018, l’Afrique de l’Ouest a importé 276 892 tonnes de mélange lait écrémé-Matière Grasse Végétale (MVG) en poudre. Presque trois fois plus qu’en 2016 (24 %), et 200 fois plus qu’en 2008 (234 %). D’après OXFAM et SOS FAIM, ces exportations de l’UE de poudre de lait et de mélanges vers l’Afrique de l’Ouest ont consisté à 74,9 % en un mélange poudre de lait écrémé-MVG en poudre.

Le lait local ouest-africain en danger           

Sur une production ouest-africaine estimée à 4 milliards de litres de lait trait, couvrant environ 50 % de la consommation, 2 % seulement (60 millions de litre) sont collectés et transformés par les mini-laiteries et l’industrie laitière alors que la collecte industrielle locale fait vivre 15 à 20 000 familles d’éleveurs et de collecteurs directement. A titre d’exemple, la « Laiterie du Berger », au Sénégal, donne des revenus annuels variant entre 250 000 et 500 000 F CFA par famille ; et en Mauritanie, de nombreuses familles gagnent plus d’un million F CFA/an en étant fournisseurs d’entreprises telles que Tiviski ou TopLait.

« Le lait local est en danger en Afrique de l’Ouest. Une menace accentuée par les facilités faites à l’importation du lait en poudre écrémée ré-engraissée à l’huile de palme ou à MGV. Au sein de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) le tarif extérieur commun (TEC) adopté en 2014-2016 prévoit une taxation clémente. La poudre de lait et de mélange MGV en vrac est frappée de 5 %, et 20 % pour les importations de sacs de mélange MVG de moins de 12,5 Kg », a conclu la campagne« Mon lait est local ».

Moctar FICOU / VivAfrik                 

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