Scandale à l’Est-Cameroun : comment des élites aident les chinois à piller l’or

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Certaines personnalités influentes ont obtenu des permis de recherche de l’or sur de vastes terres, juste pour les céder plus tard aux mineurs chinois qui y pratiquent l’exploitation illégale à l’origine de la destruction de l’environnement, des pertes en vie humaine et de la fuite des capitaux. Le bulldozer vient de terrasser un arbre géant sur la piste en terre ocre. L’engin lourd conduit par un trentenaire de teint noir a déjà balayé sur son passage de hautes herbes, des troncs d’arbres secs et des rochers qui empêchaient à la société minière chinoise d’étendre son site d’exploitation d’or à Guiwa Yangamo, un village de l’arrondissement de Ngoura dans la région de l’Est Cameroun. En cette matinée glaciale de septembre dernier, deux militaires montent la garde près d’une rangée de chambres encerclées de tôles réservées à quelques ouvriers et leurs familles. Au loin, un second bulldozer stationné à proximité d’un tas de gravier tamisé complète le décor coutumier des sites d’exploitation d’or opérés par les chinois dans ce pays d’Afrique centrale. Alerté d’une présence étrangère, un mineur chinois vêtu d’un T-shirt blanc pianote sur son téléphone portable pour contacter une dame présentée plus tard comme l’interprète de la société chinoise. «Seul le patron peut parler aux journalistes», indique d’une voix fine au téléphone celle qui dit s’appeler Marie. «Je peux seulement vous dire que les difficultés qu’ils [les chinois] rencontrent, c’est qu’il n’y a plus assez d’espace et l’Etat a resserré les choses». Marie avait promis de s’exprimer sur l’identité et les activités des mineurs chinois. Contactée plus tard, elle a changé d’avis et de ton : «pourquoi vous insistez sur nous, il y a d’autres sociétés, non ?» Les mineurs chinois ne se méfient pas seulement de la presse. La plupart des autorités locales et les villageois ignorent tout de la présence des asiatiques. «Quand les chinois sont arrivés, ils ont donné à manger à la population mais on ne sait pas comment cette société s’appelle ; on sait seulement qu’ils exploitent l’or dans notre village», dit Moussa Douka, adjoint au maire de la commune de Ngoura, basé à Guiwa Yangamo. Depuis quelques années, certains ressortissants chinois ont investi le sous-sol camerounais à la quête d’une partie des réserves d’or qui, selon le gouvernement, couvrent une superficie de 20.000 kilomètres carré reparties sur une centaine de villages. Munis des équipements modernes, les chinois étaient censés faciliter l’extraction du métal jaune et accroître les recettes du secteur minier qui constitue officiellement moins de 1% du PIB, informe mobile.camerounweb.com.

Deals financiers avec des sociétés minières appartenant à certaines élites politiques

Mais, la population et les autorités publiques se plaignent de mauvaises pratiques minières des chinois qui, comme le révèle l’enquête du journal en ligne The Museba Project, ont fait des deals financiers avec des sociétés minières appartenant à certaines élites politiques influentes pour exploiter illégalement l’or, écouler les quantités d’or non déclarées et être fiscalement indétectables. Au Cameroun, l’or était pendant des années extrait uniquement à l’aide des outils rudimentaires des artisans miniers locaux, jusqu’en 2007 lorsque le gouvernement a demandé à la société sud-coréenne, C & K Mining, de pratiquer l’exploitation artisanale semi mécanisée pour récupérer 13 tonnes d’or emportés par l’eau du barrage Lom Pangar à l’Est. Cette mesure enfreignait la loi minière de l’époque mais les autorités avaient déclaré que la situation était urgente. Les opérateurs miniers chinois ont utilisé ce précèdent pour signer des partenariats technico-financiers avec certains nationaux en vue d’acquérir plus d’espaces et d’intensifier l’exploitation artisanale semi mécanisée à l’aide des outils modernes comme les pelles, les chargeurs mécaniques, les machines et les produits chimiques. «A un moment, les chinois ne faisaient plus de partenariats, ils utilisaient simplement les cartes d’identité de leurs employés camerounais pour obtenir des autorisations d’exploitation artisanale», a indiqué Justin Chekoua, chef de projet Mines-Environnement-Santé et Société (ProMESS), un programme de l’Ong Forêts et Développement rural (Foder) qui vise à améliorer la bonne gouvernance des ressources minières. Dans une étude récente sur le processus d’acquisition de titre minier au Cameroun, cette Ong révèle en effet que certains employés des sociétés minières locale et étrangère «étaient induits en erreur ou à juste titre trompés que la collecte de leurs cartes d’identité visait certaines procédures administratives alors que ces cartes étaient destinées au dépôt de demandes soit d’une carte de prospecteur individuel soit d’une autorisation d’exploitation artisanale». En 2016, un nouveau code minier a été adopté. Il stipule notamment que seules les personnes morales de droit camerounais sont autorisées à pratiquer l’exploitation artisanale semi mécanisée des substances précieuse et semi précieuse. Cette loi visait à encourager plus de nationaux à investir dans le secteur minier encore dominé par les étrangers. C’est plutôt les chinois qui ont intensifié l’exploitation illégale de l’or à travers l’abandon des trous ouverts, les fausses déclarations sur la production ou le manque de documents administratifs, au point de causer la destruction de l’environnement, des pertes en vie humaine et animale, la fuite des capitaux et la vente illicite de l’or, renchérit notre source.

Mali : après une année 2019 record, la production industrielle d’or baissera de 8,3 % en 2020

Mauvaise nouvelle pour l’économie malienne. Après une année 2019 record, la production industrielle d’or devrait à nouveau passer en dessous de la barre des 60 t. Le ministère des Mines explique ses prévisions par les mauvaises performances anticipées sur plusieurs grandes mines. Au Mali, la production industrielle d’or enregistrera une baisse de 8,3 % en 2020, passant de 65,1 tonnes l’année dernière à 59,8 tonnes cette année. C’est ce qu’a indiqué mercredi le ministère des Mines dans ses prévisions pour l’ensemble du secteur en 2020. Cette baisse de la production serait due, apprend-on, à une baisse de la performance de plusieurs mines dans le pays. À Sadiola par exemple, une opération gérée par AngloGold Ashanti, l’épuisement des réserves devrait entrainer une chute de la production à 832 kg (contre 4,6 tonnes en 2019). Les rendements des opérations Morila (Barrick) et Finkolo (Resolute) devraient également baisser, passant respectivement de 3,5 tonnes à 1,9 tonne et 6,6 tonnes à 440 kg. Alors que la pandémie de Covid-19 continue de sévir sur le plan mondial, la pilule pourrait être dure à avaler pour le Mali qui tire d’importantes recettes de son industrie aurifère. Comptant parmi les plus grands producteurs du métal précieux en Afrique, le pays devrait produire au total 65,7 tonnes d’or si l’on prend en compte les prévisions du secteur artisanal, a relayé agenceecofin.com.

Moctar FICOU / VivAfrik                                        

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