« La BMPA apporte un changement fondamental dans le financement de l’agriculture » en Côte d’Ivoire, dixit Kobenan Kouassi Adjoumani

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Le ministre Ivoirien de l’Agriculture et du Développement rural, Kobenan Kouassi Adjoumani, a salué le « changement fondamental dans le financement de l’agriculture » en Côte d’Ivoire. En effet, soutenant son Plan national d’investissement agricole (PNIA), le gouvernement ivoirien s’apprête à lancer d’ici au mois de septembre 2020, la Bourse des matières premières agricoles (BMPA) dont l’opérationnalisation a été confiée à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM). Dans un entretien accordé à Marie-France Réveillard du journal afrique.latribune.fr, M. Adjoumani estime que ce nouvel outil devrait révolutionner le secteur agricole national.

Le secteur agricole ivoirien emploie 46% des actifs et fait vivre les 2/3 de la population. Il représentait 28% du Produit intérieur brut (PIB) en 2018, et 40% des exportations de la Côte d’Ivoire (Ndlr : 62% hors pétrole). Que recouvre la création de la BMPA portée par la BRVM ?

Nous disposons de méthodes traditionnelles de ventes de nos produits mais avec la BMPA, les choses vont changer. Nous sommes entrés dans la phase de PNIA 2 qui s’intéresse à la transformation de nos produits pour leur donner davantage de valeur ajoutée. La BMPA fournit un marché́ fiable, qui stimulera la production et permettra au secteur agricole de jouer pleinement son rôle dans l’économie, à travers l’amélioration des conditions de vie en milieu rural d’une part, et via sa contribution à la croissance économique d’autre part.                   

L’économie alimentaire est la 1ère source d’emplois en Afrique et va au-delà des activités de production agricole. Selon les experts, elle représentera un marché de 1.000Mds USD d’ici à 2030. Sans possibilité de commercer de façon fluide, il n’y aura pas d’accès aux marchés pour les producteurs, pas d’économie d’agglomération ni d’économies d’échelle, pas de diversification des activités ni de compétitivité des économies et des villes africaines. Cette bourse a donc été créée pour contribuer au financement du secteur agricole, en fluidifiant l’information sur les prix et en garantissant la stabilité des prix pour les producteurs agricoles.

Comment la BPMA devrait-elle révolutionner le secteur agricole ivoirien ?

La BPMA apporte la fixation des prix de façon transparente suivant l’offre et la demande. Les prix fixés sur la bourse seront les « justes prix » pour les producteurs. Il est essentiel qu’ils soient rémunérés à leur juste valeur. C’est un changement fondamental dans le financement de l’agriculture mais également en matière de production agricole.

Le président Félix Houphouët-Boigny disait que le succès de la Côte d’Ivoire reposait sur l’agriculture. Aujourd’hui, notre agriculture est performante, après 10 ans de catastrophe… Avec le PNIA 1, nous avons réformé des filières pour une production intensive qui doit encore être améliorée en termes de transformation et commercialisation… Alors que le Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly qui est à l’origine de tout cela, n’est plus, nous devons faire en sorte de le ressusciter à travers la réussite de nos projets (ndlr : Kobenan Kouassi Adjoumani a été reconduit dans ses fonctions de Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural début août 2020).

Dans quelle mesure la BPMA va-t-elle favoriser l’intégration régionale ?

Nous travaillons pour que les prix soient fixés de façon concertée afin de satisfaire nos populations et d’enrayer les trafics illicites de produits… Si nous travaillons ensemble au niveau sous-régional, nous connaîtrons de réelles avancées au profit du plus grand nombre. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire et le Ghana travaillent sur la fixation du prix du cacao. Il est vrai que l’inflation ivoirienne avoisine 0.2% alors qu’il atteint 10% au Ghana et que la monnaie ghanéenne fluctue… Dès lors, on pense souvent que le prix du kilo de cacao ghanéen est plus élevé que celui de Côte d’Ivoire mais nous avons collaboré pour que les prix soient alignés.

Précisément, où en sont les accords négociés concernant un prix-plancher pour le cacao de Côte d’Ivoire et du Ghana ?

Tout est fin prêt. Nous travaillons actuellement sur un arrêté inter-Etats (entre le Ghana et la Côte d’Ivoire) intégrant la notion de qualité du produit. Nous avons terminé cet arrêté qui doit être présenté en Conseil des ministres dans nos deux pays. Les amendements suivront avant d’enclencher le processus. Nous sommes très avancés même si la Covid-19 a retardé le processus alors que nous étions en train d’élaborer les normes selon lesquelles nous devions vendre nos produits. Le prix est établi en fonction du prix CAF et la commercialisation du cacao a été fixée à 825 F.CFA. Parallèlement au niveau de la campagne intermédiaire, Alassane Dramane Ouattara, le président de la République, a souhaité que ce prix soit maintenu.

Pourquoi avoir choisi de retenir la noix brute de cajou, la noix de cola et le maïs comme premières spéculations ?

La Côte d’Ivoire est le 1er producteur de noix de cajou et de noix de colas et le maïs est le produit le plus échangé au niveau mondial, sur les bourses des matières premières agricoles. A terme, d’autres matières premières agricoles comme l’hévéa, le palmier à huile, le café et le cacao, éligibles au système de récépissé d’entreposage pourraient être négociées sur la BMPA de Côte d’Ivoire.

Pendant la pandémie de Coronavirus, comment l’Etat a-t-il soutenu les petits producteurs et les vendeurs de fruits et légumes souvent informels ?

Le gouvernement a mis en place un fonds de 1.700 MDS de F.CFA pour tous les domaines d’activité, y compris l’agriculture. Concernant le secteur agricole, plus de 300Mds de F. CFA ont été dégagés dont 250Mds pour les produits de rente et 50Mds de F.CFA pour les produits vivriers, maraîchers, les ressources animales et halieutiques notamment. Nous avons mis en place des comités de gestion, au niveau de chaque ministère concerné mais également un comité interministériel présidé par la Primature qui travaille à mettre en place ces fonds. Les comptes sont ouverts avec lesquels nous allons pouvoir aider les petits producteurs. D’ailleurs, en Côte d’Ivoire, ce sont les femmes qui exercent majoritairement dans les petites productions agricoles. Elles ont continué à travailler pendant la pandémie de SARS-CoV-2. Il est de notre devoir de les appuyer afin d’éviter les ruptures de production. Nous sommes en pleine saison des pluies, c’est donc le moment de leur donner tous les moyens nécessaires.     

Moctar FICOU / VivAfrik

Avec afrique.latribune.fr                      

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