L’éducation financière n’est qu’un des ingrédients pour une inclusion financière durable (MSC)

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(Microsave Consulting) – Le digital devient chaque jour un peu plus une réalité dans le quotidien des populations qu’elles soient en zones urbaines comme rurales et la promesse d’accès aux services financiers à « tous » la devise. Les dernières statistiques de Janvier 2020 dans le monde font état de plus de 4,5 milliards d’internautes, 54% de trafic internet via les appareils mobiles, 30,73 milliards appareils connectés, 1,60 milliards de sites webs, 861 milliards de dollars générés par le commerce électronique, près de 245 milliards de dollars dépensés en publicité digitale et 3 milliards d’utilisateurs de réseaux sociaux actifs. Aussi, selon le Rapport Banque Mondiale de 2020, l’inclusion financière par tous les moyens possibles constitue-t-elle, un nouveau champ de bataille. Elle nourrit les ambitions des uns et des autres avec l’espoir de réduire la pauvreté dans le monde.

Tout est mis en œuvre pour arriver à cet objectif d’inclusion financière : nouveaux produits, nouveaux canaux, innovation dans les processus, etc. Mais ce cocktail ne prend toujours pas en compte deux grands enjeux distincts. D’une part, l’innovation et la concurrence positives accélérées par les nouvelles technologies et la recherche de l’image de marque, obligent les institutions financières à modifier souvent leurs produits et services avec une touche digitale. D’autre part, le faible niveau d’alphabétisation et de connaissances des produits et services financiers des populations n’est pas pris en compte. D’où l’impérieuse nécessité d’accroître le niveau de sensibilisation et d’éducation financière des masses dans un contexte où les produits financiers sont de plus en plus complexes et diversifiés. Les populations à faibles revenus disposent de modèles de comptabilité mentale très sophistiqués pour planifier leurs finances. Notre travail nous a montré que ces catégories d’individus sont déjà très fortes en matière de budgétisation et d’épargne ; mais que les véritables lacunes en matière de connaissances concernent la compréhension du fonctionnement des produits financiers pour les aider à rester sur la bonne voie et à réaliser leurs objectifs à court, moyen et long terme.

Une bonne éducation financière accompagnée avec des produits financiers adaptés aux besoins permettrait aux populations de prendre des décisions financières avisées, que ce soit en qualité d’épargnants, de consommateurs, d’investisseurs, de preneurs de crédit et d’assurance, de propriétaires immobiliers, d’entrepreneurs, d’employés. Elle permettrait également de mieux comprendre les risques et les opportunités de la finance, savoir où trouver conseil et savoir quoi faire pour améliorer leur bien-être financier » (OCDE). Et l’économie en général en profiterait. Car l’endettement privé serait beaucoup plus responsable, l’inclusion financière serait boostée et on observerait aussi une diminution des cas d’arnaques.

En matières d’éducation financière, les pays africains sont mal classés par rapport au reste du monde avec un taux moyen d’alphabétisation (adultes de 15 ans et plus) de 44%. La Somalie se retrouve avec le score le plus bas du continent (15%) à côté du Botswana qui a franchi la barre de 50%. L’on croit souvent à tort qu’après des programmes de formation financière, les pauvres seront en mesure de rechercher et d’utiliser les services financiers disponibles sur le marché. Cela suppose que les pauvres aient accès à ces services et que ce soient des services adaptés à leurs besoins.

Conscients de ces enjeux, les institutions publiques et privées (organisations internationales, banques centrales, ministères des Finances ou de l’Éducation, prestataires de services financiers, fondations, associations professionnelles, etc.) mettent en place des programmes et encouragent des initiatives destinées à promouvoir l’éducation financière des populations. L’objectif principal poursuivi est de développer des compétences financières de larges franges de la population.  Ceci s’agit d’un élément de base mais, en soi, il modifie difficilement les comportements.

A titre d’exemple, primo en Juin 2020, le Groupe Ecobank en partenariat avec Junior Achievement Africa ont mis sur pied une campagne « Miser sur la jeunesse Africaine » qui vise à éduquer et mobiliser plus de 600 000 jeunes  ayant des connaissances financières. Ce programme cible principalement les groupes de jeunes et les influenceurs.

Secundo, au Sénégal, l’Observatoire de la Qualité de Services Financiers a déjà testé différentes initiatives en matière d’éducation financière avec la conception d’outils d’éducation financière (brochures, guides, trousses pédagogiques, messages clés, boîtes à conseils, etc.) mais se heurte encore sur le défis d’insertion des modules d’éducation aux programmes scolaires et universitaires. Une exposition régulière à l’éducation financière peut accroître les connaissances et la confiance et, en fin de compte, inciter un individu à agir dans son propre intérêt si des produits financiers pertinents existent et si ces produits sont connus.

Tertio, la Côte d’Ivoire, en phase accélérée, avait élaboré et adopté la SNIF 2019-24 qui prévoit en son axe 3, l’élaboration et la mise en œuvre d’un programme national d’éducation financière. Avec comme objectifs de développer les compétences financières, améliorer l’alphabétisation et la numératie financière, assurer la protection des consommateurs (jeunes, adultes et MPME et producteurs agricoles). Pour améliorer la capacité financière, les programmes peuvent renforcer les connaissances par des exercices pratiques afin de faciliter l’internalisation des concepts de gestion de l’argent. Ces connaissances doivent être complétées par des informations sur les produits et services disponibles et leur fonctionnement pour que la population puisse prendre des décisions éclairées.

Animée par le souci d’aller au-delà des approches classiques, l’équipe de MSC a testé des approches alternatives d’éducation financière. En collaboration avec 17 triggers, un programme a été conçu se basant sur 4 piliers :

  • – La conception de messages intelligents qui fournissent des informations et font appel à l’émotion du client ;
  • – La création d’un environnement favorable à l’éducation financière ;
  • – Des attentes claires en ce qui concerne les objectifs et les résultats ;
  • – La rentabilité et la flexibilité grâce à l’intégration des outils AFE (Education Financière Alternative) dans le processus opérationnel des institutions financières.

Un exemple pour créer un environnement favorable est d’offrir une solution où les clients peuvent vérifier les frais et les soldes de manière fréquente, gratuite et pratique.  Nous pensons que cette approche encouragera une utilisation plus intensive des produits.

Pour percevoir les effets attendus d’un programme d’éducation financière sur l’inclusion financière, certains éléments pourraient être pris en compte dans l’implémentation dudit programme.

Le cycle complet de l’éducation financière pour impacter l’inclusion financière devra commencer par un engagement des institutions nationales, gouvernementales ou internationales jusqu’au développement de la culture financière qui conduira au changement des comportements menant à une inclusion financière réussie qui conduira à l’émergence du secteur privé en particulier et de l’économie nationale en général.

Dans ce cycle, la plus grande attention devrait être portée sur la conception du contenu, la production des matériels didactiques et l’élaboration d’outils d’évaluation du programme d’éducation financière. Le choix de canaux de diffusion pertinents qui intègre le digital et l’utilisation des langues locales permettraient d’atteindre un plus large public et devrait prendre en compte le genre. Récemment, MSC a mené une étude sur les utilisateurs des services financiers sous cet angle de genre. Les conclusions font mention de la négligence de deux aspects « simples » mais très importants : premièrement les femmes ne constituent pas un groupe homogène et les variations significatives de leur comportement et de leur engagement dans les services financiers formels devraient être appréciés et, deuxièmement les acteurs de l’écosystème négligent généralement la centralité du genre dans la conception des produits et les services financiers. 

Bien que les impacts des programmes d’éducation financière sur l’inclusion financière ne fassent pas encore l’unanimité, il n’en demeure que ces programmes contribuent à améliorer les connaissances financières. Des besoins d’information et de formation sur les bases du fonctionnement d’un compte bancaire, les notions de l’épargne et du crédit, du transfert, etc. demeurent d’actualité. La disponibilité des services financiers, la sensibilisation sur les produits couplés à la capacité de la population à y accéder et à les expérimenter est la clé pour convertir l’éducation financière en la capacité financière visée. MSC suit de plus près l’évolution du lien entre l’éducation financière et le marketing des produits. Et nous pensons qu’à ce moment cette approche RPM (Marketing Responsable des Produits) pourrait marcher. 

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