Le parc d’Ivindo au Gabon classé au patrimoine mondial de l’UNESCO

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Par Jacques Deveaux

Le classement constitue une consécration pour le Gabon qui se porte en champion de l’environnement.               

Le Parc national d’Ivindo au Gabon vient d’être classé au patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Il est le second parc classé du pays après celui de Lopé-Okanda en 2007.

Deux classements qui en disent long sur le potentiel du pays dans le domaine de la protection des espaces naturels et des animaux qui y vivent. Une véritable consécration pour Libreville qui tourne la page du scandale du « Kévazingogate », un trafic de bois rare au profit de notables, découvert en 2019 qui avait sévèrement discrédité la politique environnementale du pays.

L’inscription par l’UNESCO du Parc national de l’Ivindo sur la liste du patrimoine mondial de l’Humanité vient récompenser les efforts du Gabon en matière de protection des forêts, dont le rôle est déterminant dans la lutte contre le réchauffement climatique.

N’en déplaise au président Bongo, le Gabon doit aussi beaucoup à ses particularismes locaux pour afficher un bilan écologique aussi flatteur. Avec 23 millions d’hectares de forêts, le pays a le plus important couvert forestier du monde (88% de la superficie du pays). Le Gabon est faiblement peuplé. Un peu plus de deux millions d’habitants sur un territoire grand comme la moitié de la France, ce qui donne une densité de 8 habitants au km² avec 90% de la population qui réside en ville. Les besoins de subsistance étant limités, l’agriculture y est peu développée et le pays n’a donc pas souffert d’une forte déforestation, souvent liée à une culture de rente (coton, cacao, etc.).

« Grande valeur esthétique »

Une non déforestation déjà récompensée dans le cadre de la Central African Forest Initiative (CAFI). La Norvège va ainsi remettre 150 millions de dollars au Gabon pour mener une activité forestière « durable ».

Le parc naturel d’Ivindo est un véritable joyau qui s’étend sur près de 300 000 hectares au nord du pays, sur l’équateur. « Il comprend des rapides et des chutes bordées par des forêts humides intactes, ce qui en fait un paysage d’une grande valeur esthétique », précise le site de l’Unesco. C’est aussi le refuge de nombreuses espèces menacées. Chimpanzés, perroquets gris, mandrills et léopards, et surtout bien sûr l’emblématique éléphant des forêts dont le parc abrite 60% des individus d’Afrique.

« Les éléphants de Lee White »

Mais la cohabitation des humains et de la faune ne va pas sans mal. Ainsi dans ce même parc d’Ivindo, ces derniers mois ont été marqués par des violentes manifestations, le 17 avril 2021, puis surtout le 25 mai, la population de la ville de Mékambo située dans les limites du parc est descendue dans la rue. Celle-ci réclame des mesures contre les éléphants qui dévastent les cultures.

Le 25 mai 2021, toutes les administrations de la ville ont été bloquées par les manifestants, puis la maison du préfet a été visée, la population lui demandant de quitter la ville. Les paysans veulent organiser des battues pour chasser les pachydermes, trop proches des plantations. La politique du ministre de l’environnement, Lee White, est particulièrement décriée. Car les autorités n’entendent pas procéder à des tirs, et cherchent d’autres solutions comme l’installation de clôtures électriques.

Des forces de l’ordre ont aussi été déployées (police, gendarmerie, éco-gardes) afin de dissuader les habitants de s’en prendre directement aux éléphants, et de vérifier si certains n’avaient pas été abattus. Hélas c’est un éco-garde qui a perdu la vie, abattu par un habitant excédé rapporte la presse locale.

Par Jacques Deveaux, Journaliste