La production d’électricité du barrage de la Renaissance officiellement lancée par l’Éthiopie

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Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed a supervisé, dimanche 20 février 2022, le lancement officiel de la production d’électricité du grand barrage de la Renaissance, ouvrage pharaonique au cœur d’un conflit diplomatique entre le Soudan, l’Égypte et l’Éthiopie.

De l’avis des observateurs, ce lancement constitue une étape importante de ce projet controversé de plusieurs milliards de dollars et situé sur le Nil Bleu. Depuis le lancement de ce projet en 2011, l’Égypte et le Soudan font front commun contre l’Éthiopie. Pour ces deux pays, situés en aval du fleuve, le Nil est une source d’approvisionnement vitale, fournissant par exemple 97% des besoins en eau de l’Égypte.                                

Si l’Éthiopie devient maîtresse du débit du fleuve, l’Égypte et le Soudan redoutent de manquer d’eau et de perdre des surfaces cultivables. Pour limiter leur dépendance, les deux États souhaitent un accord de contrôle sur l’utilisation du barrage, ce que l’Éthiopie considère comme une atteinte à sa souveraineté.

Notons que le Premier ministre éthiopien, accompagné de hauts fonctionnaires, a effectué une tournée dans la centrale électrique et a appuyé sur une série de boutons sur un écran électronique, ce qui a déclenché la production, selon les responsables.

« Ce grand barrage a été construit par les Éthiopiens, mais au bénéfice de tous les Africains, pour que tous nos frères et sœurs africains en profitent », a affirmé un haut responsable participant à l’inauguration.

Les discussions entamées sous l’égide de l’Union africaine n’ont pas permis de trouver un compromis. Dans l’attente d’un accord, Khartoum et Le Caire ont demandé à Addis-Abeba de mettre en pause le remplissage du barrage.

Le Caire invoque un « droit historique » sur le fleuve, garanti depuis un traité signé en 1929 entre l’Égypte et le Soudan, alors représenté par le Royaume Uni, puissance coloniale. L’Égypte avait obtenu un droit de veto sur la construction de projets sur le fleuve.

En 1959, après un accord avec Khartoum sur le partage des eaux, l’Égypte s’était attribué un quota de 66 % du débit annuel du Nil, contre 22 % pour le Soudan.

N’étant pas partie prenante de ces accords, l’Éthiopie ne s’est jamais considérée liée par eux et, en 2010, un nouveau traité signé par les pays du bassin du Nil, malgré l’opposition de l’Égypte et du Soudan, a supprimé le droit de veto égyptien et autorisé des projets d’irrigation et de barrages hydroélectriques.

Dans la foulée,  en juillet 2021, l’Éthiopie a annoncé la fin d’une nouvelle étape du processus de remplissage permettant de mettre en service deux des treize turbines, sans donner de date de mise en service jusqu’au dimanche 20 février 2022.

Dans ce pays en guerre, à l’économie minée par la hausse des prix du carburant, le barrage de la Renaissance est présenté comme une cause nationale, objet de mobilisation patriotique.

Moctar FICOU / VivAfrik